Barbe · Julie Demers

vendredi, octobre 16, 2015


Étrange roman que voici. Un récit en prose rabouté en roman? Résultat: 138 pages d'ennui. Je suis restée de glace devant les ruminations solitaires de cette gamine qui, à cause de la barbe qui la défigure et de l'ostracisme dont elle est victime, prend la fuite dans les bois.

L'intrigue, mince et frêle, se résume en quelques lignes: Gaspésie, 1944. La narratrice barbue quitte la maison familiale. Elle trouve un bivouac dans le bois, épuise les pommes, les patates et les navets qui s'y trouvent. La faim et le froid la tétanisent. Sa cabane s'effondre pendant une tempête. Elle marche, fait une chute de dix mètres, se blesse et se relève. Espionne deux chasseurs et Jo, l'ours enchaîné. Qui finissent par la capturer. Elle réussit à prendre la fuite et retourne dans son petit village gaspésien, regarder sa mère par la fenêtre.

L'intrigue manque cruellement de profondeur. Les divagations de la narratrice, son errance et les obstacles qui se dressent sur son chemin lassent à force de lourdeur. Sans parler des invraisemblances...

c'est une forêt profonde et pieuse, en méditation. sa pensée flotte au vent à travers les feuilles, on dirait des milliers de drapeaux de prière.

Comment une gamine qui vit dans un petit village gaspésien en 1944 peut connaître l'existence des drapeaux de prière tibétains? Et ces mots savants qui lui viennent tout naturellement à l'esprit: «bivouac», «complet hourvari», «pergélisol». Qu'il y ait une «inadéquation» entre sa tête et la face qu'elle porte. C'en est assez me faire décrocher.

L'écriture de Julie Demers n'est pas dénuée de charme, loin de là. Bien rythmée, sans majuscules, poétique. Mais je n'ai pas pu déceler autres choses, dans Barbe, qu'un exercice de style sur l'altérité. Un bien mauvais roman, mais un excellent exercice de style.

Barbe, Julie Demers, Héliotrope, 138 pages, 2015.

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9 commentaires

  1. la première ligne de ton billet m'aura suffi, c'est plié!
    (bon comme j'aime tes billets, je l'ai quand même lu jusqu'au bout!)

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  2. Ok, étrange. Pas vraiment pour moi non plus je crois.

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    1. J'ai peut-être complètement passé à côté, mais n'empêche... Pas pour moi non plus!

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  3. ça arrive... et ça permet d'étalonner encore mieux nos coups de cœur!

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    1. Tout à fait raison! Mais heureusement que ça n'arrive pas trop souvent.

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  4. Je rigole devant ton billet : la barbe alors ! Que ça a l'air ennuyeux ... Bon joli exercice de style mais elle en a oublié le lecteur et le conte. Ma pauvre, je comprends mieux quand tu disais que tu tombais sur des livres décevants ! Bon, au moins tu nous évites une perte de temps .. Les femmes à barbe ça a toujours existé ;-)

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    1. Je préfère les femmes à barbe dans les cirques!
      Ça va mieux! J'enchaîne les très bons romans!!!

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  5. Il est pour le moins dommage que votre court billet réduise Barbe à "un excellent exercice de style". Un excellent exercice de style, ce roman en est un en effet, car il serait impossible de ne pas convenir de sa belle fluidité et de sa grande inventivité. Mais Barbe est bien plus que cela, comme l'ont d'ailleurs fait observer divers commentateurs.

    La densité du roman ne l'empêche aucunement à vrai dire d'être profond. Au contraire, en coupant vers l'essentiel, l'auteure parvient à faire subtilement ressortir un nombre non négligeable de réflexions, en plus d'inviter le lecteur à les prolonger lui-même. C'est peut-être même un petit tour de force de parvenir à en dire autant en si peu de mots. D'une part, Barbe se démarque en évitant non seulement de magnifier bêtement l'enfance (comme le font quantité d'auteurs), mais encore de sombrer dans le facile récit d'une bête de foire victimisée. Dans Barbe, il n'est question ni de suggérer gratuitement que l'enfance est une sorte de paradis perdu, ni d'affirmer que les adultes en devenir doivent se contenter d'entrer dans le rang. En exprimant les difficultés qu'éprouve une jeune fille barbue dans son village et sa famille, de même que l'impossibilité dans laquelle elle se trouve de couper entièrement les ponts avec eux, le roman pointe vers une position intermédiaire, qui nous libère à la fois des valeurs d'antan et de l'actuel culte de la marginalité.

    D'autre part, l'une des grandes forces de Barbe réside dans son traitement du thème du "dehors", mot qui apparaît à plusieurs reprises sous la plume de Julie Demers. Alors que bon nombre d'oeuvres mettent l'accent sur la manière dont un personnage peut s'arracher au monde extérieur par un travail de l'esprit, c'est-à-dire par une réorientation vers le dedans, Barbe, sans nier un certain pouvoir de l'esprit, en révèle les limites : ce roman montre qu'une certaine part du réel résiste à l'esprit humain, ou, en d'autres termes, qu'il faut faire corps avec cette réalité pour la changer de l'intérieur, pas à pas. C'est ce qu'on peut conclure de la situation dans laquelle se retrouve la jeune fille, qui constate peu à peu son incapacité à vivre dans l'intériorité pure. Ainsi donc, la barbe que porte cette jeune fille n'est peut-être pas qu'un symbole de différence : elle renvoie peut-être aussi à une sagesse, à une supériorité, à une prétention individuelle qu'elle s'attribue au début du récit, mais qu'elle nuance de plus en plus. L'importance accordée au dehors resurgit d'ailleurs dans les extraits où il est question d'un "après-apocalypse" : dans ces contextes, l'esprit des êtres humains vivants ne compte plus, il ne s'agit plus de placer la pensée humaine au centre du monde, mais au contraire de noter librement la disparition de l'humanité.

    Quant à votre critique selon laquelle le roman serait invraisemblable, elle ne tient pas une seule seconde : il va de soi que ce roman cherche volontairement à s'arracher à la vraisemblance pour nous transporter, par moments, vers un réel transfiguré. En fait, il eût sans doute été pertinent que vous vous interrogiez davantage sur la façon dont le style lui-même du roman parvient, grâce aux minuscules et au rythme soutenu, à créer un univers unique et à dire quelque chose sur le monde. Cela eût sans doute permis d'éclaircir un des autres bienfaits du roman, plutôt que de formuler des affirmations à l'emporte-pièce qui passent sous silence toute la saveur de l'oeuvre.

    Lorsqu'on commente un premier roman, il faut faire l'effort de rester attentif à ce qu'il apporte de neuf et d'irréductible, au lieu de l'évaluer à partir de quelques impressions fugaces et de critères extérieurs à ce que génère de mieux l'oeuvre elle-même. Bravo, néanmoins, pour votre site.

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