Vol 459

jeudi, septembre 25, 2014



Martin Balthazar, éditeur chez VLB, a de très bonnes idées. En 2012-2013, il avait invité cinq auteurs à écrire chacun un court roman inspiré par un immeuble de bureaux, l'Orphéon. Cet immeuble de cinq étages et leurs locataires servaient de cadre à leur roman.

Martin Balthazar reprend l'idée de variation sur un même thème avec une nouvelle proposition: le 24 juin, le vol 459 en partance de Paris s'est abîmé en mer. C'est à partir de cette idée que Claudia Larochelle, Martin Michaud, Aline Apostolska et Pierre Szalowski sont partis pour créer leurs histoires.

J'ai lu les quatre romans à la queue leu leu. D'abord, embarquement avec Les îles Canaries de Claudia Larochelle.


Louisa Vanier, 38 ans, épouse et mère de famille, est une femme mystérieuse assoiffée de liberté. Agente de bord, elle devait prendre le vol 459. Dès le début, il y a crash du vol. Son corps n'est pas retrouvé. Au seuil du deuil, ses proches cherchent à comprendre cette femme dont les secrets ne finiront jamais d'être révélés. En de cours chapitres, chacun prend la parole à tour de rôle.

Le premier roman de Claudia Larochelle est intimiste et bien senti, mais portée par écriture trop convenue, ultra-conservatrice. Le point fort: la profondeurs et la richesse des personnages. Le chapitre où la grand-mère de Louisa prend la parole est saisissant. Le GROS point faible: tous ceux qui prennent la parole ont la même voix, le même ton. Comme si c'était toujours la même personne qui s'exprimait. Au bout du compte, ça fait un peu plaqué et ça sonne faux. Dommage, car l'intrigue en elle-même est fort intéressante. Découvrir un personnage par les différentes voix qui l'ont connu, ça me plait toujours.

La dernière page tournée, j'ai commencé la lecture de S.A.S.H.A. de Martin Michaud. Changement d'atmosphère drastique.



Elias, «le colosse décharné», et le jeune Sasha errent dans l'aéroport Trudeau. Elias est sur ses gardes, il craint d'être suivis. Par qui? Ils attendent Luana, la maman du garçon, de retour après un long séjour à l'étranger. Elle doit revenir à Montréal par le vol 459. Reviendra-t-elle?

Le mystère est omniprésent. Le voile se lève progressivement au fil des pages: on comprend qu'Elias et Sasha sont en cavale. Qu'un incendie a ravagé, trois jours plus tôt, la maison qu'ils habitaient dans les bois. Qu'Elias n'a pas toujours été celui qu'il est. Que Sasha a un don extrêmement précieux.

Martin Michaud maitrise l'art du suspense. Il dissémine ses indices au compte-gouttes, et ça fonctionne. De beaux personnages, une intrigue inquiétante au confluent du roman noir et de la science-fiction. Et une belle fin!

J'ai continué avec Fleur de cerisier d'Aline Apostolska. Dès les premières pages, j'ai senti un souffle, une voix.


Mark Nguyen travaille pour l'armée américaine. Il est ingénieur aéronautique spécialisé dans la fabrication de missiles «porteurs de mort». Son passé l'a toujours laissé indifférent. Mais lorsque sa mère adoptive meurt et que sa femme lui apprend qu'elle est enceinte, il n'a d'autre choix que de faire la lumière sur le mystère de ses origines. De Boston à Ho Chi Minh-Ville, de Los Angeles à Montréal, Mark parcourt à rebours le chemin que la vie a tracé pour lui. Le 24 juin, jour de son trente-huitième anniversaire, à l'aéroport, il a rendez-vous avec le secret de son existence.

Le roman d'Aline Apostolska est inspiré d'une histoire vraie, celle du propriétaire du dépanneur près de chez elle. Un roman riche en réflexion sur les questions de l'identité, de la paternité, du déracinement, de l'exil. Un roman riche en Histoire, celle de la guerre du Viêt Nam. Les choix de vie déchirants, les blessures de l'immigration, l'adaptation à un nouveau pays: c'est tout ça, Fleur de cerisier.

Parmi les quatre romans, c'est celui qui va le plus loin dans les liens qu'ils tissent avec les personnages des autres romans. On y retrouve Elias et Sasha, les deux personnages en cavale de S.A.S.H.A, Jipi, le barmen des Îles Canaries.

Le petit dernier, dévoré en quelques heures: Elle était si jolie de Pierre Szalowski.

Daniel Béland se prépare à fêter la Saint-Jean en famille lorsqu'il reçoit d'une femme disparue vingt ans plus tôt une demande d'amitié sur Facebook. Quand, au fil de la journée, il apprend que des ossements humains et une broche en forme d'avion ont été retrouvés dans les fondations d'un garage en région parisienne, Daniel comprend le piège qui se referme sur lui. Il n'a que quelques heures pour échapper à un passé qu'il s'était trop facilement pardonné, oubliant que certaines femmes ne pardonnent jamais.

Grave, mais empreint d'humour, ce suspense sur fond de hasards lève le voile sur un homme perdu dans les méandres de la culpabilité. Farci de multiples rebondissements, Elle était si jolie se lit sans temps mort et avec une avidité jubilatoire. La fin m'a laissée pantoise.



C'est pour le plaisir de lire ces quatre petits romans l'un après l'autre que la série Vol 459 vaut le coup. Un roman se démarque des autres: Elle était si jolie de Pierre Szalowski. Un suspense haletant, prenant et tortueux, porté par une écriture simple et efficace. Mais c'est surtout Fleur de cerisier d'Aline Apostolska qui retient l'intérêt par la profondeur de son intrigue. C'est un roman marquant, fort, qui se suffit à lui-même avec son écriture sensible, ses personnages incarnés, son ambiance tragique qui ne sombre jamais dans le mélodrame. J'en aurais bien pris une centaine de pages de plus!

Les îles Canaries, Claudia Larochelle, VLB, 160 pages, 2014.   ★★
S.A.S.H.A., Martin Michaud, VLB, 144 pages, 2014.                  ★★
Fleur de cerisier, Aline Apostolska, VLB, 168 pages, 2014.      ★★
Elle était si jolie, Pierre Szalowski, VLB, 176 pages, 2014.      ★★

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2 commentaires

  1. En France ils ont fait une série dans le même style : un thème de base, 4 auteurs, 4 livres. Ca s'appelle U4 mais ce sont des livres jeunesses - jeunes adultes.
    Ceux ci m'intrigue du coup.

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    1. S'il y a un lien qui unit "U4", ici, rien à voir. Seulement le lieu est commun. Mais j'ai trouvé intéressant de lire comment quatre auteurs s'accaparent un même lieu. Le résultat ne manque pas d'intérêt, quoiqu'il soit inégal.

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