Les hommes meurent, les femmes vieillissent · Isabelle Desesquelles

jeudi, novembre 06, 2014


Alice tient depuis quinze ans l'institut de beauté L'Eden, à Toulouse. L'Eden n'est pas un institut comme les autres. Ce n'est pas tant pour les soins prodigués qu'on y vient, c'est d'abord et avant tout pour Alice. 

D'un chapitre à l'autre, l'esthéticienne introduit dix personnages par une courte fiche descriptive. Dix clientes issues d'une même famille, de quatre générations différentes. Ces personnages racontent ensuite un bout de leur vie. Leurs confidences tissent le fil d'une toile où apparaît Ève, la grande absente partie trop tôt. Le mystère plane autour des dernières heures de sa vie.

Dix personnages. Certains sont au bout de leur existence, d'autres au début, «entre une vie neuve et une vie usée jusqu'à la corde». Dix personnages comme des quilles vacillantes. Certains se relèvent difficilement. D'autres sont épargnés pour quelque temps encore.

Isabelle Desesquelles a un sens de l'observation formidable. Elle libère la parole de chacun d'une façon qui lui est propre. Il y a de superbes passages sur le couple, la chirurgie esthétique, l'accouchement, l'adultère, l'anorexie, les maisons de retraite. Le roman se construit par courts chapitres, petit à petit, sans réelle chronologie.

Isabelle Desesquelles offre une magnifique leçon de vie. Un roman choral rempli à ras bord d'émotions. Un roman qui, tout en donnant à entendre des voix multiples et singulières, tend à l'universel. Une lecture mordante, parfois subversive, mais toujours empreinte d'une grande humanité.

On est déjà une énigme pour soi, alors pour les autres... Les familles sont pleines de silences et de mensonges. On se débrouille comment avec ça? Comme tout le monde, on continue.

La bouche la plus scellée n'empêchera pas un corps de révéler ce qu'on a fait de lui.

Pourquoi faut-il dépenser toujours plus pour se sentir rassurée? Une contrariété et hop! l'achat compulsif. Plus c'est cher, plus c'est inutile, plus ça fait du bien.

Le temps nous dépasse tous, l'existence n'est qu'un claquement de doigts. À vingt ans, j'ai dit non à la vie que l'on me destinait. Celle de mes parents, celle de ma soeur Jeanne, des paysans. Un destin boueux avec un mari pour l'éternité, des couvertures en laine conservées hiver après hiver dans des sacs plastiques rangés dans une armoire. Jusqu'aux rêves ensuite qui ont l'odeur de la naphtaline.

Pas question de descendre du ring, ce n'est rien d'autre, la vie, une bagarre. Personne ne me collera dans un mouroir avec des incontinents et des séniles, des comme on finira tous. On peut se débrouiller pour faire autrement, non? Ce n'est pas gagné mais je n'ai jamais cédé, ce que je ne voulais pas, je ne l'ai pas fait.

Les hommes meurent et les femmes vieillissent, Isabelle Desesquelles, Belfond, 224 pages, 2014.
★★★★ 

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2 commentaires

  1. je vais offrir à mon amie esthéticienne et m'offrir aussi je crois !

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  2. Lucie, c'est une lecture toute prédestinée pour elle! De plus, c'est tellement rare qu'on en fasse l'un des personnages principaux d'un roman...

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