Les meilleurs élèves · Bronwen Hruska

lundi, février 09, 2015

Bronwen Hruska frappe très fort avec ce premier roman dans lequel elle décrit comment le système éducatif américain (en particulier new-yorkais) est gangrené par la performance et la course à l'excellence. Et ce, au mépris du rythme de l'enfant et de sa santé. Car tout ce qui compte, c'est le résultat, non?!

Sean vit à New York. Journaliste au magazine people Buzz, il a remisé ses ambitions de peintre, faute de temps. Depuis que sa femme Ellie a pris la poudre d'escampette après une lourde dépression, il s'occupe seul de son fils Toby. À Manhattan, la course à l'excellence commence tôt, dès le primaire, et les places dans les meilleures écoles sont chères. Soucieux d'assurer une bonne éducation à Toby, les beaux-parents de Sean ont pris en charge les frais de scolarité exorbitants de leur petit-fils. Sean a hésité, pour finir par accepter. Mais très vite, les choses ne se passent pas comme elles devraient.

Sean fait confiance aux professionnels de l'école qui lui recommandent fortement de médicamenter son fils pour soigner sa soi-disante hyperactivité. N'osant pas mettre en doute les conclusions des professionnels, il donne à contrecoeur des médicaments à Toby, non sans les avoir essayés au préalable!



La mort brutale de Calvin, le meilleur ami de Toby, et l'attitude étrange des enseignants et des parents poussent Sean à enquêter. C'est à ce moment que la comédie se transforme en enquête. Sean part en croisade, aux côtés de l'enseignante de Toby, contre un système éducatif opaque et… très très puissant. Sean lève le voile sur les liens entre écoles élitistes et laboratoires pharmaceutiques. Des intérêts colossaux sont en jeu. Alors, pour les scrupules, on repassera...

Un roman captivant, terrifiant aussi. Des personnages bien campés, les uns attachants, les autres détestables. Une bonne satire gorgée d'humour et d'humanité sur l'obsession de la réussite. Le portrait social qui s'en dégage donne froid dans le dos.

Il était son père, il aurait dû le savoir. Une vague de nausée déferla en lui. Même inconsciemment, il aurait dû savoir. Mais il l'avait pourtant fait. Il avait été crétin d'accepter l'augmentation des doses, et surtout de lui avoir fait prendre le médicament. Quel avait été l'intérêt? Transformer Toby en super-élève, en robot capable de garder le rythme des autres enfants surdoués de cette usine de l'Ivy League? Quand avait-il décidé que les résultats académiques de Toby étaient plus importants que sa santé?
Il ne pouvait s'empêcher de considérer New York comme un piège, une bulle électrisée où tout devait être sans cesse plus grand, plus rapide, plus impressionnant. Cheryl éprouvait le besoin de paraître vingt ans plus jeune en se sculptant un cul parfait à coups de musculation. Ellie n'avait pas réussi à tomber enceinte et, dans un monde où l'échec n'était pas une option, elle avait perdu sa capacité à vivre normalement. Et lui, il s'était laissé convaincre que son fils de huit ans souffrait d'un dysfonctionnement – non parce qu'il était en retard, mais parce qu'il n’était pas en avance. Une sorte de folie très particulière agitait Manhattan.

Les meilleurs élèves, Bronwen Hruska, Plon, 360 pages, 2014.
                                                                                                          ★★★★

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17 commentaires

  1. Ah! que je voudrais donc pouvoir écrire des billets comme les tiens!! Finalement, tu n'as pas trop détesté... ouf! :)

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  2. T'es drôle de dire ça! Je complexe à mort sur l'écriture de mes billets!!! J'ai BEAUCOUP aimé ce roman. Et c'est grâce à tes bons mots que j'en ai repris la lecture. MERCI! En plus, ma sauterelle vient d'être diagnostiquée pour une léger TDAH (sans médication, ouf)! Pas besoin de te dire que ça tombait à point!

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    1. Arrête, tes textes sont tellement professionnels! Moi je suis boulimique, je "vomis" le livre une fois refermé et lorsque vient le temps de faire mon billet, on dirait que j'ai tout oublié!! :)

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    2. Boulimique aussi, je "vomis" le livre aussi, mais dans mon billet! Après, il ne reste souvent qu'une impression ou un sentiment. Tes billets sont vraiment bien aussi (limpides, structurés et concis). Aucune jalousie à y avoir, Jules!

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  3. Je l'ai remarqué à ma dernière visite à la bibliothèque. Jules a raison; ton billet est très, très bien. (Comme tes autres d'ailleurs et oui, je le pense vraiment).

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    1. C'est très très gentil à toi, Suzanne. Merci! Quand j'écris un billet, je tâche d'en dire le plus possible avec le moins de mots possible. J'ai cru comprendre que les longs billets, comme les longs articles, sont lus en diagonale à partir du milieu... Donc, je tente de synthétiser!

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  4. Cette collection Feux croisés est excellente! Au départ je croyais qu'il s'agissait d'une étude et non d'un roman, mais je reste persuadée que ça me plairait!

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    1. Tout à fait, Keisha, une excellente collection. Il y a toujours quelques bons titres à piocher en une année. Et oui, il s'agit bien d'un roman, avec tout ce que ça implique d'intrigues!

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  5. Un peu comme Keisha j'ai cru qu'il s'agissait d'une étude ou enquête et non d'un roman. Mais la course à la performance est bien réelle et surtout à NY City où l'inscription se fait dès la maternel (preschool).
    Il faut savoir aussi que le système éducatif américain est différent, car l'école commence officiellement à 6 ans et il n'y a pas de "maternelle" comme en France. Soit l'enfant reste avec sa mère (la moitié des enfants), soit il va dans une crèche (j'y ai travaillé quand j'étais au Montana) ou il va dans ces "preschool" - maternelles privées.

    A New York City, elles sont côtées comme à la bourse, il y a la Ivy Leage des maternelles et Là bourrage de crâne assuré : on leur enseigne 2 ou 3 langues étrangères, on leur apprend à écrire, lire, etc...
    Mais ça reste cependant assez confidentiel comme système. Ayant habité au Montana ou au Tennessee, ou dans le Minnesota ça touche essentiellement les populations très aisées. La majorité des enfants américains vont dans le public et une moitié ne commence l'école qu'à 6 ans. Les autres vont en "crèche".

    Je me souviens d'une épisode de Law & Order où la directrice d'une de ces preschool était assassinée par un parent dont elle avait refusé l'admission de son enfant. Glauque !

    tu lis vite, dis-donc ?!

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    1. Ouais... je suis bien contente de vivre au Québec. Notre système éducatif se situe entre celui des USA et celui de la France: plus souple qu'aux USA, mais «moins rigoureux» qu'en France. Je t'envie d'avoir vécu un temps dans ces États (Montana, Tennessee, Minnesota). Je peux savoir ce que tu y faisais? Comment es-tu arrivée là? Ça m'intrigue... Et, non, je ne lis pas si vite que ça!!!

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    2. Oh si tu savais ... rien de très intéressant, j'étudiais et j'enseignais dans le Tennessee, je bossais comme vendeuse (5 mois) à Minneapolis, et mon ex vient de Great Falls, Montana où j'ai travaillé en crèche....
      j'ai profité pour voyager énormément.

      Oui, je suis aussi contente de ne pas vivre dans une société totalement tournée vers la performance (Corée du Sud et Japon hello) où les enfants sont conditionnés comme des petits robots pour réussir.
      J'aurais fait partie des "rebuts" à coup sûr !

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    3. Au contraire, c'est vraiment intéressant. Juste de vivre dans un autre pays, c'est passionnant...

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  6. Je l'avais repéré chez Jules et il me tente de plus en plus. Je l'ajoute à mon immeeeeeeense LAL!

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    1. Ne le place pas trop en bas de ton immeeeeense LAL, Marguerite! Il vaut vraiment le détour.

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  7. ça me donne super envie tout ça !!! Je ne l'ai même pas croisé en librairie celui-là... je devais regarder ailleurs ! :)

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  8. Lu et approuvé! J'étais en complète empathie avec le père. Réflexions, doutes, petite voix intérieure... formidable! Mais ça fait froid dans le dos.

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    1. J'en ai encore des sueurs froides... Et quel beau personnage de père. Contente que tu aies aimé.

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