Aristote et Dante découvrent les secrets de l'Univers · Benjamin Alire Sáenz

vendredi, août 21, 2015


Aristote et Dante découvrent les mystères de l'Univers est partout sur la blogosphère, plus souvent qu'autrement élevé au statut de coup de cœur.  Je vais faire ma casseuse de party: j'ai lu le roman en deux jours, j'ai tourné la dernière page agacée et déçue. Je me prépare à recevoir des tomates, là!

Ai-je besoin de résumer l'histoire? Je vais être réductrice en disant qu'il s'agit d'une histoire d'amitié, puis d'amour entre deux garçons que tout oppose. Un roman qui aborde l'homosexualité, c'est toujours bienvenu. On n'en parlera jamais assez, jamais trop.

La thématique d'Aristote et Dante… est intéressante, nécessaire. Les personnages des deux ados ne sont pas unidimensionnels, ça, ça m'a plu. Ils ont des forces et des faiblesses, des qualités et des défauts. J'ai particulièrement aimé Dante. Sa personnalité, sa spontanéité (courir nu sous la pluie avec Ari), sa façon de s'affirmer (marcher pieds nus) et la relation qu'il entretient avec ses parents. Et un personnage qui lit Steinbeck et Tolstoï, qui le fait découvrir à son ami, ça me parle! Ari aussi est intéressant, touchant. J'ai aimé son côté sauvage, solitaire, torturé, faux badboy au grand cœur.

L'ado mal dans sa peau, qui se questionne constamment. L'amitié. L'amour. Les secrets familiaux. Les relations parents-ados. L'homophobie. La solitude, l'acceptation de soi, le besoin d'indépendance. Le choc post-traumatique. L'adaptation des hispanos-américains. Il y a là matière à donner un excellent roman.

Alors, il est où le problème? Qu'est-ce que je lui reproche, à ce roman?

Son manque de profondeur et son côté expéditif. Ouch! Une tomate par la tête… Benjamin Alire Sáenz effleure du bout des doigts des sujets riches, profonds. Au final, trop de sujets pour peu de contenu. C'est survolé à la va-vite, trop peu approfondi. Le grand frère en prison? Le choc post-traumatique du père? Les détails sont expédiés en quatrième vitesse à la toute fin.

Les dialogues sonnent souvent faux, particulièrement ceux entre Ari et ses parents. Quand un parent parle à son ado, il est rare qu'il ajoute son prénom à la fin de chaque phrase (j'exagère à peine). Ouch! Une tomate de plus…

Enfin, tout est prévisible comme un coucher de soleil, dans cette histoire. On voit venir ce qui va se passer, on est assuré que ça va bien se terminer. Ayoye! Encore une tomate… Bon, y'a pas de mal, me direz-vous. Et vous aurez raison. Tout n'est qu’une question de point de vue. N'est-ce pas? Pour nuancer mon propos et être de meilleure foi, disons que c'est un livre doudou, qui fait du bien. Comme La liste de mes envies, tiens. Ayoye! Encore une tomate…

Les romans initiatiques américains pour ados ont la cote. Eleanor & Park de Rainbow Rowell, Le monde de Charlie de Stephen Chbosky ou les romans de John Green (La face cachée de Margo, Nos étoiles contraires, Qui es-tu Alaska?, etc). Sitôt publiés, sitôt lus, sitôt adaptés pour le cinéma. Je parie qu'Aristote et Dante… n'y échappera pas. Ça sent la recette du succès à des kilomètres. Et c'est tant mieux! Pour la seule et bonne raison qu'on ne parlera jamais assez d'amour entre même sexe.

Gabriel et Quai des proses ont beaucoup aimé. Et moi, j'ai aimé lire leur billet, au point que si ce n'était déjà fait, je me serais précipitée pour le lire, ce roman!

Je vais aller prendre un douche. Je sens la tomate!

Aristote et Dante découvrent les secrets de l'Univers, Benjamin Alire Sáenz, PKJ, 361 pages, 2015.

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14 commentaires

  1. Bon alors je commente!
    Je peux comprendre que tu n'aies pas aimé plus que ça. Mais ce n'est pas mon cas. Tu sais, on parle si souvent de l'homosexualité dans les romans pour jeunes comme quelque chose de dur, de triste et de tellement pénible. Ça l'est parfois et ça peut l'être oui. Cependant, rares sont les auteurs qui abordent ça d'un autre point de vue. Avec une sorte de légèreté. C'est ce que j'ai aimé. J'ai aimé la réaction des parents aussi. C'est bon de savoir que la révélation aux parents peut se passer différemment que mal! Même si c'est un roman et même si c'est un roman un peu trop beau.
    Quand tu dis que les romans initiatiques américains sont aussitôt publiés, lus et oubliés, moi ce sont justement ces romans là que je n'oublie pas. J'aime bien les lire et si Aristote et Dante est adapté au cinéma, je vais aller le voir.
    J'aime bien John Green pour un peu les mêmes raisons.
    Je n'aurais pas eu envie que l'histoire de la guerre du père d'Ari prenne plus de place. Idem pour l'histoire de son frère en prison. L'histoire c'est surtout les découvertes d'Ari et Dante.
    Bref, je ne te lance pas de tomates (je ne ferais jamais ça ;) ) mais je ne partage pas ton avis sur ce roman! Ça été une lecture bien agréable pour moi.

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    1. Merci pour ce long commentaire.
      J'adhère: la majorité des romans pour ados, qui abordent l'homosexualité, le font de façon laborieuse: c'est dur, lourd, semé d'embûches. Ici, l'originalité et la force du roman tient en cette légèreté.
      J'ai écrit: Sitôt publiés, sitôt lus, non sitôt oubliés, mais sitôt adaptés pour le cinéma. On oublie rarement ces romans.
      Je trouve ça bien cet avis différent. Ça enrichie le propos.

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  2. Je l'ai lu et je dois avouer que j'ai été un peu déçue. Avec tous les coups de cœur publiés je m'attendais à quelque chose de plus "fort" et j'ai trouvé que c'était mignon mais sans plus, plusieurs points m'ont gênée :/
    En bref on a le même avis ^^

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    1. Contente! Du coup, je me sens moins seule de ma gang!!!

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  3. Alors le voilà ce fameux article laborieux ! Une purée de tomates ? Bien j'adore car aujourd'hui encore 31 à l'ombre donc les tomates fraiches je veux bien !
    Etrangement, je n'ai vu ce livre que chez Gab, Quai des Proses et Eva et encore plus étrange je n'ai pas compris que les deux personnages tombaient amoureux !!! Donc tu m'apprends quelque chose. Certains préfèrent Ari, d'autres Dante.

    Comme Gabriel, et toi - ça fait du bien de voir une histoire d'amour adolescente homosexuelle et où tout se passe bien - ça me fait penser à La vie d'Adèle (elles avaient 17 ans et leurs parents le prenaient bien) - après tu attendais peut-être plus vu tout le bazar autour ?

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    1. Je m'attendais effectivement à trop. C'est un livre douillet et gentil. Seulement un peu trop à mon goût. Je suis néanmoins contente qu'il fasse autant de bruit et qu'il ait une large diffusion, pour le message positif qu'il dégage.

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    2. Oui, la Vie d'Adèle est moins soft ;-) Oui, moi aussi, c'est bien si ce livre rencontre le succès escompté et permet de diffuser un message positif ! Après "douillet et gentil" fait que moi non plus, je ne serais pas tentée par cette lecture ;-)

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    3. ah non ce n'est pas chez moi ^^ (ou alors il y a une autre Eva blogueuse?)

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    4. ah .. où l'ai-je donc vu ? merci de l'info

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  4. (Après les échecs de commentaires, ici et chez Electra, je retente ma chance!)
    Je comprends entièrement ta chronique, il n'y aura aucune tomate à lancer. Après, je dois admettre l'avoir lu sans m'être plongée vraiment dans les chroniques - histoire d'avoir une surprise entière, Electra disait "Je n'ai pas compris que les deux perso tombaient amoureux!", quand j'ai acheté le livre - et commencé la lecture, je ne savais pas qu'il était question d'homosexualité.. du coup, l'effet de surprise, et la fin, ont fonctionné - ne sachant pas jusqu'où pouvait aller Ari ( Naïve? possible). C'est d'ailleurs pour cela que je ne l'aborde pas dans ma chronique. Après, je rejoins globalement le commentaire de Gabriel, je l'ai vu comme un roman abordant l'amour, et l'homosexualité particulièrement, laissant de côté les autres sujets du livre, c'est un choix de l'auteur que j'accepte. Le point fort? Que ce soit un roman jeunesse et que le sujet soit abordé de cette manière là, avec délicatesse et douceur. Néanmoins, il n'a pas été un coup de coeur, comme la plupart sur la blogo :)

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    1. Moi je savais qu'il était question d'homosexualité, c'est la raison pour laquelle je l'ai lu! Mais j'imagine que si on ne le sait pas, l'effet de "surprise" est plus présent.

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    2. Je teste mon nouvel avatar .... Pas de Marie-Claude par là ! Merci à Quai des Proses car je n'avais pas saisi l'histoire d'amour... ! Je me disais, je suis fatiguée mais quand même ;-)

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  5. Dommage ma petite grenouille a sauté ! Mais je reste par là !!!!

    En effet, je ne peux pas signer sous ma signature de wordpress qui ne fonctionne que pour les blogs wordpress.com (et pas .org comme moi) !

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  6. C'est bien aussi, de dire quand on n'aime pas.

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