Mort-terrain · Biz

mardi, août 05, 2014

Envie de lire québécois. Ce sera Mort-Terrain, parce que le sujet m'intéresse.

Mort-Terrain (on ne peut que penser à Malartic)c'est un petit village isolé collé sur une mine d'or désaffectée. Il faut mettre un peu plus d'une dizaine d’heures de route pour s'y rendre à partir de Montréal. Le docteur Comeau, qui cache quelques secrets dans sa poche, prend sa retraite. Il faut remplacer le seul médecin de la place. C'est Stéphane Bureau, un jeune médecin montréalais, qui vient prendre son inconfortable place. Et il en verra de toutes les couleurs!


Tout le monde se connaît à Mort-Terrain. Deux clans se font face: les Blancs d'un côté, les amérindiens de l'autre. L'animosité est palpable entre les deux clans. Bureau doit choisir le sien. Quand le représentant d'une grosse compagnie minière débarque à Mort-Terrain pour y exploiter la richesse aurifère du sol, la haine monte d'un cran.

D'accord, l'intrigue est prenante. Une grosse poignée de roman à thèse (les méchants Blancs et les gentils autochtones), une pincée de mysticisme avec des rituels autochtones, et une petit soupçon de roman d’horreur, avec une scène de cannibalisme pas piquée des vers. J'ai appris plein de choses sur les réalités du Nord. Mais bon Dieu que l'écriture agace. Comme dans La chute de Sparte, Biz navigue sur deux registres de langage (que charcul et asteure côtoie pantagruéliqueorbites énuclééessucculente succube, ça fesse.). Le clivage choque, c'est énervant au possible. Les jeux de mots sont souvent maladroits et appelés à mal vieillir, car trop collés à l’actualité. Un exemple parmi d'autres: Les sinus congestionnés comme l’échangeur Turcot... C'est à lire pour l'intrigue, mais à fuir pour l'écriture qui la porte et pour les pelletées de stéréotypes.

C'est l'enfer. Mézézak, c'est le tiers-monde à moins quarante. L'espérance de vie est de soixante-quatre ans. Ça, c'est quinze ans de moins que le reste du Québec. Obésité, diabète, malnutrition, alcoolisme, polytoxicomanie, violence familiale, suicide, pauvreté, c'est un concentre de tous les problèmes de santé publique. Pis pas moyen de faire de prévention: y veulent rien savoir des Blancs… J'ai toffé quinze ans pis ch'us encore vivant. Et pis la paye est bonne. Très bonne, même. Tu restes ici quelques années, pis après tu retournes à Montréal comme un prince. Vois ça comme de l'aide humanitaire en Afrique.

D'une voix atone, il m'a raconté l'histoire de sa mère. Un matin, un hydravion s'est posé sur le lac encore embrumé. Un agent du ministère des Affaires indiennes et un policier de la GRC sont débarqués dans la réserve et ils ont emmené Anne, sa soeur Guylaine et son frère Claude au pensionnat. Elle avait six ans. En cinq voyages, ils ont vidé la communauté de ses enfants.

«Quand le dernier arbre sera abattu, la dernière rivière empoisonnée, le dernier poisson capturé, alors l'homme blanc réalisera que l'argent ne se mange pas.»  
Sitting Bull

Mort-terrain, Biz, Leméac, 234 pages, 2014. 
                                                 ★                                          

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5 commentaires

  1. Bonjour,
    Je découvre votre blogue et c'est un véritable délice! J'aime votre style et vos goûts littéraires :-)
    En ce qui concerne Biz, et plus particulièrement La chute de Sparte, j'ai trouvé cela vraiment stéréotypé. La plume est parfois intéressante mais le discours en lui-même... ayoye, que c'est vide! (j'en ai fait une critique il y a trèèèès longtemps)https://sousunpissenlit.wordpress.com/tag/critique/

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  2. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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    1. Je partage tes mots à 100%. Bien sentie! Je suivais ton blogue régulièrement, il y a trèèès longtemps! Où puis-je te lire, dorénavant?

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  3. Et bien, il sera dispo sous peu (j'espère). J'ai des problèmes avec l'hébergeur du site web. Mon petit frère essaie de m'arranger ça:-)

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  4. Go, petit frère! J'ai hâte de lire les billets de ta soeur.

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