Retour à Little Wing · Nickolas Butler

vendredi, février 13, 2015


Nickolas Butler aime son patelin. Ça se sent. Né à Allentown, en Pennsylvanie, il a grandi à Eau Claire, dans le Wisconsin. Il est revenu s'y établir avec sa femme et ses deux enfants. On peut dire qu'il a touché à tout: homme d'entretien chez Burger King, vendeur de hot dogs, agent de sécurité pour auteurs en tournée, torréfacteur (mmm, j'aime…), commis dans un magasin d'alcools. Inscrit dans un atelier d'écriture en Iowa, c'est là qu'il entame l'écriture de Retour à Little Wing (Shotgun Lovesongs). Il a mis trois ans à l'écrire.

Ils sont quatre. Quatre copains qui ont fait les quatre cents coups ensemble jusqu'à ce que la vie les disperse. S'ils ont pris des chemins différents, ils tendent toujours à revenir à Little Wing.

Il y a Hank, l'homme de la terre, loyal, patient et affectueux. Agriculteur, il n'a jamais quitté son bout de pays. Il a épousé Beth, son premier amour d'adolescence.

Il y a Lee, la rock star qui parcourt le monde, de tournées en concerts. Il est toujours le même Lee lorsqu'il revient à Little Wing pour recharger ses batteries dans sa vieille maison de ferme. (Lee est inspiré par Justin Vernon, le chanteur de Bon Iver, avec qui Nickolas Butler est allé à l'école secondaire. Il a, comme Vernon dans la vraie vie, réalisé dans le dénuement le plus complet l'album qui fera son succès. Le roman permet de voir dans quelle atmosphère a été créé, en 2008, le premier (et excellent) album de Bon Iver: For Emma, Forever ago.)

Il y a Kip, l'ex-trader qui a fait fortune à Chicago et qui revient au bercail avec sa femme Felicia, avec l'ambitieux projet de rénover une vieille fabrique désaffectée où lui et ses copains se retrouvaient lorsqu'ils étaient jeunes.

Et il y a Ronny, l'ex-champion de rodéo amoindri par un accident provoqué par l'abus d'alcool. Celui-là, une belle surprise l'attend…

Autre personnage fort du roman: Beth, la femme de Hank totalement dévouée à sa famille. Lorsqu'une vieille histoire entre Lee et elle refait surface, l'équilibre du couple est ébranlé.

À l'occasion d'un mariage, les quatre trentenaires se retrouvent. L'amitié peut-elle résister au temps et à des choix de vie si opposés? Les retrouvailles ne sont pas simples. Elles font surgir les failles que chacun porte au fond de lui.

Le passage dans lequel Hank et Lee volent un énorme pot d'œufs dans le vinaigre est tordant. Tout est bon pour renouer les liens fragilisés et pour revivre la jeunesse perdue en jetant des œufs sur les voitures qui passent!

Nickolas Butler éprouve une grande tendresse pour ces personnages. Pas de cynisme ici, ni de dérision. L'intrigue évolue dans une construction chorale habilement menée.

J'avais envie de lire une histoire d'hommes. J'ai été servi. Des hommes, des vrais, dans toute leur grandeur, avec leur bonté, leur vulnérabilité, leurs doutes. Un roman qui donne foi en l'humanité. Un roman chaleureux, sans démagogie, pas neuneu pour deux sous. Un beau portrait de la vie dans l'Amérique rurale et d'amitiés qui perdurent au-delà des rivalités et de l'envie. Pour une fois, l'Amérique profonde n'est pas dépeinte comme un trou perdu peuplé d'abrutis, de drogués et de dégénérés. Un livre au grand cœur. Un livre à vivre.

Il y a des romans dans lesquels on se sent bien. Juste bien. Retour à Little Wing est un de ceux-là. 

Depuis, j'écoute Bon Iver en boucle!


Retour à Little Wing, Nickolas Butler, Autrement, 445 pages, 2014.


★★★★

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12 commentaires

  1. Un livre dans ma wishlist, mais je l'ai repéré : j'ai fait une liste de 50 livres disponibles dans mes bibliothèques, maintenant reste à mettre la main dessus avant les autres ;-)
    Vu ce que tu écris, je sens que je vais beaucoup aimer (enfin dans six mois.....)

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    1. Pour l'atmosphère, tu vas adorer. Pour l'intrigue en elle-même, je suis moins certaine... Tu peux attendre!

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  2. Bonjour,
    C'est un roman qui m'a beaucoup touchée aussi. Pourtant, je n'apprécie pas les romans avec bons sentiments, amitié...etc., mais Nickolas Butler manie très bien ces thèmes sans en faire trop, avec subtilité. On a presque envie d'aller s'enfermer dans son trou... presque...

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    1. Oui, presque, Sandrine! Du coup, ça m'intrigue de visiter ce bout de pays. L'atmosphère décrite par Nickolas Butler m'inspire...

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  3. Et bien moi je n'ai pas aimé du tout. Trop caricatural, un peu niais même. Il y a certaines phrases sur l'amitié qui frôlent le ridicule.

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    1. Jérôme, je viens d'aller lire ton billet. Je comprends ton point de vue, même si je ne le partage pas. Ça se déroule dans un petit patelin de l'Amérique profonde... et selon moi, ça explique le comportement et les mots de certains personnages. Aux extraits que tu cites dans ton billet, je pourrais en mettre d'autres ici d'une plus grande beauté, plus représentatives de l'ensemble du roman, et moins empreintes de clichés. Mais là n'est pas la place. Du coup, tu m'as donné envie de lire Je refuse de Per Petterson pour découvrir l'amitié entre hommes dans un tout autre contexte. J'y reviendrai!

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  4. Je pense que je vais attendre sa sortie en poche. De toutes façons, j'ai plein d'autres trucs à lire en attendant. Mais ton mot m'en a donné l'envie !

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  5. Tu traduis très justement ce qui rend ce livre attachant : on s'y sent bien, parmi cette bande de potes. Une ambiance calfeutrée, musicale, qui renvoie à toute une panoplie d'odeurs, de couleurs, de sensations, proches de la campagne. Je l'ai beaucoup aimé!

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    1. Contente que tu aies aimé. Les avis sont très partagés... Moi, j'ai vraiment beaucoup aimé!!!

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  6. Exactement, on s'y sent bien dans ce trou des Etats-Unis entouré de ces hommes ! J'ai beaucoup aimé !

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  7. Ce fut pour moi une lecture agréable, mais j'ai trouvé les personnages caricaturaux et le traitement de l'histoire plutôt superficiel...

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    1. Oh! Quel dommage... Moi qui est très à cheval sur la caricature et la superficialité, je ne les ai pas senties ici. Question de perception!

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