Le seul et unique Ivan · Katherine Applegate

dimanche, mars 08, 2015


Ivan, le gorille, vit confiné dans un petit domaine de béton, de métal rouillé et de verre au Circorama, la ménagerie d'un vieux centre commercial américain. Pas Ma Soeur, un gorille en peluche aux yeux vides et au corps mou, partage l'espace avec lui. Pas loin, il y a ses amis: Stella la vieille éléphante et Bob le chien errant. Et il y a les humains. Mack, le propriétaire, George le concierge et sa fille Julia. Elle, ce qu'elle aime, c'est dessiner. Elle apporte souvent des crayons, de la peinture et des feuilles à Ivan.


Ivan est un artiste. Il aimer dessiner et peindre. Histoire de tout rentabiliser, Mack vend ses œuvres dans une des boutiques du centre commercial. Le primate est résigné à finir ses jours loin des siens, auxquels il a été arraché bébé. Parce que l'achalandage du centre commercial ne cesse de diminuer, Mack achète un éléphanteau, Ruby, espérant attirer de nouveaux visiteurs. Stella fait promettre à Ivan de veiller sur l'éléphanteau. Une promesse est une promesse. Ivan cherche à améliorer le sort de Ruby. Il se met en quatre afin qu'elle soit accueillie dans un zoo, où elle retrouvera ses congénères. Avec l'aide de Julia, il y parviendra peut-être…

Katherine Applegate propose un récit envoûtant, inspiré d'un fait divers. Le vrai Ivan a vécu seul dans une cage pendant vingt-sept ans dans un centre commercial de Washington avant d'être déplacé au zoo d'Atlanta. Il y est mort en 2012, à 50 ans. Il est reconnu pour ses peintures.

Katherine Applegate grossit le trait en humanisant les animaux, les rendant capables d'anticipation et d'empathie. Ça peut en agacer certains… Mais il serait dommage de s'arrêter à ça. Le roman milite pour un plus grand respect envers les animaux, faisant passer le message sans manichéisme, invitant à réfléchir aux traitements qui leur sont infligés. Les courts chapitres se lisent comme de la poésie, agrémentés par les illustrations de Patricia Castelao. Aucun lecteur n'est trop vieux ou trop insensible pour lire cette histoire d'amitié. De cette amitié qui déplace les montagnes, qui rend meilleur. Une belle leçon d'optimisme, de courage et de persévérance. En ces temps d'austérité, c'est toujours bienvenu.

Les studios Disney sont en négociations pour acquérir les droits cinématographiques du roman. 

Les hommes gaspillent les mots. Ils les jettent comme des peaux de banane et les laissent pourrir, alors que chacun sait que la peau, c'est le meilleur. Vous pensez sans doute que les gorilles sont incapables de vous comprendre, car ils ne peuvent pas marcher debout. Essayez donc de marcher sur les jointures de vos doigts pendant une heure, vous m'en direz des nouvelles.

La plupart des hommes pensent que les gorilles n'ont pas d’imagination. Que nous ne nous souvenons pas de notre passé et ne songeons pas à notre avenir. Quand j'y réfléchis bien, ils n'ont pas tort. Je pense surtout à ce qui est, plutôt qu'à ce qui pourrait être. J'ai appris à ne pas me faire d'illusions.

Le seul et unique Ivan, Katherine Applegate, Seuil, 272 pages, 2015.

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2 commentaires

  1. Ouf j'ai l'impression que cette lecture me bouleverserait.

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    1. Heureusement, tout se termine bien. On referme le livre avec des larmes de joie!

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· J'aime m'y promener ·

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