Le cadavre de Kowalski · Vincent Brault

jeudi, avril 16, 2015


Le premier roman de Vincent Brault a de quoi étonner. Un récit inusité, audacieux, culotté. Un récit hors norme, qui ne ressemble à rien de connu.

Wiktor Kowalski débarque de Pologne. Une mine de fer vient d'ouvrir. Il est là pour y travailler. Mais il n'y travaillera pas longtemps. Il meurt après avoir reçu un coup de pioche derrière la tête.

Les années passent. La mine est sur le point de fermer. Du fer, il n'y en a plus. Kowalski, lui, a envie de sortir de son trou. Après avoir gigoté, farfouillé la terre, creusé, fait du taï-chi, il sort enfin. Il se retrouve à l'infirmerie, à raconter à Myriam, l'infirmière de la mine, tout ce qui s'est passé sous terre.

En route vers la sortie, dans un des tunnels de la mine, Kowalski a entendu une petite fille crier. Il l'a retrouvée, noyée. De peine et de misère, il a réussi à l'amener sur la terre, avec lui. Myriam veut tout savoir. Et si la noyée était sa nièce disparue depuis peu? Qui l'a tuée? Kowalski raconte…

Il ne faut pas être claustrophobe pour embarquer dans ce récit. Il est facile de manquer d'air aux côtés de ce macchabée en décomposition. Pourquoi Kowalski revient d'entre les morts? Pour rétablir la justice? Pour se désennuyer? Impossible à dire.

Vincent Brault écrit avec une précision de chirurgien. Son écriture a du souffle, du mouvement. Le ton est parfaitement adapté au propos. Le glauque et le macabre sont omniprésents.

Dommage que Vincent Brault ne livre qu'un squelette de récit. Il manque de la chair autour de l'os. Les longueurs, surtout dans le premier tiers du roman, affaiblissent la force du récit. Avec la moitié moins de pages, Le cadavre de Kowalski aurait fait une excellente nouvelle.

Un petit passage pour donner le ton:
La nuit tombe comme une roche derrière la fenêtre. Et le reflet du cadavre apparaît soudainement dans la vitre. Une masse chétive et filandreuse. Des os craqués. Des lambeaux de chair déchirée. Des muscles… on dirait du foin pêle-mêle. Sec. Je scrute le visage. Si on peut appeler pareille béance un visage. Des trous d'yeux. Une crevasse pour le nez. Une autre pour la bouche. Les lèvres ont disparu, dévorées par le temps. Les dents et les gencives aussi. Il ne reste un peu de chair qu'à la base des joues. J'aimerais fermer les yeux, cacher ce désastre à la vue, mais les paupières ont été arrachées. Les globes oculaires aussi. Le visage n'est plus qu'un seul et unique trou. Un creux fibreux comme le fond d'un marécage. Une déchirure dans la boue.

Le cadavre de Kowalski, Vincent Brault, Héliotrope, 132 pages, 2015.

Ce billet est aussi paru sur le site La Recrue du mois, un web magazine dont la principale mission est de faire découvrir les premiers romans d'auteurs québécois. Retrouvez mon billet le 15 de chaque mois sur le site. 

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4 commentaires

  1. Oh qu'il donne envie ce roman ! L'idée de départ est en effet géniale - j'adore ta critique teintée d'humour (il manque de chair...). J'ai pratiquement fini une nouvelle et je te rejoins - parfois ce format est plus adapté. On en fait trop alors qu'une nouvelle ... (bon celle que je lis est tellement belle...)

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    1. Cela fait deux fois que tu parles de cette si belle nouvelle... Coudonc, c'est laquelle?! Je veux lire ça, moi aussi. D'autant plus que je suis en train de me réconcilier avec ce genre.

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    2. Mystère...
      J'ai un autre recueil à lire du même auteur donc j'hésite à tout rassembler ! Mais je suis à peu près sûre que tu l'as déjà lue il y a fort longtemps !

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    3. Serait-ce Annie Proulx par hasard?!

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