Les singes de Gandhi · Patrick Roy

samedi, décembre 19, 2015


Après la lecture de L'homme qui a vu l'ours, j'avais envie de poursuivre mon exploration de l'oeuvre de Patrick Roy. Entre deux lectures, j'ai dévoré les soixante-douze pages des Singes de Gandhi.

L'Inde… Ce pays m'a toujours fascinée. Surtout pour ses contrastes. Passer «en un clin d'oeil de la terreur à la féerie», de la décrépitude à la luxure des palais...

Si Patrick, le je des Singes de Gandhi, décide d'aller en Inde, c'est pour suivre Pascale, sa nouvelle copine. Parce qu'avant qu'il ne chamboule sa vie, elle avait prévu de passer un mois en terre indienne et d'y fêter ses trente ans. C'est donc à deux qu'ils bouclent leurs valises et quittent Montréal.

L'itinéraire prévu est costaud: après un court passage à Mumbai, un peu de bon temps à Goa, un arrêt à Jaipur, puis à Agra - Taj Mahal oblige -, terminus à Delhi. Tout ça en un mois. C'est à bout de souffle que le couple parcourt le pays.

Patrick balade sa mauvaise humeur et son cynisme partout où il va. Et c'est franchement hilarant. Entre tradition et modernité, entre émerveillement et déception, le couple cueille quelques instants de bonheur au passage. Et ils font des rencontres qu'ils ne sont pas prêts d'oublier, dont celle de ce gamin gardien d'un palais abandonné, peuplé de singes.


La profusion nous éberlue. Le mouvement de la foule ne nous laisse aucun repos. Nous dérivons plus que nous marchons parmi les étalages de saris et de marques américaines calquées, entre les poulets plumes suspendus par les pattes et les tables où se côtoient la Bhagavad-Gita et la biographie de Steve Jobs.

Je tempête contre les Indiens que je ne supporte plus après vingt-cinq jours, avec leur cordialité marchande, leurs systèmes d'extorsion cousus de fil blanc, leur passion déraisonnable pour le piment fort et le culte qu'ils vouent aux animaux de ferme au mépris des conditions d'hygiène les plus élémentaires. Le quotidien The Hindu parle d'une romance bollywoodienne et du bébé de Beyoncé. Tous des cons, que je conclus, des hypocrites qui se moquent de Gandhi même s'ils lui érigent des musées, mais la hargne lasse, à la longue, la toux m'oblige à baisser le ton. […] Le matin où nous bouclons nos valises, j'ai pourtant du mal à me réjouir. J'ai mieux compris les bêtes, et si les miens me manquent, je ne sais pas quoi faire de cette mélancolie qui prend le dessus sur l'animosité, de cette tendresse pour les visages qui me reviennent et que la vie a ancrés ici.

Un récit de voyage comme je les aime: aux antipodes de l'exotisme, sans fard. Une petite novella rafraîchissante, servie par un humour railleur. Du bonbon!

Les singes de Gandhi, Patrick Roy, Le Quartanier, 72 pages, 2013.

laissez-vous tenter

20 commentaires

  1. L'Inde ne m'attire pas du tout mais ce genre de récit de voyage beaucoup plus ;)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Dommage (ou tant mieux!), il doit être introuvable en France. Il a été publié il y a quelques années et en petit tirage.

      Supprimer
    2. Je me permets de commenter ici car comme Jérôme, j'ai un secret inavouable : le pays qui ne m'attire pas du tout est l'Inde ! Peut-être aussi parce que j'en ai soupé ? une ancienne amie avait parcouru le pays dans tous les sens, et j'ai passé des soirées entières à regarder des centaines de photos, écouter leurs histoires...
      Bref, tu seras ainsi prévenue ! Mais comme Jérôme si c'est pour lire l'histoire d'un type qui n'aime pas du tout ce pays, alors là je ne dis pas non !

      Supprimer
    3. Ben dis donc, j'aimerais bien la rencontrer, cette ancienne amie!
      Moi, c'est plutôt la Chine qui me laisse indifférente. Je n'ai jamais eu d'affinités avec cette culture. C'est comme ça!

      Supprimer
  2. Je ne connais pas du tout Patrick Roy mais j'aurais envie de commencer par cette novella, ce voyage en Inde. Cette jolie série "Nova" m'attire. Je découvrirais sans doute de nouvelles plumes qui me plaisent.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. La série "Nova" est très très inspirante. Et puis, j'adore les couvertures. Il y a plusieurs titres et chacun nous amène dans un univers différent. Grâce à cette série, j'ai pu découvrir de nouveaux auteurs géniaux et eu ensuite envie de lire leurs autres publications. Avec Patrick roi, ce fut l'inverse! Son roman, puis sa novella.

      Supprimer
  3. Mais il me le faut !!! Tout de suite, maintenant ! Quoi ? Pas possible ? Librairie inaccessible pour cause de marchés de noël et envahissement du centre ville par une horde de touristes ? Tant pis, j'irai au ciné voir le dernier Lelouch et son regard sur ce pays et dans le calme post fêtes, je filerai chercher ce livre !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Maintenant, je suis curieuse de voir le dernier Lelouch. Mais il faudra que je patiente pour qu'il arrive par ici! Bonne chance pour trouver cette petite novella. Elle date un peu, et puis je doute qu'elle soit vendue en France.

      Supprimer
  4. Cela semble parfait pour voyager, s'évader et s'ouvrir à une autre culture :)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Tout à fait, et en peu de temps en plus. Un petit 72 de pages à lire avec le café et les croissants du petit-déjeuner!

      Supprimer
  5. Ses deux livres sont sur ma liste. Je ne suis pas très inspirée par l'Inde (je préfère les pays de glace et de froid) mais ça m'a l'air bien. Et Patrick Roy m'a l'air aussi d'être un auteur à découvrir!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Une belle découverte de mon côté. Son regard est différent et novateur. Un vent de fraîcheur dans le paysage de la littérature québécoise. Sa novella est à mon avis à lire, même si l'Inde ne t'inspire pas. Juste pour son regard et le ton. Et son roman qui se déroule dans le milieu de la lutte (mais pas que) est savoureux. Il faut mettre de côté ses réticences et tenter le coup!

      Supprimer
    2. S'il y a de la lutte (de la boxe, du UFC ou des bagarres) je suis 100% partante ;)

      Supprimer
    3. Il y a aussi du suspense! Bref, ça déménage. Fais le test!

      Supprimer
  6. Hou Hou, L'inde dépaysement garanti.. . J'en profite pour te souhaiter de bonnes fêtes de fin d'année :) Grybouille, l'Oiseau à plumes.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Oui, dépaysement garanti. Je doute qu'au final, le héros narrateur ait envie d'y remettre les pieds! Mais ça ne m'enlève pas le goût d'y aller un jour.

      De joyeuses fêtes à toi aussi. Une bonne et belle année 2016.

      Supprimer
  7. Je suis fascinée par l'Inde, moi aussi. Juste à regarder la photo de ton billet, j'ai le goût d'y aller ! J'avais reposé ce livre après l'avoir feuilleté à la bibliothèque, car leur voyage semblait difficile et je ne voulais pas me décourager hihi. Mais, je reste intriguée. Une prochaine fois, peut-être !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Topi, je pense que le mieux, c'est d'abord d'y aller, histoire de te faire ta propre idée. Mais encore faut-il avoir du temps et des sous!
      Même si l'expérience du narrateur n'est pas de tout repos, lui et sa copine ont passé des moments inoubliables et surtout, ils ont fait de belles rencontres. Au final, le voyage en valait la peine.
      Aussi, compte tenu de son petit nombre de pages, n'hésite pas à plonger s'il recroise ta route.

      Supprimer
  8. Les récits de voyage ne sont pas trop mon truc. Mais ce que tu dis de celui-ci me tente.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Pas mon truc non plus. Mais ici, c'est une novella d'abord. Donc, l'aspect récit de voyage n'est pas lourd du tout. Très agréable (et trop rapide) à lire...

      Supprimer

· archives ·

· visites ·