Comment de terre faut-il à un homme?

jeudi, janvier 22, 2015

J'avais 10-11 ans. Un jour de semaine, autour de 17 h 30. Mon père fermait sa boutique de jouets. Je m'ennuyais. Jusqu'à ce que je tombe sur une vieille boîte dissimulée au fond d'une tablette, une boîte invendable. Même à 70% de rabais, personne n'en voulait. C'était Lexidata: «un mini ordinateur robuste et sans piles (eh oui!), qui permet de répondre à plus de 42 000 questions.»

Fouillant dans la boîte, parmi les fiches de lecture, à la recherche de je ne sais quoi, je commence à lire le texte d'un certain Léon Tolstoï. Jamais entendu parlé. Je lis cette étrange histoire d'un simple paysan qui désire toujours plus, plus, et encore plus. Et qui finit par en mourir. C'est un choc, un choc existentiel. Rien de moins! Une révélation. Je venais de réaliser, assise par terre entourée de milliers de jouets, qu'en vérité, nous avons besoin de bien peu de choses pour être heureux. Et qu'en désirant toujours plus, on court à sa perte, finissant par passer à côté de la vie. Une grande leçon de sagesse pour la petite fille gâtée que j'étais! Peu de temps après, la boîte disparue, et la nouvelle de Tostoï avec. J'ai cherché en bibliothèque (Internet n'existait pas à l'époque). En vain. Et voilà que cet automne, au Salon du livre de Montreuil, j'entends parler de ce texte d'Annelise Heurtier, inspirée d'une nouvelle de Tolstoï... Mon coeur cesse de battre: je retrouve l'histoire de mon paysan russe à l'origine d'un si grand bouleversement intérieur! J'ai relu le texte. Tout y est similaire à mon souvenir. Trente ans plus tard, je pense toujours pareil: nous avons besoin de bien peu de choses pour être heureux!

Et que raconte ce fameux texte?

Pacôme vit avec sa femme et ses trois enfants dans sa petite isba sur son lopin de terre, en Sibérie. Ils ne manquent de rien, mais n'ont rien de trop. Pourtant, Pacôme est insatisfait. Il se met en tête qu'avec un plus grand terrain, il serait plus heureux. Il achète, et achète encore, sans pourtant être plus heureux. Puis, sur les conseils d'un marchand, il décide de partir avec sa famille aux pays des bachkirs, où la terre est fertile et vendue pour une bouchée de pain. Là-bas, le chef d'une tribu nomade lui offre, contre mille roubles, autant de terrain qu'il pourra en parcourir en un jour entier. Pour obtenir ces terres, il doit être revenu à son point de départ avant que le soleil ne se couche. La richesse n'a jamais été aussi proche, mais ce n'est pas pour autant que le bonheur l'attend. Bien au contraire! L'avidité et la cupidité de Pacôme lui seront fatales…




Revisitée et adaptée par Annelise Heurtier, cette histoire est portée par un magistral travail de sérigraphie réalisé par Raphaël Urwiller. La finesse et la justesse du trait, associées à des aplats de couleurs vives et contrastées, affirment encore davantage la puissance du texte. Une histoire intemporelle à lire à tout âge. Une histoire édifiante à méditer.

Combien de terre faut-il à un homme?, Annelise Heurtier (texte) et Raphaël Urwiller (illustrations), Thierry Magnier, 40 pages, 2014.

★★

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3 commentaires

  1. Je trouve que l'histoire que tu racontes est vraiment très belle. Ça dû te faire plaisir de retrouver en partie ce texte. J'adhère totalement à cette pensée qu'on a besoin de peu de choses pour vivre. Aujourd'hui je pense que dans notre société on passe pour quelqu'un de bien étrange quand on pense comme ça. Pourtant...

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    1. Oh! Il me fait plaisir et me touche, ce commentaire.
      Disons que la «simplicité volontaire», choisie ou non, est regardée de haut.
      Moi, les gros chars, les grosses cabanes et la piscine, ça ne m'a jamais impressionnée.
      Les gens qui se définissent par leurs possessions ont tendance à très vite m'ennuyer!

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    2. Je comprends cette façon de voir, je pense comme toi. De toute façon, de "grosses possessions" je n'en ai pas. Je n'en vois juste pas l'intérêt, mais c'est mal compris je pense. La majorité des gens travaillent comme des fous et se "récompensent" en achetant tout ce qui est dernier cri. Je ne fonctionne pas comme ça.

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