L’Éphémère · Stéphanie Deslauriers

mardi, octobre 28, 2014


L'Éphémère est le premier roman de Stéphanie Deslauriers. Le titre m'intriguait, la couverture m'a attirée. Et je suis toujours partante pour découvrir de nouveaux auteurs. Alors, j'ai plongé.

Les souvenirs d'enfance et d'adolescence tourmentés d'Eva remontent à la surface lorsqu'elle apprend qu'elle est enceinte. Elle hésite à garder l'enfant. Serait-elle une bonne mère? Elle en doute.

Eva secoue la tête pour chasser le souvenir. Elle se regarde dans le reflet de la vitre. Elle se demande fréquemment ce que les autres perçoivent d'elle. Ce qu'ils voient en premier, s'ils ont la capacité de lire en elle, de voir son passé derrière les portes closes de sa maison de banlieue. S'ils peuvent entendre ce qu'elle tait, ce qu'elle ose à peine penser. Il lui arrive de se dire qu'ils n'aimeraient pas ce qu'ils découvriraient, qu'ils en seraient effrayés. Comme elle-même peut l'être.

Je me suis demandée de quoi peut bien être fait ce passé pour être si effrayant? J'ai pensé à l'intimidation, à l'abus sexuel, à la violence. Du passé lourd. Plus je tournais les pages, plus je me disais que cette Eva, elle fait beaucoup de bruit pour rien avec ses maux. 

Meurtrie par son passé, Eva est en colère. Bon ok, son père criait après elle. Un jour, il n'en pouvait plus de sa vie. Il s'est suicidé. Oui, j'avoue, c'est dûr. Je ne minimise pas le geste et son impact. Mais ce n'est pas comme si Eva était très proche de lui... Après quoi, sa mère a dû s'occuper seule de sa fille et de son fils, ce qui l'a amenée à boire du vin comme de l'eau. Pour tout cela, Eva rage...

Est-ce suffisant pour se rouler en boule, s'apitoyer sur son sort et tourner constamment le couteau dans la plaie? Eva est complaisante, immature et débordante d'amertume. Elle en prend de la place, au point d'éclipser les autres personnages. Tout ceux qui tournent autour d'elle marchent sur des oeufs. Eva m'a fait penser à un hérisson. On peut difficilement s'en approcher sans se faire mal... Les épreuves auraient pu la rendre plus forte. Cela n'a pas été le cas. 

Et en plus, elle est bien entourée cette Eva. Plein de gens l'aiment et ne désirent que son bien. Ils sont tous au petit soin avec elle, peut-être trop. Ils sont là, à l'écoute, attentionnés. Il y a Alexis, son grand amour. Il y a Judith, la mère de sa meilleure amie Adèle. Il y a Arnaud, son ami de toujours. Sans parler de son frère Maxime, qui n'a de cesse de la ménager. Sa mère et son père qui l'aiment, maladroitement peut-être, passent à ses yeux pour des êtres odieux. Mais qui a eu des parents parfaits? Ils ne me semblent ni mieux ni pire que d'autres. Ce n'est pas une raison pour en faire un roman!

Au milieu du roman, Judith tente de brasser Eva en lui disant: Mais maintenant, tu es une adulte. Tu as le choix de faire ce que tu veux de ta vie. De voir ce que tu as vécu d'un autre oeil. Et de te débarrasser de ta colère. Que fait Eva? Elle claque la porte et s'en va!

De L'Éphémère se dégage une profonde impression de déjà-lu. Les personnages sans réelle profondeur, l'intrigue un peu vaine, l'écriture convenue: tout cela manque d'originalité. Et Eva est insupportable... En refermant le roman, une seule envie me taraudait, celle de lui crier: «Tourne la page et va de l'avant!» Il y a bien une touche d'espoir en ce sens dans les dernières pages, mais est-ce suffisant pour chasser l'impression qu'Eva n'a fait que se gratter le nombril pendant tout le roman? J'en doute...  

L’Éphémère, Stéphanie Deslauriers, Stanké, 176 pages, 2014.

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