La position · Meg Wolitzer

lundi, août 04, 2014

Long Island, 1975, en pleine révolution sexuelle. Dans la famille Mellow, il y a Roz, Paul et leurs quatre enfants. Très portés sur le sexe, époque oblige, les parents publient un guide du plaisir amoureux, espèce de Kama Sutra teinté d'art érotique chinois mis au goût du jour pour le lectorat américain, illustré de leurs propres ébats. Passages hilarants: le livre tombe entre les mains de leur progéniture...

Trente ans plus tard, le couple s'est séparé, les enfants ont grandi. Victimes collatérales des frasques de leurs parents, leur vie boite. Entre les mariages ratés, les crises d'impuissance et les identités sexuelles flottantes, pas facile d’être un enfant post révolution sexuelle...

Plusieurs auteurs américains contemporains élèvent la famille au rang de valeur refuge, en en faisant un thème de prédilection. Pour moi, les plus intéressants d'entre eux (je pense notamment à Jonathan Franzen) choisissent d'explorer, de disséquer la cellule familiale sous l'angle de l'aliénation et des dysfonctionnements, pour les uns avec gravité, pour d'autres avec cynisme*.

La position fait partie de mon top 10 des meilleures chroniques familiales publiées ces dernières années. C'est tordu, audacieux et profond, comme j'aime. Élu par Times comme l'un des meilleurs romans de la décennie, rien de moins! Sur 400 pages, notre époque névrosée, qui baigne dans le plaisir facile et égoïstement consommé, est autopsié.

Choisir la vie de couple, c'est souvent se condamner à souhaiter la solitude; choisir le célibat, c'est souvent endure le besoin dévorant d’avoir un autre corps près de soi – pour vous masser les pieds, pour s'asseoir en face de vous à la table de la cuisine, pour semer ses affaires à travers la chambre, comme autant de rappel exaspérant de sa présence.

Lu sur une plage en Algarve, c'était jouissif et délicieux!

La position est le troisième roman de Meg Wolitzer. Seulement deux ont été traduits en français. Chapeau bas aux éditions Sonatine pour son choix éditorial et pour l'impeccable traduction de Madelaine Nasalik. Reste à me rabattre sur L'épouse, le précédent roman de Wolitzer paru chez Grasset en 2005. Je le cherche partout...

La position, Meg Wolitzer, Sonatine, 400 pages, 2014. 



* À ce propos, voir l'article d'André Clavel, paru le 10 mai 2014 dans Le temps, au sujet du roman d'Andrew Porter, Entre les jours. Voici le début de l'article:

Familles, je vous aime. Familles, je vous déteste. Un refrain lancinant. Une rengaine collective. Une valse à deux temps à laquelle se prêtent la plupart des jeunes romanciers américains. Oui, la famille les obsède, bien plus que leurs aînés. Elle est leur terrain de chasse favori, parfois leur cible, parfois leur ultime refuge. Et ils la dissèquent en se passant mutuellement le scalpel, une chirurgie intimiste où chacun dévoile secrets et souvenirs, dans le huis clos de sa généalogie. Peut-être est-ce le contrecoup de la débauche cynique des années Bret Easton Ellis. Ou la conséquence des événements du 11-Septembre: dans la panique généralisée, la famille redevient un abri, si fragile et si délabré soit-il, où l’on peut encore se calfeutrer en se cramponnant à son œdipe.

Et comme la question de l’identité et de la filiation est à l’ordre du jour, on ne s’étonne pas de voir tant de romanciers de la nouvelle vague s’y frotter, de Rick Moody à Jonathan Franzen, de Jeffrey Eugenides à Dave Eggers, de Jonathan Safran Foer à Stewart O’Nan et à Nicole Krauss en passant par Laura Kasischke. Tous réunis dans la même opération de renflouage, bien que les familles qu’ils mettent en scène soient souvent des sources de souffrances et de conflits, des nids de névroses et de frustrations.

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