La guerre d’hiver · Philip Teir

mardi, mars 10, 2015

Max Paul s'apprête à fêter ses soixante ans. L'heure des bilans sonne. Ce professeur de sociologie à Helsinki a connu son heure de gloire dans les années 1990 grâce à une étude sur les pratiques sexuelles des Finlandais. Un magazine l'a même sacré «jeune intellectuel de l'année» en 1993. Mais ça, c'est du passé. Aujourd'hui, Max est un peu dépassé (autant dans le sens de «plus dans le coup» que «dépassé par la vie»). Il pioche sur la biographie d'un sociologue finlandais oublié. Il vivote, paralysée devant la page blanche. Il faut dire que la procrastination lui fait sans cesse les yeux doux...
Autour de Max gravitent Katriina, la femme avec qui il est marié depuis trente ans, directrice des ressources humaines dans un centre hospitalier, habituée de tout régenter. Et il y a les enfants: l'aînée, Helen, enseignante, est mariée à Christian, avec qui elle a deux jeunes enfants. Eva, la cadette rêveuse et désinvolte, étudie dans une école d'art à Londres.
L'arrivée de la jeune et jolie Laura, une ancienne étudiante de Max devenue journaliste, vient semer la zizanie. L'interview se transforme en jeu de séduction. Alors que l'état de santé de sa vieille mère est de plus en plus précaire, Max se laissera-t-il tenter par le charme de la jeunesse?
Un roman de plus sur la dissection du couple et de la famille? Mmh, peut-être un peu. J'avoue, les histoires banales de famille ébranlées dans leur quotidien, c'est ma tasse de thé! Aussi, difficile pour moi de ne pas céder à l'attrait de la famille Paul. 
Il n'y a rien de spectaculaire ici. Ni tragédie, ni grande envolée lyrique. À mille lieues du blockbuster hollywoodien! Juste la vie avec ses soubresauts, ses petites crises, ses doutes et ses remises en question. Et j'adore ça!



La Guerre d’Hiver dresse le portrait d'une famille dont chacun des membres est secoué, à sa façon, par une petite tempête. Philip Teir analyse les illusions, les déceptions et les compromis de trois générations, des enfants aux grands-parents. Des histoires intimes, familiales et sociales, qui se confrontent et fusionnent.
Philip Teir se livre à un vrai jeu de massacre caustique. Il dépeint avec un regard acéré certains milieux: celui de la sociologie, de l'art contemporain. Il évoque certains mouvements sociaux contemporains, dont Occupy à Londres. Chaque chapitre fait évoluer un des membres de la famille Paul. Cette alternance des points de vue donne du souffle au roman. Le décor est bien planté, les personnages bien dessinés, mais plutôt comme une esquisse qui manque de finition. J'aurais aimé un peu plus de moelle autour de l'os. Heureusement que l'os était savoureux!

L'écriture de Philip Teir fait jaillir d'éblouissants éclats d'ironie, bien rendus par la traduction de Rémi Cassaigne. Avec un style mordant, parfois sarcastique, pimenté de réflexions plus désabusées les unes que les autres, Phili Teir promène un regard critique sur la société finlandaise et propose une réflexion sur le couple et la famille. Entre la chronique et la satire, La guerre d'hiver interroge sur la manière dont on se débrouille avec la vie qu'on a plus ou moins choisie, sur la façon dont on garde ou non le cap. Dommage que ça se termine en queue de poisson… N'empêche, pour un premier roman, c'est brillant. J'attends, mains tendues, son deuxième roman.
À une époque où la moitié des mariages se finissent en divorce, une histoire d'infidélité est aussi originale qu'un pack de lait. Mais le rêve du grand amour a la vie dure.
Le mariage est une forme de tyrannie réciproque, comme vivre dans un état totalitaire hautement fonctionnel.
La Guerre d’hiver - roman conjugal, Philip Teir, Albin Michel, 385 pages, 2015.

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13 commentaires

  1. Waw, c'est que tu donnes sacrément envie de le lire ce roman!! Et puis, avec la simple mention "roman familial", je suis conquise.

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    1. Tant mieux! Mes quelques bémols n'enlèvent rien à l'ensemble. Au contraire!

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  2. Je plussoie ! Moi qui ne suis pas forcément attiré par ce genre de livre, ici tu le vends au centuple ;-)

    J'ai adoré ta chronique, l'auteur devrait te remercier ;-)

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    1. Tu m'expliques «plussoie»? Il y a une mini intrigue, dans le roman, avec des hamsters échappés d'une cage. C'est hilarant! J'ai beaucoup aimé, mais il faut dire que je suis vendue d'avance à ce «genre». Les grosses déceptions sont rares, mais il y en a eu.

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    2. Je plussoie - quand tu es d'accord avec la dernière personne qui a pris la parole, une position. Ici Je veux dire que je partage l'avis très enthousiaste de Laeti ;-)

      oh ta mini intrigue a l'air trop cool !!!

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  3. Je l'ai lu il y a peu. Comme toi, je suis attirée par ce style d'histoire. Malheureusement, je n'ai pas accroché plus que ça sans pouvoir expliquer pourquoi la magie n'a pas opéré. Ton analyse est très juste et ta photo aussi belle que la couverture de ce livre !

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    1. Merci pour ces bons compliments. Puisque, comme moi, tu es attirée par ce style d'histoire, quel a été ton dernier coup de coeur?

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  4. Mon coup de coeur de tous les temps pour une saga familiale est "Beach Music" de Pat Conroy !!
    Concernant un roman plus centré sur le couple, rien ne me vient vraiment et en tous cas, pas de coup de coeur !

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  5. L’appellation "roman conjugal" sur la couverture, c'est un peu un repoussoir pour moi. Mais j'aime beaucoup les premiers romans alors...

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    1. Et, comme je l'écris, c'est davantage un roman familial que de couple!

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  6. Moi il me fait de l'œil ( et comme ce sont des scandinaves, je risque fort de craquer...)
    ;-)

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