Entre deux silences ♦ Maria Paola Colombo

dimanche, septembre 07, 2014


Un roman italien d'une auteure que je ne connais pas. Un premier roman. Une couverture en noir et blanc sans charme particulier. Une quatrième de couverture déjà lue mille fois. En somme, rien qui ne fasse spécialement envie. Et pourtant... J'ai quitté ce roman à regret, je ne voulais plus le lâcher, non parce que l'intrigue est si scotchante, ni parce que c'est plein de rebondissements. Non. Juste parce que je me suis attachée aux personnages, que j'aurais aimé les suivre encore et encore. Me laisser bercer par l'écriture et les images qu'elle fait naître.

Généralement, il faut une dizaine de pages pour mettre en place une atmosphère. Ici, dès le premier paragraphe, j'ai été prise dans les filets du texte:

Cica n'entre pas dans la mer avec les autres. Elle a les yeux mi-clos à cause du soleil perpendiculaire qui blanchit la plage marronnasse parsemée de mégots. Elle aussi à l'air d’un mégot, plantée dans le sable, accroupie comme si elle était en train de faire pipi. Sur son dos, elle a deux marques en demi-lune, longue chacune d’une main, juste en dessous de ses omoplates pointues. C'est pour ça qu'on la surnommée Cica, à cause de ses deux cicatrices…

Pour faire court, disons que ça raconte le destin croisé de deux enfants abîmés par la vie, chacun à leur façon. Je n'ai pas envie d'en dire plus, d'entrer dans les détails. Sinon que ça se passe en Italie, qu'en plus de Cica et Walker, plusieurs personnages secondaires sont extrêmement attachants, comme Carmelina, la voisine, ou encore Tomba, le chien de Cica.

Maria Paola Colombo écrit divinement bien, son écriture est envoûtante, ses phrases sont imagées, ses mots sont d'une justesse implacable. La traduction de Nathalie Castagne rend bien toute la substance, toutes la richesse du texte.

Peu de romans me font cet effet, mais celui-là en est un. De ces romans à la fin duquel je me dis que peu importe ce que je lirai après, ce sera beige. À lire avec modération, pour faire durer le plaisir.

D'abord, ils jettent de l'eau bénite, puis ils se baignent. La soeur les fait prier en rang, les pieds dans l'eau. C'est une religieuse mais elle met un maillot de bain bleu avec des fleurs et a les cheveux un peu longs, blancs et noirs comme les zèbres. Un foulard les retient, mais de temps à autre le vent en arrache des mèches. Parfois blanches, parfois noires. C'est ainsi que Cica a appris que les soeurs ont des cheveux. Elle pensait qu'elles n'en avaient pas et devenaient soeurs à cause de ça: parce qu'elles étaient chauves et que personne ne les voulait pour femmes. Mais Dieu, qui est bon, les prend toutes pour lui.

- Mais qu'est ce qu'il y a de si beau dans un livre?
Cica est perplexe.
- Il y a tout, petite. Il y a tout. Chacun de nous n'a qu'une vie. Tu es jeune, mais ça passe vite. Je peux te l'assurer, moi, que j'ai l’impression que c'était hier que j'avais vingt ans et allais me marier. Mais les gens qui lisent des livres ont beaucoup de vies, une pour chaque livre. Et toutes différentes. Tu peux aller dans la jungle, à la cour d'un roi, en Chine. Tu peux être une danseuse, un capitaine, un Indien. Quand tu lis, tu t'appropries la vie des personnages, leurs amours, leurs fêtent, leurs vêtements, leurs coeurs. Celui qui lit a cent vies.
- Plus que les chats, dit Cica, qui n'est pas convaincue pour autant. J'aime pas lire, moi. Je vais tout doucement.

Ce n'est pas qu'elle n'a pas peur. Mais, parfois, on a la chance de ne pas avoir le choix et on se retrouve à faire ce qu'autrement on n'aurait jamais fait.

Brusquement, elle se sent heureuse, vraiment. Sans ombres. Ce matin elle s'est levée du lit les yeux gonflés par les pleurs, ce soir elle dormira dans le ville de la Reine. Voyez comme c'est. Il ne faut rien prévoir. Les choses peuvent changer en un instant. Et qui sait quoi d'autre, qu’elle ne peut encore imaginer.

Entre deux silences, Maria Paola Colombo, Presses de la cité, 400 pages, 2014.
★★★★  

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2 commentaires

  1. Juste un petit mot pour te dire que ton blog m'a inspiré pour mes lectures et celle-ci Entre deux silences je l'ai véritablement apprécié. Je te met le lien vers mon blog, d'ailleurs je me suis permise de parler de toi sur mon billet. Merci pour ce bon moment de lecture que tu m'as permis de découvrir :)
    http://labq2colombes.canalblog.com/archives/2016/04/13/33662090.html

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    1. Punaise! Ça me fait plaisir, ça, ce retour sur un billet publié en 2014.
      Je file te lire!

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