L'homme qui a vu l'ours · Patrick Roy

mercredi, août 05, 2015



Le monde de la lutte a un drôle d'écho chez moi: sage gamine assise devant la télé les dimanches matin à 10h30, à regarder religieusement Les super étoiles de la lutte. Je trouvais Dino Bravo ben beau! La moustache de Hulk Hogan m'épatait. Et Édouard Carpentier, avec son «À la semaine prochaine, si Dieu le veut!», ponctuait le début de ma journée.

La quatrième de couverture de L'homme qui a vu l'ours annonçait une incursion dans le monde des gladiateurs en bobettes brillantes. Le thème, pour le moins original, m'a tout de suite tenté. Ce qui se passe dans et hors de l'arène... Je n'ai pas été déçu.

Le lutteur Tommy Madsen a connu son heure de gloire dans les années 1990. Champion du ring, il attire les foules  et les femmes. Un combat légendaire au Centre Bell signe la fin de sa carrière de super-héros. Un pétage de plomb de trop, qui a rendu son adversaire paraplégique. Depuis, la vie de Madsen est sur le déclin. Étouffé qu'il est par la culpabilité, il s'engourdit à l'alcool et aux p'tits joints. Sa femme le quitte avec les enfants. Madsen se cloître avec son chien, dans sa maison au Vermont. Il sort peu de sa tanière, n'entretenant pour ainsi dire plus de liens avec ses amis et sa famille.

Guillaume Fitzpatrick frappe un jour à la porte de Madsen. Ce journaliste sportif respecté a décroché le gros lot en signant un contrat avec Random House, l'une des plus prestigieuses maisons d'édition américaines, pour rédiger la biographie officielle du célèbre lutteur.

D'une rencontre à l'autre, Fitzpatrick tente tant bien que mal de tirer les vers du nez de Madsen. Mais l'homme, bourru et taciturne, se dérobe plus qu'il ne se dévoile. Les dates de remise du manuscrit approchent, le père du journaliste a de sérieux problèmes de santé, sa vie amoureuse est sur pause. Fitzpatrick demande à Hugo Turcotte, un ami journaliste sportif de Québec, de l'aider dans son travail de recherche. La lutte, il connaît. Assistant zélé, il ne demande pas mieux que de prendre congé des faits divers sportifs de Québec. Turcotte fouille dans le passé du lutteur, y découvre quelques histoires on ne peut plus compromettantes. En coulisse, d'autres combats ont lieu, et ça joue très dur. Zach Madsen, le père du lutteur, et son associé, font des ravages depuis plusieurs années dans le milieu agricole de la Nouvelle-Angleterre, terrorisant les agriculteurs. Entre le Québec et les États-Unis, Turcotte et Fitzpatrick mènent l'enquête chacun de son côté, mettant les pieds dans un immense panier de crabes. Certains n'en sortiront pas indemnes.

L'homme qui a vu l'ours raconte l'arrière-scène d'un monde sombre et extravagant où tous les coups de cochon et les tours de passe-passe sont permis. Le roman prend des allures de thriller, sortant les coups bas de l'arène. Le style de Patrick Roy a du souffle, ses mots glissent, roulent. Le parcours sinueux de ses personnages est riche en rebondissements. Entre les désillusions et les fantasmes, il plonge dans leur intimité pas toujours reluisante. Cette incursion dans l'univers méconnu de la lutte m'a fascinée. Patrick Roy maîtrise son sujet et il l'aime, ça se sent. Un roman survolté et gorgé de testostérone, original et captivant.

L'homme qui a vu l'ours, Patrick Roy, Le Quartanier, 464 pages, 2015.
Laissée K. O. après la lecture de L'homme qui a vu l'ours, je me promets de lire le premier roman de Patrick Roy, La Ballade de Nicolas Joneset sa novella, Les singes de Gandhi.

J'ai relu en parallèle l'article de François Lemay, paru dans le numéro 27 de la revue Urbania, sur l'ex-lutteur Édouard Carpentier. Émue aux larmes.

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