Katia Gagnon: des romans qui sonnent juste et portent loin

mercredi, octobre 15, 2014


Marie Dumais est journaliste. Les enquêtes difficiles, elle aime. Dans La séparation, une jeune ado du secondaire, Sarah Michaud, s'est suicidée après avoir été victime d'intimidation. Dans le but de comprendre ce qui a pu pousser Sarah au suicide, Marie enquête. Elle va à la rencontre des parents, des enseignants et des autres élèves qui ont côtoyé l'adolescente. Elle découvre un environnement rempli de compétition, de jalousie, d'hostilité.

Parallèlement à cette enquête, une seconde histoire, celle de Marie Dumais, jeune. Elle était cette petite fille habitant dans un appartement insalubre avec une mère souffrant de graves problèmes mentauxJusqu'à ce que la DPG s'en mêle et prenne l'enfant en charge.

Dans Histoires d'ogres, Katia Gagnon s'inspire d'histoires vraies. Il y a Stéphane Bellevue, un pédophile en libération conditionnelle. En rencontrant les proches et les intervenants qui l'ont côtoyé durant sa vie, Marie Dumais obtient une vision d'ensemble de la vie du pédophile. Sa vie est une suite d'abandons et de rejets. Avant d'être agresseur, Stéphane Bellevue a aussi été victime, ce qui explique bien des choses, sans excuser les gestes qu'il a posés. Et il y a Jade, une jeune mère prostituées accro au crack. Histoire d'amener un peu de lumière dans toute cette noirceur, il y a l'amour dans l'air: Marie Dumais tisse des liens avec Louis Hétu, un libraire indépendant.

Disons les vraies affaires, les romans de Katia Gagnon sont durs. Entre thriller et reportage, elle tente d'expliquer des réalités crues et désarmantes, sans jamais tomber dans le sensationnalisme, sans porter de jugements. Ses personnages sont des écorchés vifs, ils en bavent. Marie Dumais, très attachante, est un beau personnage atypique et complexe comme je les aime.

Ce qui fait la force de ces romans, malgré leur dureté, c'est qu'ils braquent les projecteurs sur notre société pour en exacerber les vices et les dégâts. L'image qui en ressort n'est pas rose, mais elle a le mérite d'être honnête. Ce qui n'est pas rien.

Avec un style épuré, concis et un sens aigu de la narration, Katia Gagnon signe des romans édifiants, nécessaires, qui sonnent juste et portent loin. Dommage que les couvertures soient aussi quelconques...

J'ai entendu dire que Robert Favreau était en train d'adapter La réparation. À suivre...

La réparation, Katia Gagnon, Boréal, 216 pages, 2011 (aussi paru en poche).
★★

Histoires d'ogres, Katia Gagnon, Boréal, 248 pages, 2014.

★★

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