Etta et Otto (et Russell et James) · Emma Hooper

dimanche, novembre 15, 2015
























Je l'attendais avec impatience, ce premier roman d'une jeune canadienne, sosie d'Amélie Poulain, dont le roman a été traduit dans vingt-trois pays et dix-huit langues. Les couvertures anglaises m'ont séduite.


J'étais assez intriguée pour lire la quatrième et noter le titre, en espérant une traduction. Eh ben, la voici!

Le roman s'ouvre en Saskatchewan, au début des années 1980. Etta, quatre-vingt ans et des poussières, se lève un matin, empaquette quelques objets dans un sac, charge le fusil de son mari Otto sur son épaule, et se met en marche. Elle n'a qu'un seul désir: voir l'océan. Elle met un pied devant l'autre et s'embarque pour un voyage de plus de 3000 kilomètres, des prairies de la Saskatchewan, jusqu'à Halifax, en Nouvelle-Écosse.

En route, elle fait la rencontre d'un coyote, qu'elle baptisera James. Il l'accompagne dans son pèlerinage, lui rappelant quand manger et lui prodiguant de bons conseils sur les endroits où se reposer. Etta fera d'autres rencontres, de vrais gens cette fois. Elle devient une sorte de célébrité, aura sa binette dans le journal local. Qu'une femme suive ses désirs, indépendamment de son âge et des circonstances, y'a pas à dire, ça fascine.

Plus le pèlerinage d'Etta progresse, plus la confusion la gagne. Il faut dire qu'Etta a parfois du mal à se rappeler certaines choses, dont qui elle est. Ce qui peut devenir problématique...

Pendant qu'Etta marche, son mari Otto se lève et trouve la note laissée par sa femme.
Je suis partie. Je n'ai jamais vu l'eau, alors je suis partie là-bas. Rassure-toi, je t'ai laissé le pick-up. Je peux marcher. J'essaierai de ne pas oublier de rentrer.
A toi (toujours),
Etta.

Pendant l'absence d’Etta, Otto sort papier et crayon pour lui écrire des lettres, sans jamais être certain qu'elle les recevra. Parce qu'il faut bien manger, il apprend aussi à cuisiner à l'aide des fiches de recette que sa femme lui a laissées. Pour tuer le temps, il construit une ménagerie grandeur nature d'animaux en papier mâché. En prévision du retour de Etta…

Otto a grandi parmi quatorze frères et sœurs. À dix-neuf ans, il a traversée l'océan pour aller se battre sur les champs de bataille en Europe. C'est a son retour qu'il a épousé Etta et a vécu les soixante dernières années de sa vie avec elle, sur leur ferme. Sa femme, il l'aime...

Lorsqu'il apprend qu'Etta est parti, Russell est en beau maudit. Ce voisin et ami de la famille, cet homme qui a toujours aimé Etta en secret et mis Otto sur un piédestal, est furieux que ce dernier ne soit pas déjà sur les pas de sa femme. Malgré sa patte folle, c'est lui qui montera à bord du pick-up et qui se lancera à sa poursuite.

Etta verra-t-elle la mer? Rentrera-t-elle à la maison?


Emma Hopper s'est largement inspirée de la vie de ses grands-parents maternels pour créer les personnages d'Etta et Otto. Eux aussi ont vécu en Saskatchewan. Comme Etta, sa grand-mère a enseigné dans une petite école; comme Otto, son grand-père venait d'une famille de quinze enfants. C'est la raison pour laquelle l'amour et la tendresse qu'elle porte à ses personnages sont si palpables. Elle suit ses personnages pendant des décennies, de leur enfance à leur vieillesse. Tout au long du roman, le passé se marie au présent. Elle décrit magnifiquement bien la vie rurale dans les Prairies des années 1930-1940, la Grande Dépression et les traces laissées par la guerre.

Emma Hopper est musicienne et ça se sent. Son écriture est très musicale. Son style cristallin enchante: les mots glissent, roulent, s'envolent.

Voilà un roman plein de douceur sur l'amour qui défie le temps et le dépassement de soi. Moi, l'idée qu'il n'est jamais trop tard pour aller au bout de soi-même et réaliser ses rêves, j'adopte! En bonus, une petite touche de réalisme magique. Ce n'est pas tous les jours qu'on rencontre un coyote qui parle et chante des chansons de cow-boy!

Si j'ai quelques bémols, ils sont à ce point mineurs que ça ne vaut même pas la peine d'en parler! Alors, je me tais.

Etta et Otto (et Russell et James), Emma Hooper, Les Escales, 432 pages, 2015.

Vous pourriez aussi aimer

16 commentaires

  1. Je ne connais pas du tout mais ta chronique me donne envie de découvrir ce roman :)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Un beau roman, sensible et attachant. Une très belle découverte. Fais une petite recherche sur l'auteure. Elle est fascinante...

      Supprimer
  2. J'ai beaucoup aimé aussi, je rajoute ton avis ! ;)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Comme tu le dis si bien: «Un titre lumineux, apaisant...»

      Supprimer
  3. Dans ma pile et prochaine lecture. Donc, j'ai lu ton billet en diagonale et te reviens après lecture ;-)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Tu devrais beaucoup apprécier, Suzanne... Savoure-le!

      Supprimer
  4. Je n'arrive pas à décider si ce livre est fait pour moi. Il y a bien sûr des thèmes qui me plaisent mais le coyote qui parle, hum hum ;-) A voir!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. J'avoue que ça peut dérouter. Mais la place qu'occupe ce coyote est si secondaire que ce serait dommage de passer à côté de tout le reste.

      Supprimer
  5. Il va me plaire celui-ci. Je vais me créer une wishlist canadienne (à rapporter l'été prochain dans ma valise). Merci pour cette petite parenthèse

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je pense bien que oui! Une GROSSE pile à rapporter dans ta GROSSE valise!

      Supprimer
    2. Oui ça commence à me FAIRE PEUR ! Ils vont croire que je fais du trafic de livres.
      Pour l'instant, je n'arrive pas à lire mais ça va revenir.

      Supprimer
  6. Oh comme j'en ai soudain très envie ! Merci de partager ❤️

    RépondreSupprimer
  7. Réponses
    1. Compte-tenu des circonstances, ce n'est pas de refus, hein?

      Supprimer
  8. Je n'avais même pas terminé la lecture de ce billet que je me disais "Je veux le lire!"
    Je l'ajoute à ma liste. Les gens (ou les personnages) qui changent leur vie pour accomplir ce qu'ils désirent, ça me séduit.

    RépondreSupprimer

· J'aime m'y promener ·

· visites ·