Romans québécois en 10 + 1 coups de coeur

jeudi, mai 14, 2015


Mior a fait naître l'idée: pourquoi pas une liste de romans québécois? Ben oui, pourquoi pas! Je suis née dans cette province francophone - la seule - du Canada, j'y habite et je lis ce qui s'y écrit depuis fort longtemps. Vous qui me suivez, vous commencez à connaître mes goûts: souvent éclectiques, parfois tordus, assez loin des sentiers battus, loin des livres qui apparaissent à la devanture des librairies. Mes choix, ici, sont à l'image de mes goûts. Après ma liste de romans américains et canadiens à lire, voici donc une liste de romans québécois que je ne lirai pas… - parce que déjà lus et adorés! Je les relirai sans doute un jour, mais là, j'ai d'autres chats à fouetter! C'est un palmarès de mes coups de cœurs en littérature québécoise - coups de coeur dont l'action du roman se situe au Québec, non coups de coeurs d'auteurs québécois (j'aurais bien évidemment choisi Larry Tremblay et son Orangeraie, Jocelyne Saucier et sa pluie d'oiseaux). À l'époque où j'ai lu ces romans, mon blogue n'existait pas (son premier anniversaire est pour bientôt…). Il n'y a pas de billet portant sur ces romans. Ce sera donc le résumé des couvertures qui piquera ou non votre curiosité - ce qui n'est pas toujours le meilleur moyen pour toucher un lecteur, mais ça, c'est une autre histoire. Pour vous accommoder et vous faciliter la vie, chers cousins français, j'ai choisi la couverture de l'édition française plutôt que québécoise lorsque c'était possible. 
Récit-choc de la rencontre improbable entre Blancs et Amérindiens, Cowboy accompagne le lecteur dans un bled perdu du Nord québécois où les tensions sont exacerbées. Dans ce village perdu du nord, Gilles Deschênes, un gars de Montréal venu travailler comme commis dans une pourvoirie, découvre peu à peu l'histoire secrète d'une communauté. Grande-Ourse, ce village au bout de la voie ferrée où il échoue, pue la bière, la crasse et la haine. C'est Cowboy, un Amérindien, qui va initier Gilles aux patientes rancœurs entre races, aux violences taciturnes. Jusqu'à l'entraîner dans la tourmente. À travers les silences, les beuveries, les gestes de provocation racistes, il tente de comprendre et de calmer le jeu, pressentant une crise tragique.
Elle se fait appeler Joe. Elle aimerait vivre au XVIIIe siècle car elle a l'âme romantique et le goût pour les drames. Elle vit dans un quartier peuplé de gens cabossés par la vie. Le plus étrange est son nouveau voisin, M. Roger, un vieil homme aux dons chamaniques qui passe son temps à jurer comme un charretier tout en attendant sa dernière heure. Un roman réjouissant sur l'amitié et les désillusions de l'enfance.

Certaines nuits, j'étais tenaillée par d'horribles crampes aux mollets, et là, pas de Roger possible. Et quand ma carapace d'héroïne se fissurait de partout comme un hublot de sous-marin plongé à des profondeurs abyssales, il y avait maman. Je me projetais sur un champ de bataille, la jambe en charpie, les fourmis qui la rongeaient dans mon lit devenant du sang qui se répandait en me brûlant la chair. Il ne fallait pas crier ni geindre, rien. Endurer en silence pour faire honneur à la compagnie. Avaler la douleur pour m'en trouver grandie. 

Le jour se lève sur Griffintown après le temps de survivance, les mois de neige et de dormance. Hommes et chevaux reprennent le chemin de l'écurie. L'hiver a eu raison de quelques-uns. Certains, comme John, reprennent le collier comme on renoue avec une mauvaise habitude. Pour d'autres, qui traînent plusieurs vies derrière eux, il s'agit souvent du cabaret de la dernière chance. Marie, la Rose au cou cassé, cherche quant à elle un boulot qui la rapprochera des chevaux. Elle ignore ce que lui réserve l'été, le dernier de Griffintown. Car tandis qu'une procession de désespérés défile vers le Far Ouest à la recherche d'une maigre pitance, la Mouche ourdit sa vengeance. Histoire de meurtre, d'amour et d'envie dans un décor où tous les coups sont permis, Griffintown expose au grand jour l'intimité des cochers du Vieux-Montréal, ces cow-boys dans la ville. Un détournement habile, porté par une langue sensible et rude, du western spaghetti sauce urbaine.
Sise au fin fond de la forêt, une cabane en rondins abrite deux êtres hallucinés: un colosse marqué par la folie et son fils. Orphelin de mère livré à lui-même, nourri dans ses premiers jours avec le lait d'une hérissonne trouvée morte, ce dernier se retrouve adulte devant un juge silencieux pour avouer des actes inqualifiables. Son témoignage l'amènera à révéler peu à peu, en toute ingénuité et dans une langue unique, l'incroyable histoire de sa vie comme le destin tragique de son père.
Durant dix jours, une canicule sans précédent frappe Montréal. Le smog persistant s'immisce dans la conversation, s'ajoute aux thèmes récurrents de l'argent et du sexe. Les nantis climatisent leur maison, les pauvres endurent le calvaire. Au Galant, une ancienne maison de passe transformée en immeuble locatif, la vague de chaleur déferle comme un tsunami. Dans le climat surchauffé des appartements sordides se célèbre l'étrange carnaval qu'est la métropole contemporaine. Pour Zach le revendeur de drogue, Kaviak le pornographe, Sarah la tueuse à gages, Takao le bédéiste japonais, Lulu du groupe punk Claudette Abattage et une vingtaine d'autres personnages aussi tendres que cyniques, la vie dans ce monde trop jeune pour être vieux et trop usé pour être neuf, c’est la vie, sans mode d'emploi. Dans cet imposant premier roman, Jean-Simon DesRochers réussit un tour de force: donner à lire une réalité aussi crue que drôle, un monde tellement vivant que sa décadence ne cesse de nous séduire.

Dans le Montréal populaire des années 1950, Michel Tremblay, par la magie des mots et le jeu des signes, découvrait qu'au fond des livres bat le coeur du monde. Dans la compagnie de Saint-Exupéry, Eschyle, Jules Verne, Victor Hugo, Gabrielle Roy, il entrait en littérature - avec la complicité de sa mère, cette Rhéauna aux reparties si savoureuses qui allait devenir la Grosse femme des Chroniques du Plateau Mont-Royal. Et ainsi se poursuit et s'amplifie, à travers la mémoire, un véritable chant d'amour à l'unique passion d'une vie: les livres.

Deux enfants se retrouvent livrés à eux-mêmes après le suicide de leur père. La Loi paternelle disparue, les jumeaux se lancent à la découverte du monde. Mais cette liberté nouvelle est aussi une épreuve, pas toujours facile à négocier: le réel côtoie l'imaginaire, et le monde «civilisé» se comporte de bien étrange manière… Un conte métaphysique teinté d'inventions langagières, à la fois grandiose et drolatique.
«Tout m'avale (…) Je suis avalée par le fleuve trop grand, par le ciel trop haut, par les fleurs trop fragiles, par les papillons trop craintifs, par le visage trop beau de ma mère.» L'avalée des avalés s'ouvre sur ces mots crus, douloureux, vibrants, ces paroles d'écorchée vive qui immédiatement nous happent. «Tout m'avale», scande la narratrice, et nous voilà, nous aussi, immédiatement «avalés», pris à la gorge par la douleur vive de cette héroïne qui s'agrippe de toutes ses griffes à l'enfance, alors même que son corps est en train de la trahir. Elle s'appelle Bérénice, elle a une famille – un père juif, une mère catholique – qu'elle hait, elle a un arbre, un «navire» où elle aime se réfugier. Et nous partons. Loin sur les ailes de son imagination. Le plus loin possible de sa douleur, de la vie, de la petitesse des humains. Bérénice a 9 ans quand débute son récit, elle en aura 15 quand il se refermera. Dans l'histoire qu'elle nous raconte, elle est celle par qui le scandale arrive. Dans la réalité, elle est celle par qui le mythe Ducharme est né, en 1966, à l'époque où le Québec était en pleine Révolution tranquille. Écrit dans un style inimitable, dans une langue truculente, inventive et ludique, L'avalée des avalés a marqué le coup d'envoi de l'une des œuvres les plus fortes et les plus célébrées de la littérature québécoise. 
L'histoire d'un traducteur de bande dessinée vivant isolé sur l'Île Madame, près de l'Île d'Orléans. Retiré du monde, l'homme ne croise que son patron qui vient le visiter de temps en temps pour lui apporter des vivres et de nouvelles bandes dessinées à traduire. Petit à petit, le personnage voit son havre de paix envahi par des individus loufoques et son mode de vie complètement changé. Il se liera d'amitié à une jeune femme belle, mystérieuse et indépendante, qui marquera la fin de sa solitude créatrice. Revisitant le mythe du paradis perdu, Jacques Poulin développe ici un thème cher à son oeuvre: celui de l'incapacité de l'individu à vivre en société.
Premier roman écrit par Gabrielle Roy en 1945, Bonheur d'occasion brosse le portrait réaliste du quartier ouvrier et défavorisé de Saint-Henri, à Montréal, en 1940. On suit Florentine Lacasse, une jeune femme de 19 ans qui aide ses parents à subsister en travaillant comme serveuse au restaurant du Quinze-cents et rêve d'une vie meilleure. Amoureuse d'un client, Jean Lévesque, mais aimée d'Emmanuel Létourneau, un soldat en permission, Florentine ne peut faire sortir Jean de son coeur. Parallèlement, l'histoire présente Rose-Anna et Azarius, les parents de Florentine, et leur vie de famille difficile en raison de leur pauvreté. Roman symbolique de la misère dans laquelle vivaient les Canadiens français durant la crise économique des années 1930 et 1940, Bonheur d'occasion est un des premiers romans québécois ayant la ville comme arrière-plan.
Paul et Lucie cherchent à acheter leur première maison et se rendent régulièrement à Québec pour visiter le beau-père de Paul, Rolland, qui est gravement malade. Avec son univers réaliste et autobiographique, Rabagliati crée une oeuvre proche du quotidien qui séduit un large public. Trois mois après sa sortie, Paul à Québec s'était écoulé à 10 000 exemplaires, créant ainsi un véritable phénomène du neuvième art au Québec. Paul à Québec a reçu plusieurs distinctions, dont le Prix du public FNAC-SNCF au Festival d'Angoulême en 2010. Il a aussi été adapté au cinéma, et la sortie du film est prévue pour septembre 2015.

laissez-vous tenter

22 commentaires

  1. Gniiiiiiiiiiiii !

    Merci !!! Bon évidemment, il va falloir faire un choix pour le challenge Canada ! Des livres tous très différents, certains me tentent plus que d'autres... Je m'accorde une pause pour relire ta chronique ce soir et faire mon choix.

    J'aime aussi le choix de ta tapisserie pour ton blog..ue (à la canadienne) !

    Ici c'est le week-end ! Jeudi férié et vendredi bureaux fermés.

    Tu as raison, moi aussi j'adore certains livres mais je les avais lus avant d'ouvrir mes blogs donc j'en parle peu (sauf dans les tags).

    Merci en tout cas de nous faire découvrir le Québec de cette manière ! (et merci à Mior)

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    1. Avec le recul, certains romans ne m'attireraient plus aujourd'hui (je pense au Poulin), comme quoi on change, on évolue. Mais chacun, à leur façon, m'a marquée dans le temps.

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  2. C'est drôle, tu as fait un lapsus avec le futur de relire... Tu as dit que tu les relierai, du verbe relier ;o)) Une très belle liste, dans laquelle il y en a 2 que je n'ai pas encore lus (COWBOY - LOUIS HAMELIN & LA CANICULE DES PAUVRES - JEAN-SIMON DESROCHERS - LES HERBES ROUGES), et que je note avec joie. Tous les autres ont déjà été lus et aimés !
    Une très belle liste, merci !

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  3. Paul à Québec est un bijou. J'ai hâte de voir le film!
    Je note Cowboy que je ne connaissais pas du tout...

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    1. Ouais, toute la série des Paul est un bien précieux du patrimoine de la bd québécoise, comme Guy Delisle, d'ailleurs!

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  4. De fort belles suggestions.
    Des titres que je n'ai pas lus, c'est-à-dire: Griffintown, Cowboy, L'avalé des avalés et les deux de Jean-François Beauchemin, j'ai dans ma pile: Cowboy. Quant à L'avalé des avalés et La canicule des pauvres ces titres sont notés depuis un bout.
    Par contre, pour Griffintown , c'est fou mais ce roman ne m'attire pas.

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    1. Comme je l'écrivais à Electra, ci-haut, certains romans ne m'attireraient plus aujourd'hui. Le Ducharme est un incontournable! Pour la langue, pour les personnages, c'est à lire. Pour les autres, c'est des coups de coeur très très subjectifs...

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  5. mais quel cadeau !! :-) merci beaucoup ...j'avoue très humblement n'avoir lu que Michel Tremblay parmi tous ces auteurs

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    1. Tout le plaisir est pour moi, Mior! J'espère que tu y trouveras quelques pépites. Par ailleurs, paraît dans Cyberpresse, aujourd'hui, un cahier qui pourrait t'intéresser. C'est dans la section Voyage...

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  6. Oh super, je sauvegarde immédiatement ta liste! dans ma pal québécoise j'ai Jocelyne Saucier, Catherine Leroux, Melissa Verreault et Sophie Bienvenu (rencontrées à Bxls en février dernier) et je lis en ce moment les nouvelles de Daniel H. Rondeau, réédité en ce début d'année en Belgique.

    Je noterai pour plus tard Griffintown et Paul à Québec.

    Que de tentations parmi toutes tes listes!!!

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    1. Dis donc, Laeti, ta PAL Québec est bien fournie! Tu es déjà venue par chez nous? C'est nouveau pour toi, cette plongée au coeur de la littérature québécoise ou ça fait un bout?

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  7. J'ai adoré Bonheur d'occasion. J'ai sur ma liste à lire Tournée d'automne de Jacques Poulin et Un ange cornu avec des ailes de tôle de Michel Tremblay. J'avoue que j'hésitais à lire un livre de Tremblay car j'avais peur que ce soit difficile à lire, mais Suzanne m'a rassurée et j'ai lu beaucoup de bonnes critiques sur ce livre-ci.

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    1. Pour te rassurer à mon tour, "Un ange cornu avec des ailes de tôle" est très accessible, si on le compare, par exemple, à "La grosse femme d'à côté est enceinte". Tu vas aimer, j'en suis certaine. Et avec Poulin, tu ne peux te tromper... Bonne découverte!

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    2. Je me souviens à présent que la personne qui m'avait fait craindre d'ouvrir un Tremblay lisait "La grosse femme d'à côté est enceinte" ! Je comprends mieux maintenant pourquoi elle l'a trouvé ardu. J'ai hâte de découvrir Poulain. Je me fais un été spécial Québec, avec Gabrielle de Marie Laberge, La rivière sans repos de Gabrielle Roy et Tournée d'automne. ;-)

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    3. Un bel été en perspective, très bien accompagné! Tu es déjà venue au Québec?

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    4. Oui il y a 9 ans, du côté de Montréal et je rêve d'y retourner !!!!

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    5. Ben, si tu reviens et que tu te rends à Québec, ça me ferait bien plaisir de te rencontrer!

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    6. (Réponse un peu tardive...) Si je reviens, je me manquerai pas de te contacter. :-)

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  8. Ah voilà qui est intéressant. Je note pour la bibli !

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