Station Eleven ♦ Emily St. John Mandel


Quand on pense aux romans post-apocalyptiques, La route de Cormac McCarthy vient tout de suite à l'esprit. Mais il n'y a pas que La route! Par ailleurs, les zombies ont tendance à m'ennuyer ferme et plusieurs traînent les pieds dans ce genre de romans. Aussi, lorsque je tombe sur un roman post-apocalyptique qui en est dépourvu, je n'hésite pas longtemps. 

Ce que j'apprécie, avec les romans post-apocalyptiques, c'est de voir comment l'homme parvient à s'adapter – ou non. Comment un monde se reconstruit – ou non, sur de nouvelles bases. Parmi mes romans post-apocalyptiques de prédilection figurent L'homme vertical de l'Italien Davide Longo, Vongozero de la Russe Yana Vagner et La constellation du chien de l'Américain Peter Heller. À cela vient s'en ajouter un: Station Eleven de la Canadienne Emily St. John Mandel.

Un soir, dans un théâtre de Toronto, le célèbre acteur Arthur Leander tombe raide mort sur scène pendant une représentation du Roi LearMiranda, son ex, pleure. Jeevan, assis au premier rang, se précipite pour lui donner les premiers secours. Kristen, une toute jeune actrice, est témoin de la scène. 

Au même moment, ailleurs, une catastrophe est en cours: la grippe géorgienne se répand dans l'air, à la vitesse de l'éclair. Plus de téléphone. Plus d'Internet. Plus de télévision. Plus de voitures ni d'avions. Et ça fait de la fièvre, et ça tousse. En quelques semaines, 99% de la population mondiale est décimée.

Vingt ans plus tard, le monde a bien changé. Les survivants se sont regroupés dans des colonies isolées, plusieurs naissances sont survenues. L'histoire suit son cours.

Bien que l'intrigue gambade dans le temps – avant, pendant et après la pandémie , le fil conducteur de l'histoire se déroule vingt ans après. Kristen, maintenant adulte, fait partie de la troupe itinérante d'acteurs et de musiciens qui parcourt la région du lac Michigan. Elle joue du Shakespeare et du Beethoven devant des communautés de survivants. Un autre groupe vit dans un ancien aéroport, un autre encore dans un hôtel. Sans parler d'un prédicateur fou et de ses disciples…

Arthur Leander est le fil d'Ariane du roman. Les flashbacks intercalés dans le roman révèlent les hauts et les bas de ses trois mariages  dont celui avec Miranda  et de sa carrière d'acteur. Tous les personnages principaux du roman ont un lien avec lui. Jeevan et Kristin, comédiens dans la troupe. Mais aussi Clarke, un vieil ami d'Arthur, qui crée dans l'aéroport un Musée des civilisations, où les artefacts de l'ancien temps (téléphone portable, carte de crédit, talons aiguilles) sont exposés. Arthur donne à la jeune Kristen, la nuit où il meurt, une copie du roman graphique de science-fiction Station Eleven, crée par son ex, Miranda. Cette copie traverse le temps, devenant à la fois un vestige de l'ancien temps et un miroir déformé du nouveau monde.


Alors que la plupart des romans post-apocalyptiques baignent dans l'horreur, brossant le portrait d'une humanité livrée au chaos, le roman d'Emily St. John Mandel entremêle l'effondrement du monde et sa renaissance, en mettant l'accent sur la solidarité et le besoin de créer pour rendre la vie plus supportable. Ici, l'horreur de la fin est atténuée par son renouvellement. S'il y a bien quelques situations de crise et quelques mouvements de panique, ils sont dilués dans l'ensemble.

Ce qui distingue Station Eleven des autres romans du genre que j'aie lu, c'est la place que le passé occupe tout au long de l'intrigue et la touche d'espoir qui pointe. Car malgré la dureté du sujet, Station Eleven est un roman lumineux. Au-delà de l'inquiétude et de la peur, c'est l'amitié, la résilience, l'art et le devoir de mémoire qui dominent.

Emily St. John Mandel joue avec la chronologie avec un immense doigté. Les scènes du quotidien alternent avec les réminiscences de la vie d'avant. J'ai aimé suivre l'évolution des personnages qui ont survécu à la fin d'un monde et au début d'un autre. De suivre des personnages nés après la fin du monde, ignorants de l'avant, comme cette adolescente née dans l'aéroport qui pense que les avions s'élèvent tout droit dans le ciel.

L'écriture d'Emily St. John Mandel est fluide et puissante. Les descriptions des paysages urbains à l'abandon et celles de la nature qui reprend du terrain sont bien senties. Elle décrit les rapports humains, tant la solidarité que les tensions, avec une grande justesse.

Un roman passionnant, sans grosses ficelles ni nostalgie. Un roman porté par l'espoir, parfaitement maîtrisé et redoutablement efficace.

Station Eleven, Emily St. John Mandel, Alto, 432 pages, 2016. 

Le samedi, c'est jeunesse!


Ces derniers temps, j'ai négligé les albums jeunesse sur le blogue. J'ai lu plusieurs albums, mais je n'en ai pas trouvés assez à mon goût pour que cela vaille la peine de rédiger un billet. Parce que la rubrique «le samedi, c'est jeunesse!» est consacrée à mes coups de cœur, non à mes bof ou à mes déceptions.
Là, j'ai trouvé de quoi faire! Parmi les albums à m'être passés entre les mains dernièrement, j'ai eu un coup de cœur pour le nouvel album d'une de mes illustratrices chouchous, la Britannique Kate Hindley, et un doublée d'André Bouchard.

Il s'appelle Chouchou. C'est le Chouchou d'amour à sa maîtresse, son «amour en sucre», son «petit chouchou à la crème».
Celle-là, elle a le don de le gêner! Elle lui fait porter un joli nœud rose, lui refile des mini-friandises en forme de cœur et le porte dans son sac à main. Chouchou se sent un demi-chien. Lui, tout ce qu'il souhaite, c'est que ça maîtresse le traite comme un vrai chien, un chien digne de ce nom.
Au parc, Chouchou regarde jouer Bandit, Roublard et Chef. Il les envie. Lorsqu'un des gros chiens l'invite à jouer, Chouchou hésite, puis fonce. Aussitôt sortit de son sac, il court dans tous les sens et se roule dans la boue avec ses nouveaux copains. Mais lorsque sa maîtresse l'appelle pour rentrer, c'est la honte. C'est certain, ses amis vont rire de lui. Mais c'était sans compter la voix des autres maîtres... Quand Chouchou entend ses copains se faire appeler «chien d'amour», «titi joli» et «gros pépère», il se sent beaucoup moins seul. 
Sean Taylor donne la parole à Chouchou. C'est par sa voix que l'histoire est racontée. Ainsi, l'empathie pour la pauvre bête fonctionne à merveille. Comme dans Comment bien laver son mammouth laineux (Milan) et Monstre de compagnie (Little Urban), les illustrations de Kate Hindley fourmillent de détails et d'expressivité. J'ai adoré qu'elle cadre ses images à hauteur canine. À une page près, on ne voit jamais le haut du corps des maîtres. Un album hilarant et malicieux, comme je les aime. Chouchou réalisera que l'herbe n'est pas plus verte dans la cour du voisin - et les p'tits loups apprendront peut-être que les parents des copains ne sont pas plus fantastiques que les siens!
Ne m'appelez plus Chouchou!, Sean Taylor (texte) et Kate Hindley (illustrations), 32 pages, 2016. À partir de 4 ans.
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Papa et Maman ont été clair: ni chien ni chat à la maison. Qu'à cela ne tienne, Clémence a plus d'un tour dans son sac. Rien ne l'empêche de prendre un lion pour animal de compagnie! Le félin est certes encombrant, mais ne mangeant pas de croquettes, il ne coûte pas cher à nourrir. Lorsque les voisins et les amis de Clémence commencent à disparaître, on se dit que le lion y est assurément pour quelque chose! 
Un album à l'humour désopilant, un peu terrifiant, où s'exprime toute la malice d'André Bouchard. La chute inattendue est irrésistible. Tout du long, André Bouchard joue habilement avec l'implicite. J'aime quand les illustrations suggèrent ce que le texte ne dit pas clairement. Un album au petit format - et à petit prix -, au ton décalé. Savoureux!
Les lions ne mangent pas de croquettes, André Bouchard, Seuil Jeunesse, coll. «Seuil'issime», 40 pages, 2016. À partir de 4 ans.
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Le gros Pacha a beau vivre dans un somptueux palais. Il a beau être entouré de serviteurs, de danseurs, de jongleurs ou de clowns qui n'ont d'autre but que de le distraire. Il a beau se faire raconter une histoire chaque soir par Shéhérazade. Rien n'y fait: il s'ennuie. Il convoque un génie afin qu'il trouve une solution à sa monotonie. Ce dernier lui révèle que son mal lui vient du fait qu'il vit sur un nuage. Il va le faire redescendre sur terre! Le Pacha se retrouve dans une ruelle sale et sombre, vêtu de haillons. Il fera la rencontre de son peuple… des gens pauvres. Quand un cavalier passe près de lui au triple galop, le Pacha s'offusque de ce manque de respect et l'affronte. S'ensuit… Chut!
J'ai eu un coup de coeur pour ce conte aux saveurs orientales. Cette histoire à rebondissements est empreinte d'une belle sagesse. Le grand format de l'album met en valeur les illustrations. Le jeu entre la couleur et le noir et blanc est magnifiquement rendu. Et la morale, dans tout ça? Il est toujours bon de rappeler que les amis sont plus précieux que l'argent et le pouvoir! 
Le Pacha qui s'ennuyait, André Bouchard, Seuil Jeunesse, 40 pages, 2016. À partir de 5 ans.

Little Bird ♦ Craig Johnson


Non, mais, voulez-vous ben me dire pourquoi j'ai mis tant de temps à découvrir Craig Johnson? Maintenant que je me suis fait piquée par le dard de Walt Longmire, je suis accro. La dernière fois que j'ai été piquée de la sorte, c'était lors de ma découverte de Kurt Wallander. J'avais enfilé en un été toutes ses enquêtes publiées à ce moment-là.
Si je connaissais Craig Johnson de nom et avais deux de ses polars dans ma PAL, je ne m'étais encore jamais arrêtée à le lire. Que de temps perdu…
Je me tais sur l'intrigue de Little Bird. Juste dire qu'elle est rondement menée et tient très bien la route. Mais pour moi, l'intrigue reste secondaire. Je suis tombée en amour avec les personnages, une galerie de personnages riches et atypiques, plus vrais que nature.

♦ WALT LONGMIRE
Walt est le shérif du comté d'Absaroka, dans le Wyoming. Jeune cinquantaine, il est déprimé depuis la mort de sa femme Martha, survenue quatre ans plus tôt. Il est le père de Cady, diplômée d'études indiennes, avocate à Philadelphie et joueuse de billard et de fléchettes de haut niveau (absente du premier opus). Walt est un gros buveur de bières et amateur de nourriture piquante. Allergique à la violence et à l'injustice, il est gouverné par une morale du tonnerre. Selon la gent féminine, Walt est doté d'un charme indéniable.

♦ HENRY STANDING BEAR
Henry est le meilleur ami de Walt. Ils ont fait le Vietnam ensemble. Cet Indien cheyenne tient le bar Red Pony.
Je savais pourquoi il possédait ce bar, pourquoi il s'était laissé attirer par ce projet. Son sens de la communauté. C'était une manière de garder un œil sur tout le monde, de s'assurer que tout allait bien.
Henry est doté d'un sens de l'humour aigu, pince-sans-rire. Élément non négligeable, il est un grand lecteur de Steinbeck.

♦ VICTORIA MORETTI (VIC) 
Victoria est une ancienne détective de la division des homicides de Philadelphie. Elle a suivi son mari dans le Wyoming. Cette experte en balistique est l'adjointe préférée de Walt. Il l'a verrait bien prendre sa succession. Pourvue d'un sacré caractère, elle ne mâche pas ses mots.

♦ LUCIAN CONNALY (LONNIE)
Lucian est l'ancien shérif du comté. Il est le mentor de Walt. Malgré sa jambe en moins, il est toujours prêt à reprendre du service. Walt joue aux échecs avec lui tous les mardis soir.

♦ RUBY
Ruby est la secrétaire et le pilier du poste du shérif. Elle n'hésite jamais à remettre Walt à sa place et à lui dire le fond de sa pensée. Elle abuse des post'it pour transmettre des messages à Walt.

♦ TURK CONNALY et FERGUSON (FERG)
Autres adjoints de Walt. Le premier est le neveu de Lonnie et le deuxième travaille à temps partiel, passant le plus clair de son temps à pêcher.

♦ DOROTHY
Dorothy tient le café Busy Bee, où Walt s'arrête souvent pour casser la croûte. Une femme fort attachante. Une de plus qui a le béguin pour Walt.
Malgré quelques tensions et rapports de force, une belle complicité unit tout ce beau monde.
J'adore l'humour omniprésent dans les dialogues et dans les réflexions de Walt. Peu importe la gravité de la situation. L'autodérision de Walt et les remarques d'Henry sont jouissives.
Le regard que porte Craig Johnson sur la communauté cheyenne est empreint d'une grande humanité, d'un respect indéniable, jamais misérabiliste. Les relations entre les communautés blanche et indienne sont explorées avec justesse.
Le Wyoming de Craig Johnson est majestueux. Il n'a pas son égal pour décrire la beauté rude des grands espaces, avec ses hautes plaines, ses Bighorn Mountains, ses blizzards et ses hordes d'oies sauvages. On a l'impression d'y être.
Je n'en suis qu'au début. Mais nul doute qu'entre Craig Johnson et moi, l'histoire d'amour ne fait que commencer!
Little Bird, Craig Johnson, Gallmeister, «Totem», 432 pages, 2011.
Les autres tomes de la série Walt Longmire se déclinent comme suit.

50 États en 50 romans ♦ prise 4


Mine de rien, mon challenge 50 États en 50 romans avance bien. J'en suis à la moitié, ayant lu tous les romans dont l'État est écrit en jaune.

Comme je ne suis pas seule à m'être embarquée dans cette fabuleuse aventure et que je suis de près ce que publient Electra, Chinouk et Sandrine, par la force des choses, cela occasionne quelques changements!

Une chose apparaît depuis le début de ce challenge: plus je lis de romans américains, plus la richesse et la diversité de ce pays me surprennent, et plus l'envie me prend d'aller faire le grand tour de ces 50 États.

Tout ça pour dire qu'une nouvelle mise à jour est de mise!

Notre château ♦ Emmanuel Régniez


Depuis un moment, je vois partout ce roman sur la blogosphère et dans les librairies – souvent accompagné de bons mots de libraires. À la librairie Liber de New Richmond, lors de mes vacances en Gaspésie, j'ouvre le livre et tombe sur ce passage.

Ma sœur et moi sommes hantés par les livres. Si nous avons décidé de nous retirer du monde, c'est pour lire, uniquement lire. Nous passons nos jours à cela, à lire et encore lire. 

Je me suis laissée tenter!

Octave et Véra, un frère et sa sœur, vivent dans une grande maison, qu'ils appellent «Notre Château», héritée de leurs parents morts dans un accident de voiture. Depuis vingt ans, ils vivent à l'écart du monde comme un vieux couple, avec tout ce que ça implique...

Véra est une lectrice insatiable, plus vorace que son frère. Lui, il doit se rendre en ville chaque jeudi pour acheter des livres à la librairie. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes jusqu'à ce qu'un grain de sable s'insère dans l'engrenage: jeudi le 31 mars, à 14 h 32, Octave croit apercevoir sa soeur dans le bus no 39. Comment ça se peut, ça? Véra ne sort jamais de la maison, et même si elle sortait, jamais elle ne prendrait le bus. À partir de ce moment, les visions se succèdent et l'univers d'Octave se met sérieusement à vaciller. Le frère et la sœur se chicanent, s'accusent. Le doute et le soupçon s'installent. Tout bascule. L'inquiétude monte crescendo. L'arrivée d'un troisième personnage fait encore augmenter l'angoisse d'un cran.


Notre château appartient à la veine du roman gothique. Tous les ingrédients s'y trouvent: un château, un huis-clos, de l'inceste, une pincée de surnaturel et quelques gouttes de sang. Le roman gothique n'est pas mon truc. Mauvais public, je suis toujours restée insensible devant des rideaux rouges qui saignent. Un roman déconcertant pour moi, donc. J'imagine que les adeptes du genre se régaleront.

Si, au départ, j'ai été hypnotisé par le style lancinant et répétitif d'Emmanuel Régniez, je me suis lassée au fur et à mesure que le récit progressait. Octave raconte, détaille, se répète, déraille. Je me suis rendue jusqu'au bout, voulant connaître le fin mot de l'histoire. J'ai bien fait! La chute est implacable: trois petites phrases qui viennent éclaircir l'ensemble, faisant frissonner. La dizaine de photos prises par le peintre et photographe américain Thomas Eakins, glissées à la fin du roman, ajoutent une touche de mystère supplémentaire. 

Si je conserve bien peu de chose de Notre Château, je retiens ce sublime passage.

Une maison qui contient beaucoup de livres est une maison ouverte au monde, est une maison qui laisse entrer le monde. Chaque livre est un fragment du monde extérieur et, tel un puzzle, quand nous posons ensuite le livre dans les rayons de Notre Bibliothèque, nous recomposons le monde, un monde à notre image, à notre pensée.

Comme quoi tout n'est pas perdu!

Notre Château, Emmanuel Régniez, Le Tripode, 128 pages, 2016.
Thomas Eakins

Ma rentrée made in quebec ♦ automne 2016


Je ne suis pas encore remise de mon orgie de livres achetés pendant les vacances que je convoite plusieurs nouveaux titres qui paraîtront cet automne au Québec. Avec les livres achetés et reçus d'Electra, j'y suis allée à fond de train avec la littérature américaine. À ma décharge... il faut bien renflouer ma PAL made in Quebec, non?!


♦   ÉDITIONS LA PEUPLADE   ♦   

La Peuplade, ma maison d'édition québécoise de prédilection, sort ses gros canons cet automne. Au programme, un nouveau roman de Mélissa Verreault, avec sa sublime couverture éléphantesque. Puis le deuxième roman de Christian Guay-Poliquin, qui m'avait envoûtée avec son Fil des kilomètres (paru aussi en France chez Phébus et fraîchement paru en poche chez BQ). Enfin, j'ai trop hâte de plonger dans le premier titre de la collection «Fictions du nord», La faim blanche, qui paraît aussi en France chez Héloïse d'Ormesson.

LES VOIES DE LA DISPARITION  ♦  MÉLISSA VERREAULT
560 pages  disponible le 30 août 2016

Des années de plomb italiennes au Québec rural de 1950, en passant par le Montréal actuel, une Thaïlande beaucoup moins exotique que dans les dépliants touristiques et une Floride croulant sous la neige, Les voies de la disparition dessine une géographie de la fuite, réfléchit à ce qui nous construit comme individus, aux deuils qu’on doit faire, aux peurs qui nous empêchent d'avancer. Entre Manue qui peine à tomber enceinte, les attentats du 2 août 1980 à Bologna, les éléphants, les perroquets et les chevaux menacés d'extinction, Claudio qui porte le poids du monde sur ses épaules, deux terroristes en cavale, un jardinier nommé Jacques Cartier, une grand-mère qui perd tranquillement la mémoire, on découvre plusieurs manières de disparaître. Mais si, plutôt que de chercher à effacer ses traces, on apprenait à confronter la réalité et à pardonner? Peut-être serait-ce là l'unique manière de véritablement se sauver. Voilà un livre qui parle de la fin et qui, pourtant, nous laisse croire que tout n'est pas perdu. 


LE POIDS DE LA NEIGE  ♦  CHRISTIAN GUAY-POLIQUIN
400 pages  disponible le 13 septembre 2016

À l'entrée d'un village reculé, qui est sans électricité depuis plusieurs semaines, un groupe de vigiles retrouve un jeune homme sous une voiture accidentée. La vie de ce dernier est sauvée de justesse, mais sa rémission s'annonce longue car il souffre de multiples fractures aux jambes. On confie le blessé à un vieil homme arrivé au village tout juste avant la panne de courant. Bien que celui-ci s'occupe au mieux de son pensionnaire, leur complicité est laborieuse. L'automne passe, le froid arrive et la neige commence à tomber. Une fois par semaine, on leur apporte du bois de chauffage, des vivres et quelques nouvelles de la vie au village. À mesure que le couvert de neige s'alourdit, que les histoires du vieux s'accumulent et que la mobilité de son convive progresse, la relation entre les deux hommes s'améliore. Ils se partagent les tâches quotidiennes et conversent longuement. L'un fouillant le passé, l'autre l’avenir. Mais un jour, alors qu'il ne leur reste que de maigres réserves de nourriture et de bois, ils réalisent que personne n'est venu les approvisionner depuis longtemps. Trop longtemps. Que se passe-t-il au village? Pourquoi les a-t-on abandonnés? Ni l'un, ni l'autre ne peut répondre , mais une chose est sûre, l'hiver ne démord pas et ils devront s'organiser autrement...


LA FAIM BLANCHE  ♦  AKI OLLIKAINEN
140 pages – disponible le 27 septembre 2016

La faim blanche est un roman d'une grande intensité dramatique, où l'on découvre l'une des dernières marches pour la faim à l'orée du 20e siècle. Aki Ollikainen met au jour les abîmes de la nature humaine, mais aussi les espoirs qu’elle fait naître. 1867 est une année de famine dévastatrice en Finlande. Marja, l'épouse d'un fermier du nord du pays, part à pied dans la neige avec ses deux jeunes enfants. Leur objectif: se rendre à Saint-Pétersbourg, là où les gens disent qu'il y a du pain. D'autres vont vers le sud, avec l'énergie du désespoir, pour survivre. Ruuni, un garçon qu'elle rencontre, semble digne de confiance. Mais quelqu'un peut-il vraiment les aider? Que faut-il pour survivre? Telle est la question que pose cet extraordinaire roman finlandais qui a surpris la scène littéraire nordique. Un roman qui documente l'une des périodes les plus douloureuses de l'histoire finlandaise.


♦   ÉDITIONS ALTO   ♦   

Alto aussi frappe fort cet automne! Impossible de passer à côté des nouveaux romans de Larry Tremblay et de Deni Ellis Béchard. Et que dire de cette excellente nouvelle – et belle surprise – que la traduction des trois romans de Nick Cutter réunis en un seul volume. Qui est Nick Cutter? Un auteur ontarien qui écrit ici sous pseudonyme. Je vous laisse deviner… Un indice: son plus récent roman a été un de mes gros coups de cœur 2015. Enfin, ne manquez pas la parution de Station Eleven d'Emily St-John Mandel (à paraître aussi en France, chez Rivages). J'ai eu la chance de le lire en avant-première et c'est l'un des meilleurs romans post-apocalyptiques que j'aie lu. Mon billet paraîtra à la fin du mois d'août. 

STATION ELEVEN  ♦  EMILY ST-JOHN MANDEL
432 pages – disponible le 23 août 2016

Le premier jour: éclosion de la grippe géorgienne: on estime qu'elle pourrait contaminer 99% de la population. Deux semaines plus tard: la civilisation s’est effondrée. Vingt ans après: une troupe présente des concerts et des pièces de théâtre aux communautés regroupées dans des campements de fortune. La vie semble de nouveau possible. Mais l'obscurantisme guette, menaçant les rêves et les espérances des survivants. Roman phénomène publié dans une vingtaine de pays, Station Eleven illustre brillamment que l'art, l'amitié, la résilience et ce qui nous unit permettent de tout traverser, même une fin du monde.





L'IMPURETÉ  ♦  LARRY TREMBLAY
disponible le 6 septembre 2016


La romancière à succès Alice Livingston est morte. Elle laisse derrière elle des lecteurs éplorés, un manuscrit inédit, un fils qui cherche à refaire sa vie loin de son père, un mari incapable de pleurer sa mort et qui n'a jamais apprécié son oeuvre. Pourtant, le roman posthume de sa femme va bouleverser la vie d'Antoine en le poussant à faire face à ses souvenirs et, inévitablement, à ses démons enfouis. Car la fiction, parfois, tisse un piège vengeur. L'auteur de L'orangeraie et du Christ obèse brode une variation d'une étonnante franchise sur le thème de la manipulation des hommes.



NICK CUTTER  ♦  TROUPE 52
disponible le 18 octobre 2016
Chaque année, le chef scout Tim Riggs amène un groupe de garçons camper sur une île inhabitée, une tradition aussi réconfortante qu'une légende au coin du feu. Mais quand un fuyard affamé et pâle comme la mort débarque au campement à la faveur de la nuit, toute la troupe s'expose à un phénomène plus effrayant que n'importe quelle histoire horrifique. Une inexplicable épidémie s'abat sur l'île coupée du monde. Commence alors pour les membres de la troupe une lutte pour survivre aux éléments, à l'infection et, surtout, à leurs propres démons. Troupe 52 est une lecture sans pareil, brutale, haletante, volontairement excessive et qui ne ménage pas les effets pour réveiller en nous les pires craintes. Nick Cutter sait habilement exposer la noirceur infinie de nos contemporains dans un huis-clos où l'appétit et la paranoïa mènent un bal dément. Car la faim justifie ici tous les moyens.


DANS L'ŒIL DU SOLEIL  ♦  DENI ELLIS BÉCHARD
disponible le 1er novembre 2016
Kaboul, dix ans après le 11 septembre. Trois étrangers trouvent la mort dans un attentat à la voiture piégée: Alexandra, avocate québécoise spécialisée en droit humanitaire, Justin, idéaliste religieux enseignant dans une école locale, et Clay, ex-militaire devenu contractuel en sécurité. Les liens complexes qui les unissent se révéleront au fil de l'enquête que mène une connaissance, journaliste proche des disparus. Du Maine à la Nouvelle-Orléans en passant par le Québec et l'Afghanistan, l'ambition de trouver un coupable cède la place à un dessein plus vaste, de nouvelles silhouettes se dessinent, et le reportage peu à peu devient roman.




♦   ÉDITIONS BORÉAL   

Deux premiers romans publiés chez Boréal attisent ma curiosité. Deux jeunes nouvelles plumes dont j'ai très envie de découvrir les voix. Et puis Val-d'Or et le Mile End, ça me parle!  

117 NORD  ♦  VIRGINIE BLANCHETTE-DOUCET
164 pages – disponible le 23 août 2016

Cinq cent vingt-neuf kilomètres séparent Val-d'Or de Montréal. Maude ne compte plus les allers-retours au volant de la Tercel turquoise que lui a donnée Francis. L'Abitibi, c'est la bille d'or qu'il faut extraire de la scorie. Montréal, c'est le grain du bois qu'il faut apprivoiser. 

Dans ce premier roman extraordinairement maîtrisé, Virginie Blanchette-Doucet montre comment les frontières de nos vies se redessinent sans cesse à notre insu.






NOUVELLE ONGLET  ♦  GUILLAUME MORISSETTE
256 pages – disponible le 20 septembre 2016

Thomas était un Québécois francophone. Aujourd'hui, à vingt-six ans, il vit en anglais, parce que c'est, lui semble-t-il, la façon la plus commode de se réinventer. Il est concepteur de jeux vidéo. Son boulot l'embête, mais il hésite à remettre sa démission pour se consacrer à l'écriture. Après tout, les projections de films organisées par ses colocs dans la cour de leur appartement du Mile End ne suffiront jamais à générer les revenus nécessaires pour payer le loyer et les factures d'électricité. Au fur et à mesure que se succèdent les fêtes, plus ou moins réussies, les sorties dans les bars, toujours aussi futiles, les rencontres sur Facebook, les chats, les cours de création à Concordia, Thomas est de plus en plus tenté de franchir le pas: ouvrir, encore une fois, un nouvel onglet dans sa vie, une nouvelle fenêtre, une nouvelle page blanche qui sera également pour lui un nouveau départ.



♦   ÉDITIONS MARCHAND DE FEUILLES   

Les éditions du Marchand de feuilles ont le don de m'agripper avec leurs couvertures. Celles des parutions de la rentrée sont sublimes. Je vais craquer pour une curiosité signée Mireille Silcoff, ainsi que pour le nouveau roman d'Annie-Claude Thériault, dont j'avais découvert la plume avec sa nouvelle L'abattoir. Ici, on semble nager dans les mêmes eaux et ça a tout pour me plaire.

LES FILLES DE L'ALLEMAND  ♦  ANNIE-CLAUDE THÉRIAULT
disponible le 3 août 2016

Rose est née dans les concessions, un pays de buttes et d'épinettes, d'ours noirs et de cerfs. Lorsque son père, un Allemand au passé nébuleux plus près de la bête que de l'homme vend Marguerite, sa sour jumelle, la petite Rose en sera à jamais meurtrie. Alors que Marguerite se retrouvera à travailler dans un abattoir parisien, Rose, elle, tentera de refaire sa vie sur une ferme entre confitures et amours tourmentées. Elle s'installera avec son mari Louis Hébert, leurs enfants et leurs petites-filles près des bleuetières. Elle tentera maladivement d'oublier les longues mains effilées de son père, ses yeux verts comme un lac clair et l'humidité du sous-sol en terre battue de la maison de son enfance. Chez Rose Hébert, on chauffe un gros Bélanger rose saumon, on mange des biscuits à la farine d'avoine et on s'occupe des enfants comme de petits poussins que l'on couve. L'histoire des filles de l'Allemand traverse les forêts et l'océan, se déroule entre les vaches au ventre gonflés et les oies égarées, entre un Berlin au New Hampshire et les sous-marins allemands. C'est plus que la transmission, c'est la force gravitationnelle de l'hérédité qui pèse sur les générations. Dans ce 20e siècle marqué par les guerres où les champs sont encore minés, les familles sont décimées; les granges brûlent; les cochons entrent dans les églises. Les humains, telles des marionnettes, ne semblent pas choisir leur destin.


CHEZ L'ARABE  ♦  MIREILLE SILCOFF
disponible en septembre 2016

Inspiré d'événements réels vécus par l'auteur, Chez l'Arabe s'ouvre sur le portrait inoubliable d'une femme qui mène une vie parfaite dans sa maison en briques avec persiennes noires et géraniums rouges aux fenêtres. Bientôt, elle fait face à l'impossible - une maladie terrible, un mari qui cherche ses boutons de manchette pour sortir le samedi soir, l'intendance des liens délicats qui l'unissent à sa mère. Elle cherche d'abord à survivre, puis elle prend le temps de se demander: «Et maintenant, où en suis-je?» Suivent une série d'histoires interconnectées racontant les épreuves traversées par ceux et celles qui souffrent, prisonniers de leur mal, mais aussi de leur confort, de leur maison, de leur mariage. À ces récits de nature autobiographique viennent se greffer quelques autres, racontant des vies fictives, mais marquées par des faits criants de vérité. Les êtres qu'on y rencontre sont bousculés dans leur routine par de vieux souvenirs, aussi bien que par des apparitions soudaines ou des nouvelles inattendues. Les histoires de Mireille Silcoff respirent l'authenticité et la complexité de l'existence ordinaire. Débordantes d'observations caustiques et d'intelligence universelle, elles nous touchent là où ça fait mal, là où ça fait du bien, et explorent sans ménagement ce qu'on appelle, dans tous les milieux, la condition humaine.


♦   ÉDITIONS CHEVAL D'AOÛT   

Chercher Sam, de Sophie Bienvenu, m'avait bouleversée. Je ne résisterai pas à son nouveau roman.

AUTOUR D'ELLE  ♦  SOPHIE BIENVENU
disponible le 26 septembre 2016


En 1996, une adolescente de seize ans accouche d'un garçon dans l'anonymat d'un hôpital de Montréal. Autour d'elle retrace vingt ans des vies de Florence Gaudreault et de son fils biologique à travers le prisme d'une vingtaine de personnages qui ont croisé leurs chemins et qui racontent, chacun à leur tour, leur propre histoire. Jeunes, vieux, familles, couples ou solitaires en rupture de ban: de secrets en rebondissements, Bienvenu sonde les faillites et espoirs de tout un pan d'humanité, et dévoile ce qui affleure de fragile sous la dure écorce des cicatrices du passé. Roman choral fabuleusement incarné, Autour d'elle explore les liens qui nous unissent et l'amour dans toutes ses manifestations, que ce soit celui qu'on perd, celui qui fait vivre, celui qui détruit ou celui qu’on retrouve.


D'autres parutions me feront sans doute de l'oeil, mais pour une fois, je tâcherai d'être raisonnable!

                                                             ♦                  ♦                  

Ami(e)s français(es) et belges, ne manquez surtout pas la parution de L'année la plus longue de Daniel Grenier, publié chez Flammarion. Un premier roman échevelé, époustouflant, qui m'a laissée sans voix.  

Voici un premier roman francophone qui nous vient du Canada. Pour Daniel Grenier, l'année la plus longue dure en fait quatre ans, puisque son héros Thomas Langlois est né un 29 février, comme son aïeul Aimé Bolduc, qui ne fête son anniversaire que tous les quatre ans et a vieilli quatre fois moins vite que le reste des mortels. Le lecteur est ainsi le témoin de nombreux événements historiques, de la prise de Québec par les Britanniques en 1759, jusqu'au 11 septembre 2001. Une grande fresque qui fait voyager dans le temps et à travers le Canada. 

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