Sunny · Taiyou Matsumoto

mercredi, mars 25, 2015


Je ne suis pas fan de mangas. Mais il m'arrive (rarement, il faut dire) de me laisser tenter, souvent parce que les illustrations me plaisent. C'est ce qui vient d'arriver avec Sunny.

Dans le Japon des années 1970, Sei, 12 ans, arrive dans un foyer pour enfants. Ce binoclard caché sous une casquette a droit à une visite guidée des lieux et rencontre les autres pensionnaires. Haruo, l'albinos turbulent et bagarreur, qui sniffe de la crème Nivea pour ne pas oublier sa mère. Junsuke, le bouc émissaire qui joue de l'harmonica la morve au nez. Tarô, le colosse simplet. Et quelques autres, que l'on découvre au fil des pages. Certains sont orphelins, d'autres sont là parce que leurs parents sont incapables de s'occuper d'eux.

Ces gamins sont semblables aux autres, à la différence qu'eux, ils sont tenaillés par une douleur incessante: celle de l'absence. Absence du père disparu, absence de la mère qu'il faut laisser après l'avoir retrouvée le temps d'un week-end. Absence d'ancrage, de repères. Le récit de Matsumoto papillonne d'un enfant à un autre. Les éducateurs, eux, restent à l'écart, croisés ça et là au détour d'une pièce.

L'épave d'une vieille Nissan Sunny, abandonnée dans le jardin, devient le lieu de tous les possibles. La bagnole connaît une seconde vie depuis que les gamins en ont fait leur quartier général. Elle devient un antre pour rêver, un confessionnal où avouer ses secrets, une cachette pour ranger les magazines pornos et pour fumer.

Taiyou Matsumoto fait naître l'émotion là où on l'attend le moins: dans un silence, un regard. Ses cadrages atypiques, sa patte graphique remarquable, son trait audacieux m'ont envoutée. Avec une sensibilité à fleur de peau, il évite les pièges du pathos, éprouvant une grande empathie pour ses personnages. Il a grandi parmi ces gamins, dans un foyer. Cette réalité, il l'a connaît bien, et ça se sent.

Taiyou Matsumoto compte parmi les mangakas les plus étonnant de sa génération. Il occupe une place à part dans l'univers du manga: dessinateur hors norme tant par son graphisme que par sa façon de mettre en scène ses personnages, il parvient à rendre extraordinaire le quotidien de cette tribu de laissés-pour-compte. Partant d'une idée de départ plutôt simple, il a crée un univers à part, singulier et intimiste, avec un style unique.

Cinq tomes sont parus au Japon. Les éditions Kana ont pris l'excellente initiative de les éditer en français. Le deuxième tome doit paraître très bientôt. Il me tarde de retrouver cette bande de gamins dont je me suis pris d'affection.

Un excellent entretien avec Taiyou Matsumoto est paru dans la revue du9.

Sunny, Taiyou Matsumoto, éditions Kana, 218 pages, 2014.  

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7 commentaires

  1. C'est un de mes mangakas préférés. Le tome 1 m'attend, j'ai hâte.

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    1. Et moi, je viens tout juste de le découvrir... En attendant le tome 2 de Sunny, je cherche ses autres séries. Très difficile à trouver...

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  2. Pas manga non plus mais celui-ci avec un graphisme pareil m'attire. Merci pour la découverte.

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    1. Catherine, si tu peux mettre la main dessus, GO. Tu ne seras déçue.

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  3. Le graphisme m'attire aussi ! et j'aime ce type de manga.
    Je viens de réserver à l'école des Beaux-Arts (disponible fin avril)

    Merci !!!

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  4. Je ne connaissais pas, merci pour la découverte ! :)

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