Les lumières de Central Park · Tom Barbash

mercredi, décembre 23, 2015


Un p'tit nouveau publié dans la collection «Terres d'Amérique»? Une traduction d'Hélène Fournier? Un premier recueil de nouvelles avec Central Park dans le titre? Un recueil encensé par David Vann et Dave Eggers? Un auteur ayant une parenté littéraire avec Raymond Carver, John Cheever et Tobias Wolff? La coupe est pleine. Impossible de résister.

Les lumières de Central Park, c'est treize nouvelles ancrées dans Manhattan. Pas le Manhattan des bas-fonds et des laissés-pour-compte. Plutôt celui des bien nanties. Un univers où personne ne manque de rien, sinon d'un peu plus d'amour.

Au fil de ses nouvelles, Tom Barbash se transforme en cartographe des relations entre les êtres, particulièrement celles entre un parent et son rejeton.

Les relations mère-fils occupent ici une place de choix, comme dans «La rupture». Une mère castratrice mène la vie dure à la nouvelle petite amie de son fils, sous prétexte qu'elle n'est pas assez bien pour lui. Dans «Hurler à la lune», Lou, un jeune garçon de douze ans, doit s'habituer au nouveau copain de sa mère et à ses nombreux enfants. Et il se rappelle la mort de son frère, mort dont il est en partie responsable. Dans «Janvier», ma préférée, un ado, dont le père se meurt à l'hôpital, a du mal à accepter le nouveau copain de sa mère.

Les relations père-fils ne sont pas en reste, comme dans «Ses mots», où un professeur de littérature accepte mal que son fils fréquente une de ses étudiantes. Dans «Les lumières de Central Park», un garçon vient de perdre sa mère, morte d'un cancer. Il en veut à son père de se la jouer tombeur et de multiplier les conquêtes.

Le refus de tourner la page et d'aller de l'avant est aussi omniprésent. Dans «La soirée des ballons géants», un homme organise une fête pour Thanksgiving. Sa femme vient de le quitter. Craignant le qu'en-dira-ton - et espérant son retour -, il ment à ses convives sur les raisons de son absence. Dans «Veille avec moi», Henry et Alice n'arrivent pas à se quitter. Lorsqu'Alice veut se confier, lorsqu'elle a besoin d'un conseil ou a envie de se réchauffer, elle se précipite dans les bras d’Henry.

Mais, au final, ce qui ressort à la lecture de ce recueil, c'est le puits sans fond de solitude qui entoure les personnages. Ils ont un mal fou à vivre les uns avec les autres. Mais plutôt que d'être seul, les uns font du surplace, alors que d'autres s'empressent de boucher le trou laissé par l'absence ou la perte.


Chacune de ces nouvelles est d'abord parue dans différentes revues. Ce qui explique sans doute son côté patchwork. Certaines nouvelles s'insèrent mal dans l'ensemble. Que viennent faire ici «Lettres de l'Académie», dans laquelle l'entraîneur d'une future star du tennis écrit au père de ce dernier? Et «Paris», dans laquelle un journaliste délaisse les faits divers et part couvrir les réunions publiques et la vie d'une petite bourgade?

Alors… Tom Barbash: un petit cousin de Raymond Carver, de John Cheever et de Tobias Wolff? Si tel est le cas, il faut descendre profond dans les racines de l'arbre généalogique. On est bien loin du mordant de Carver… Plusieurs nouvelles ont un goût d'inachevé, un manque de profondeur. J'ai trouvé que l'ensemble manquait de cohésion. Ce qui m'a le plus étonnée et agacée à la fois, c'est le regard posé sur les hommes et les femmes. Il y a tantôt des êtres mous et soumis. Tantôt, des égocentriques et des manipulateurs. Difficile de s'attacher ou d'éprouver de l'empathie!

Les dialogues, nombreux, sont bien rythmés, mais tombent souvent à plat. L'écriture de Tom Barbash est certes maîtrisée, sans faux pas et très efficace dans son minimaliste.  Mais ses mots ne sont pas arrivés à m'emporter.

Les éloges de Dave Eggers et de David Vann n'étaient pas gratuits. Nul doute que Tom Barbash est un auteur prometteur. Aussi, je resterai aux aguets.

Les lumières de Central Park, Tom Barbash, Albin Michel, 272 pages, 2015.

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8 commentaires

  1. Une très belle chronqiue, je ne suis pas très nouvelles, mais tu me donne très envie avec ta chronqiue :)

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    1. Sevla, un petit deux étoiles te donne envie? Si tu n'es pas très nouvelles, je crains que ce recueil ne te les fasse pas apprécier davantage...

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  2. Je te trouve sévère avec seulement 2 étoiles... Peut-être tes attentes ont-elles été déçues à cause de la sempiternelle comparaison des auteurs de nouvelles à Carver ?
    Comme toi, c'est le billet de Jérôme (http://litterature-a-blog.blogspot.fr/2015/11/les-lumieres-de-central-park-tom-barbash.html) qui m'a donné envie de lire ce recueil... et j'ai été emporté par ces destins en équilibre au bord du gouffre. Tu as raison, les personnages sont difficilement attachants mais tellement humains.

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    1. Mon appréciation finale a effectivement été teintée par mes attentes trop élevées.
      «ces destins en équilibre au bord du gouffre»? Pour ma part, je n'ai pas trouvé le gouffre très profond! Au bord du fossé, tout au plus!? Tom Barbash a un talent indéniable. Ses descriptions de New York sont palpables. On a l'impression d'y être. Je serai à l'affut de ses prochaines parutions, mais sans attentes, cette fois!

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  3. Je me disais bien.. J'avais évidemment noté le titre après le billet de Jérôme et voyant que tu m'avais doublé, j'étais presque jalouse mais au final, tu as l'air d'en ressortir déçue. Ton billet est très bien écrit, et tu expliques bien les bémols. Pour la comparaison, je crois qu'il faut arrêter, on ne compare plus les romanciers, les gens ont bien compris - alors pourquoi les médias continuent-ils de le faire ?
    Pour les nouvelles, le genre est évidemment casse-gueule. C'est vraiment mon deuxième genre préféré (pas loin du premier, le roman) donc je sais que c'est un art difficile.

    Cependant, vu l'avis tellement enjoué de Jérôme, je suis étonnée que vous ne vous soyez pas retrouvés ! Il aime tellement les personnages de losers comme toi, or là tu les trouves très loin du précipice, c'est fou comme vos avis divergent. Mais en même temps, c'est très intéressant pour nous lecteurs ! Hâte de lire sa réaction sur ton billet ma belle et moi je mettrais la main dessus s'il arrive en bibli pour voir de quel côté je penche....

    et je te souhaite de bonnes fêtes ! ça approche (plus vite pour moi, na ! Minuit ...)

    PS : mets bien de côté tous les livres du Père Noël qui me seraient apparemment destinés......
    bisess

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    1. J'adore les nouvelles, surtout américaines. Évidemment, les comparaisons sont toujours surfaites. Mais veut veut pas, quand un nom connu est écrit en gras sur la quatrième de couverture ou sur un bandeau, ça accroche l’œil. C’est vendeur. Surtout que la nouvelle n’est - malheureusement - pas un genre très prisé. Par conséquent, de «lier» un grand nouvelliste avec un nouveau venu, ça fait la job et ça aide à vendre!

      Tu le sais, j'adore les personnages de losers! Mais ici... Les personnages de ce recueil se plaignent la bouche pleine de caviar. L’impuissance me touche viscéralement. Quand un personnage fait tout pour arranger sa vie, qu'il se démène comme un diable dans l'eau bénite et que rien n'y fait. Ça ne suffit jamais (les personnages de "Dandy" sont très représentatifs de ce que je tente d'exprimer). Rien de tel ici. Ils ont tous les outils pour améliorer leur sort. Mais pas paresse et/ou complaisance, ils ne le font pas. Ils se complaisent dans leur malheur.
      Le manque de communication est souvent à l’origine de ce malheur. Je vois rouge dans ce temps-là. J’ai envie de crier: Câlisse, parlez-vous, et tout va s'arranger!
      Ces personnages ne sont pas au bord du précipice. Ils sont sur le bord d'un chemin, près d'un petit fossé. S'ils tombent, la chute ne sera pas très douloureuse!
      Maintenant, j’ai trop hâte de lire ton avis!

      Les livres du père Noël qui te sont destinés sont bien en sécurité dans un placard!
      J'espère que tu passes du bon temps auprès des tiens. Je t'embrasse xx

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  4. Je suis d'accord, on est loin de Carver et consorts mais j'ai aimé l'ambiance très mélancolique qui se dégage de ces nouvelles. C'est un auteur que je suivrai avec plaisir, je suis ravi de l'avoir découvert en tout cas.

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    1. Malgré ma déception, c'est un auteur que je suivrai. Je suis curieuse de lire la suite...

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