À la recherche de New Babylon · Dominique Scali

samedi, août 15, 2015


Passé date, le western? Que nenni! Ce genre, dont on a souvent annoncé la fin, n'en finit pas de se remettre en selle sous des formes nouvelles, réécrivant sa légende. La preuve, le premier roman de Dominique Scali, À la recherche de New Babylone. Ce roman décoiffant embrasse les différents thèmes mythiques du Far West, dynamite les conventions tout en évitant les pistolades inutiles.

Le roman de Dominique Scali est assez abstrait et impossible à résumer. Dans le Far West américain de la fin du 19siècle, des destins se croisent, naviguant entre le passé et le présent. (J'avoue m'être perdue à plusieurs reprises dans ces incessants allers-retours.) Sans être un roman choral, il s'attache à quatre personnages qui sont la colonne vertébrale du roman. Le révérend Aaron est le point de ralliement de toutes ces histoires. Ce faux homme de foi en manque de croyances est découvert, les mains tranchées, aux abords d'une route. Recueilli par une famille, il est hébergé pendant un temps. Il finit par rencontrer le pyromane Charles Teasdale, qui échappe neuf fois à la pendaison. La dixième, qu'il s'inflige lui-même, est la bonne. Apparaît Pearl Guthrie, une vierge esseulée qui veut à tout prix aller dans l'Ouest et se trouver un homme à marier.

Elle aspirait à devenir l'unique parure, la seule fleur à cueillir au milieu de l'aridité totale. Elle cherchait une terre aussi vierge qu'elle. Un endroit si dissolu que d'y rester en vie serait un défi. Quand enfin elle serait occupée par la peur des Comanches, la peur des Apaches, la peur des malandrins, des blessures qui s'infectent et des fusils qui s'enraient, alors elle serait délivrée de son incapacité à se soustraire à elle-même.


Pearl Guthrie sera mariée pour de-faux neuf fois à Russian Bill. Ce mythomane excentrique, cent fois meurtrier, rêve de fonder une ville qui porterait le nom de New Babylon: un lieu ouvert à tous les criminels et laissés-pour-compte du grand rêve américain.

Avec ses personnages originaux, la table est mise pour une chevauchée endiablée à travers le Far West. Les villes déboulent les unes après les autres, les petites et les grosses, entre San Francisco et Tucson.

Les personnages d'À la recherche de New Babylon sont tous en quête: de liberté, d'un homme à marier, d'une ville à fonder, d'histoires à écrire. Chacun tente de se bâtir une vie, de créer sa propre légende, d'atteindre un inaccessible bonheur qui existe quelque part, mais que personne n'a jamais connu ni vécu. Au final, ce ne sera que fortunes assombries et espoirs déçus.

À la recherche de New Babylon est un premier roman musclé. Un roman qui témoigne d'un à-plomb impressionnant. Il n'échappe pas à quelques clichés  ce qui, selon moi, est difficilement contournable lorsqu'on s’attaque à ce genre mythique. Dominique Scali tire, pour chacun de ses personnages, un portrait fouillé qui teinte leur trajet tout au long de l'intrigue. Le style, hautement maîtrisé, n'est pas dénué d'humour et de cynisme. Dommage qu'en raison de la profusion de détails et des nombreuses digressions, le roman traîne parfois en longueur.

Je l'ai aimé, ce roman. Qu'une femme s'empare ainsi d'un thème aussi macho que celui du western, et une Québécoise qui plus est… j'en reste béate d'admiration. Mais il m'a aussi fait souffrir. Il demande un certain temps de digestion pour être pleinement apprécié. La digestion a d'ailleurs déjà commencé: j'ai une opinion nettement plus favorable qu'au moment où je le lisais. Tandis que j'en tournais les pages, j'avais constamment à l'esprit la crainte de passer à côté de quelque chose, tant ce roman est dense, touffu. À la recherche de New Babylone fait partie de ces romans qui ne prennent tout leur sens qu'une fois la dernière page tournée, et le temps de laisser un peu décanter le tout…

À la recherche de New Babylon, Dominique Scali, La Peuplade, 500 pages, 2015.

Ce billet est d'abord paru sur le site La Recrue du mois, un web magazine dont la principale mission est de faire découvrir les premiers romans d'auteurs québécois. 

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7 commentaires

  1. J'ai lu rapidement ton billet parce que c'est ce livre que je me suis acheté pour ma fête (avec un autre), mais je ne l'ai pas encore lu. Ça va venir :) J'en ai lu beaucoup de bien et j'aime ce que publie cet éditeur là.

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    1. Bon choix! Et bonne fête en retard! Et l'autre acheté, c'est lequel?
      Moi aussi, j'aime beaucoup ce que publie La peuplade. C'est frais, vivant, et ça sort souvent des sentiers battus!

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    2. Merci, même si c'est passé depuis quelques mois déjà ;)
      L'autre que j'ai acheté c'est Le géant enfoui de Kazuo Ishiguro.
      La Peuplade publie toujours des livres intéressants. Ils ont aussi de la superbe poésie, vraiment belle. C'est l'une des seules maison d'édition dont j'ai envie de tout acheter.

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    3. J'ai lu de "Auprès de moi toujours" de Kazuo Ishiguro. Une lecture marquante. Je serai à l'affût de ton billet!

      La Peuplade est pour moi aussi LA maison d'édition québécoise que je préfère. Pour la poésie... Incapable. C'est un «genre littéraire» qui m'est complètement hermétique. Et ce n'est pas faute d'avoir essayée.

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  2. Fin de journée pour moi, j'ai couru un peu partout et je me repose enfin ! Une lecture âpre que ce western, tu voyages dans le temps en plus dans ce roman? Tu lui mets 2 * donc ce n'est pas tout parfait ! Mais par contre, je note ton échange sur la Peuplade lorsque je viendrais à Québec ! Tes remarques m'ont fait penser à Céline Minard, une jeune romancière française qui a signé aussi un western détonant avec Faillir être flingué que j'avais adoré (et que tu as prévu d'acheter en poche ;-)

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    1. Repos, ma chère!

      Oui pour le thème, le style. Le problème, d'où les deux petites étoiles, c'est qu'on s'y perd beaucoup, surtout dans le temps. Une jeune auteure que je suivrai tout de même de près.

      J'ai mon exemplaire de Faillir être flingué en poche. À suivre...

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