Une main encombrante · Henning Mankell

mercredi, novembre 12, 2014


Parmi les enquêteurs venus du froid nordique que je lis impérativement, il n'en reste plus beaucoup... Le Suédois Eric Winter est de toute évidence mort (Ake Edwardson), le Suédois Kurt Wallander souffre d'Alzheimer. Il me reste le Novégien Conrad Sejer (Karin Fossum) qui se fait trop rare à mon goût, et l'Islandais Erlendur Sveinsson (Arnaldur Indridason).

Mankell le jure: «Il n'y aura pas d'autre enquête avec Kurt Wallander.» J'ai donc dégusté jusqu'à la toute dernière goutte les mots d'Une main encombrante.

Déjà, avec L'homme inquiet en 2009, Mankell mettait un terme aux aventures de Wallander. L'Alzheimer, ça ne pardonne pas... Quelques années plus tard, pourtant, des enquêtes inédites mettant en scène un jeune Wallander paraissaient avec La faille souterraine, écrit en 1999.

Mankell avait écrit il y a quelques années une nouvelle que la BBC a reprise pour en faire la trame d'un épisode de la série Wallander, avec Kenneth Branagh. En voyant l'épisode, Mankell a eu envie de reprendre l'histoire et de l'étoffer. Une main encombrante est né (chronologiquement, Une main encombrante précède L'homme inquiet). On y trouve un Wallander usé, au bout du rouleau, qui a très envie d'avoir un chien et de se retirer à la campagne. Lorsque son collègue Martinsson lui propose la demeure d'un proche qui vient d'entrer en maison de retraite, Wallander est à deux doigts d'accepter. En visitant la maison, il fait toute une découverte dans le jardin à l'abandon: les os d'un main squelettique affleurent du sol. Les recherches aboutissent à une découverte encore plus macabre. Au lieu d'une maison, Wallander récolte une enquête.

Un bref instant au cours de sa visite, il avait été convaincu. C'était bien la maison qu'il cherchait. Et voilà qu'elle s'était transformée en scène de crime. Ou tout au moins en un lieu renfermant un obscur secret.

Dans Une main encombranteMankell raconte les difficultés d'une enquête qui tient à peu de choses, entre fausses pistes et espoirs déçus, jusqu'à la résolution, bien masquée jusqu'à la fin. Encore une fois, il s'attache à son inspecteur, apportant un léger complément à son portrait d'enquêteur en fin de carrière, insatisfait de sa vie, qui voudrait bien se mettre en congé de lui-même, de cette pesanteur qu'il traîne. L'intérêt de l'investigation, ici, tient dans ses aspects atypiques. Pas de résonance sociale, ni d'éclats de violence présents dans les précédents romans de Mankell. On est plus près de l'ambiance de L'homme inquiet, en moins crépusculaire.

Mankell livre en fin de roman une réflexion sur la genèse et l'évolution de sa série policière. Quelques pages passionnantes et… émouvantes. Cette fois, la boucle semble vraiment bouclée.

Une main encombrante, Henning Mankell, Seuil, 182 pages, 2014.
  

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3 commentaires

  1. Oh j'ai lu les Wallander et le dernier .. très triste (Alzheimer). J'avais entendu parler de cette enquête inédite mais bizarrement pour moi c'était fini ... et là je le revois, et hop je le note !

    Comme tu dis, heureusement il nous reste Erlendur même si Indridasson lui fait prendre quelques vacances (en voyageant dans le passé)

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    1. Sa première enquête... Ça reste touchant, mais pas transcendant! un nouveau Mankell paraîtra en avril au Seuil (pas un polar): Daisy sisters. À suivre... Et pour Indridasson, Erlendur reprend du service dans Les nuits de Reykjavik. Chanceuse, tu le liras sûrement avant moi (il vient de sortir en France). Le temps qu'il mettra à arriver ici... La première enquête d'Erlendur, ça promet!

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  2. J'avais commencé cette série au début des années 2000 ... mon premier auteur nordique ... et j'ai raté la série passée à la télé il y a un ou deux ans ... je vais peut être la reprendre.

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· J'aime m'y promener ·

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