La ballade d'Hester Day · Mercedes Helnwein

lundi, décembre 22, 2014


La toute jeune maison d’édition La belle colère joue dans la cour des grands avec seulement trois titres parus. Certes, leur ligne éditoriale me laisse perplexe: Des romans pour adultes dont les héros sont des adolescents. Des livres qui s'adressent aux adultes et se tendent, une fois refermés, aux plus jeunes, non pas parce qu'ils seraient adaptés à leur «niveau de lecture», mais simplement parce qu'ils nous ont profondément marqués. On trouve ces romans dans le rayon littérature étrangère de toute librairie digne de ce nom. Les trois romans publiés à ce jour sont des traductions. Si on remonte aux romans originaux, ils sont, en librairie, classés Young Adults, s'adressant aux 15 à 25 ans. Alors, pourquoi ce choix de La belle colère? Je l'ignore et, en fait, cela n'a aucune importance dans la mesure où ces romans sont lus.

Après avoir beaucoup aimé Dieu me déteste de Hollis Seamon, je plonge dans La ballade d'Hester Day, que j'ai acheté lors d'un voyage à Paris, parce qu'il était introuvable au Québec. C'est le deuxième roman publié à La belle colère, un roman rafraîchissant, éclairant.

Cette fois, pas d'adolescents malades et en colère après Dieu, mais une grande fille de presque dix-huit ans. Une fille qui refuse la vie toute tracée qu'on lui propose. Mouton noir, asociale, rebelle, elle est incapable de se projeter dans l'avenir. Une chose est certaine, elle ne se voit pas entrer à l'université. Parce que l'école, elle en a ras-le-bol. Côté famille, ce n'est pas le nirvana. Sa mère se la joue grande tragédienne, son père ne jure que par le golf, et sa soeur, elle n'a aucunes affinités avec elle.

D'une idée saugrenue au coup de tête, Hester fugue. Elle a réussi à convaincre Fenton - un jeune apprenti écrivain croisé à la bibliothèque - de quitter la Floride. En cachette, elle amène Jethro, son jeune cousin obèse qui rêve de devenir un cow-boy de l'espace. Les voilà partis à bord d'Arlene, le camping-car de Fenton. Deux semaines à parcourir le Missouri, le Kentucky, le Kansas. Ils font des rencontres marquantes, explosent de rire et de colère, aiment un peu, grandissent beaucoup. Si, après bien des détours, l'épopée se termine dans un poste de police, il ne s'agit pas pour autant d'un retour à la case départ. Loin s'en faut.


Un reproche, peut-être: ça frôle par moment la caricature. L'ado en crise, la mère hystérique, le père invisible, la sœur haïe, le copain rêveur, le cousin obèse… Et puis des coïncidences qui sortent d'un chapeau de magicien, mais nécessaires à la progression de l'intrigue. S'arrêter à ces petits écueils serait se priver d'un très bon moment de lecture.


À glisser sous l'oreiller de tous les ados qui se cherchent, qui sont mal dans leur peau, qui traversent une crise existentielle. À mettre entre les mains de tous ceux qui ont de grands enfants et qui peinent à les comprendre. Mais aussi dans les mains d'ados sans soucis, curieux de découvrir une fille originale sortant des sentiers battus.


Le pire dans tout ça, je crois, c'est qu'après dix-huit années passées sur terre, leurs rêves étaient merdiques. Ils voulaient tous incarner la vie telle qu'on la représente dans les séries télé, être aussi séduisants que ces gens au sourire forcé en couverture de magazines qu'on laisse traîner à côté des toilettes, sur des tables de café ou chez le dentiste. Ils allaient passer à côté de leur vie. 

Il faut peu de temps pour tout réduire en miettes. Un tremblement de terre ravage des villes entières en quelques secondes. Une seule balle peut détruire des organes et terrasser un spécimen d'être humain en parfaite santé quelques millisecondes plus tôt. Il suffit d'une bombe pour causer les mêmes dégâts à l'échelle d'une ville entière. Un incendie dévore une maison et rote un nuage de fumée avant même que les pompiers n'aient le temps d'intervenir. Renversez de l'eau sur un ordinateur et toute cette merveille de technologie est réduite à néant! Ça prend une éternité pour cultiver quelque chose qui vaille le coup dans la vie. Alors, pourquoi est-il si facile de tout démolir en un rien de temps?


Il engageait des conversations pour le seul plaisir de s'entendre parler. 

(On en connaît, des comme ça...)

Mercedes Helnwein est une artiste étonnante. Née à Vienne, elle vit maintenant à Los Angeles. Plasticienne et cinéaste, elle ne s'est mise que récemment à l'écriture. Étant la fille de Gottfried Helnwein, l'art sous toutes ses formes coulent dans ses veines. On peut voir une partie de son travail sur son site.

                                                         © Joshua Spencer
La ballade d'Hester Day, Mercedes Helnwein, traduit par Francesca Serra, La belle colère, 366 pages, 2014.

Pour en savoir un peu plus sur la littérature Young Adults, lire l'excellent article de Carmela Rigout, Le phénomène du cross-age.

laissez-vous tenter

2 commentaires

  1. Autant j'avais beaucoup aimé "Dieu me déteste" autant, là, tout ou presque m'a agacé dans ce roman.

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  2. J'ai aussi préféré Dieu me déteste à La ballade, mais j'ai bien aimé les deux. Il me reste à lire Vous parler de ça chez le même éditeur. L'as-tu lu?

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