Tony Hogan m'a payé un ice-cream soda avant de me piquer maman · Kerry Hudson

mardi, août 19, 2014


Janie est née d'une mère adolescente paumée, en pleine recherche d'un sens à sa vie. Pas de père pour cette enfant, enfin oui, mais on ne le rencontre jamais. Ça se passe dans un trou perdu, où vit Janie, sa mère, sa mamie (une incroyable grand-mère indigne, trop souvent saoule, joueuse compulsive de bingo), son adorable oncle Frankie, héroïnomane de son état, et le fameux Tony Hogan, celui de l'ice-cream, mauvais garçon alcoolique et violent.

Janie grandit tant bien que mal dans les effluves de vodka et de Benson & Hedges, auprès d'une petite sœur issue du mariage raté de sa mère. Elle est le vilain petit canard de l'école, elle est trop liseuse, trop mal habillée... Elle ne cadre pas, elle jure dans le tableau. 

L'enfance ballotée, puis l'adolescence à tombeaux ouverts, sans repères, sans avenir. Et puis arrive la «boule», l'enfant non désiré dont elle se débarrasse en cachette pour ne rien dire à maman, et surtout pour ne pas finir comme elle. Jenny décide de tout quitter, de partir loin de ces vies ankylosées. Elle se débat pour trouver sa voie, une vie qui corresponde à ses aspirations à elle. La petite fille devient une jeune femme prête à en découdre avec son environnement et ses pièges. Elle ne doit son salut qu'à sa rage de vivre.

Grâce à une langue orale enlevée parcourue d'un éclat de rire permanent, les joies et les peines de Janie prennent une teinte à la fois drôle et émouvante. Le roman est vif et un peu fêlé, comme tous ces personnages pittoresques empêtrés dans une vie où les éclaircies se font rares. Kerry Hudson dresse une chronique sociale sans concession, donnant la parole aux laissés-pour-compte de la vie. Les mots et gros mots jaillissent, les rires et les pleurs éclatent. Ce roman étourdissant de verve permet de découvrir une héroïne inoubliable et marque l'entrée en scène de Kerry Hudson. Vivement un deuxième roman.

Quand j'ouvrais les livres, et je pouvais en ouvrir autant que je voulais parce que ça ne coûtait rien, les images s'étalaient devant mes yeux comme de l'huile sur de l’eau, et les lettres dansantes s'installaient sur ma langue avec le goût et l'odeur de bonbon à la réglisse. Pendant que maman se mordait les lèvres, arrachait les petites peaux de ses ongles et lisait des vieux magazines, je découvrais à quel point les histoires me donnaient un sentiment de sécurité.

Tony Hogan m'a payé un ice-cream soda avant de me piquer maman, Kerry Hudson, Philippe Rey, 304 pages, 2014.                   
                                                                   

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