Rafael, derniers jours · Gregory Mcdonald

dimanche, janvier 11, 2015

Rafael a la vingtaine. Il est alcoolique et analphabète. Il vit avec femme et enfants entassés dans une caravane sans eau ni électricité entre l'autoroute et la décharge publique. Il sait qu'il n'a aucune chance de quitter ce cul-de-sac. Jusqu'au jour où il rencontre un producteur de film. Une mauvaise rencontre...

En échange de  30 000 dollars, Rafael accepte de tourner dans un snuff movie. Les snuff movies, vous connaissez? Ces films mettant en scène la torture et le meurtre d'une ou de plusieurs personnes. En acceptant de se faire torturer pendant une heure, Rafael pense assurer à sa femme et ses trois enfants une existence à la mesure de l'amour qu'il leur porte, persuadé que son sacrifice est la seule chance pour sa famille de s'en sortir. Il lui reste trois jours à vivre...

Je m'incline devant le talent de Gregory Mcdonald, son style riche et sobre, son écriture empreinte d'une grande sensibilité, de compassion. Contrairement à d'autres (je pense notamment à Chuck Palahniuk), ce qui intéresse Gregory Mcdonald, ce n'est pas de tartiner des pages d'atrocités pour le simple plaisir de choquer. Ce qui l'intéresse, c'est plutôt de dépeindre sans pathos ces indigents, ces laissés-pour-compte de la société dont le désespoir n'a d'égal que leur amour de la vie et de leur famille.

Rafael, les derniers jours est un roman d'une noirceur indicible, qui fait hurler de rage. Non à cause de l'horreur qu'il expose, mais à cause de l'inhumanité et de la misère humaine qu'il met en scène. Une lecture coup de poing qui fait très mal. Pour les natures sensibles, l'auteur précise en introduction qu'il est possible de sauter le chapitre trois, dans lequel sont décrits les sévices que subira Rafael, sans que cela nuise à la compréhension du roman.


Rafael ne symbolise pas la déchéance de notre époque. Ceux qui incarnent cette déchéance sont ceux qui acceptent que des gens en soient réduits à monnayer leur vie en échange d'un avenir pour leur famille. Et il y a ceux qui ferment les yeux.

Un film a été tiré du roman en 1997: The Brave, interprété par Johnny Depp et Marlon Brando.

Rafael, les derniers jours, Gregory Mcdonald, 10-18, 192 pages, 2009.

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3 commentaires

  1. Ouf, j'avais déjà noté il y a un bon bout mais ne l'ai jamais lu. Trop de violences me répugnent et il m'est difficile de les lire. Je sais, il faut que de telles choses soient lues, connues car elles existent mais pour le moment je ne saurais les lire.

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  2. Je comprends ton point de vue, Suzanne.
    Il est rare de lire un roman dans lequel la violence n'est ni gratuite, ni accessoire. Ici, elle sert de fondement à l'intrigue, mais cela va tellement au-delà, et c'est ce qui fait toute la richesse de ce roman, qui ne s'oublie pas facilement... Il faut être dans un bon état d'esprit pour passer au travers...

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  3. Comme Suzanne, j'avais noté ce titre il y a bien longtemps... et vérification faite, il trône même dans ma bibliothèque. Merci pour ce rappel, je vais essayer de le faire remonter dans ma liste de lectures.

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