City on Fire · Garth Risk Hallberg

dimanche, février 07, 2016


Ça y est. Je suis passée au travers! Ça a été long, mais ça valait le coup. J'en reviens juste pas. City on Fire, cette brique de près de 1000 pages, est un premier roman. Assez impressionnant pour être souligné. Que son auteur soit parvenu à construire une œuvre si maîtrisée et si bien orchestrée me laisse sans voix.

Garth Risk Hallberg a mis six ans à écrire son roman. Les éditeurs n'y ont vu que de feu! Avec raison. Dix maisons d'édition se sont arrachées le manuscrit pour en obtenir les droits de publication. Les éditions Knopf ont remporté la mise. Avec un contrat signé de deux millions de dollars US, City on Fire est le roman le plus cher de l'histoire. Combien de sous les éditions Plon ont-ils sortis de leurs poches? On l'ignore et, au bout du compte, ça n'a pas grande d'importance.

Au final, ont-ils eu raison de s'exciter le poil des jambes? Oui, absolument.

City on Fire débute le soir du 31 décembre 1976Alors que les feux d'artifice illuminent le ciel de New York, Samantha, une jeune punk de Long Island, reçoit deux balles dans le corps et est laissée pour morte dans Central Park. Qui lui a tiré dessus? Pourquoi? Sam survivra-t-elle ou non? Pour connaître les réponses à ses questions, il faut lire jusqu'à la fin.

Autour de Sam, dans le coma dans un des hôpitaux de la ville, gravite une dizaine de personnages. Les uns appartiennent à la riche dynastie des Hamilton-Sweeney: le patriarche qui perd la boule, sa seconde femme et son beau-frère démoniaque et sans scrupule. La fille du patriarche et son mari, et le fils mouton noir, homosexuel héroïnomane en rupture de ban avec sa famille, ancien leader d'un groupe punk, devenu peintre, puis photographe. Les autres appartiennent au monde ordinaire: son amant, prof afro-américain gay qui aspire à devenir écrivain, un ado de banlieue asthmatique, un artificier paranoïaque, un inspecteur de police souffrant de la polio, un journaliste trop curieux, une gang de punks, un propriétaire de galerie d'art et son assistante, un animateur de radio controversé.

Les vies de ces personnages, qui ont tous un lien, de près ou de loin, avec Sam, se croisent, s'entremêlent. Alors que les uns se cherchent, les autres n'aspirent qu'à se perdre et à s'oublier. 

Des romans qui se déroulent à New York, ce n'est pas ça qui manque! Souvent, ils n'embrassent qu'un coin de la ville, comme chez Paul Auster. Garth Risk Hallberg, lui, fouille tous les recoins de la Grosse Pomme, du penthouse au squat de junkies. Du Lower East Side à Hell's Kitchen en passant par Brooklyn. Le New York de la fin des années 70 qu'il décrit est vibrant de vérité. Un New York pas du tout glamour, plutôt décadent, violent, corrompue, glauque et anarchique.

Garth Risk Hallberg passe avec une aisance impressionnante des coulisses de la bourgeoisie new-yorkaise à celles du mouvement punk. La quête – souvent inaccessible –, l'ambition, les secrets, la trahison et le pardon, la solitude, l'idéalisme sont au cœur du roman. Les airs de David Bowie – période Ziggy Stardust –, de Patti Smith, de Lou Reed et des Ramones vibrent entre ces pages.

L'écriture musicale de Garth Risk Hallberg, admirablement traduite par Elisabeth Peellaert, m'a emportée, charmée.  Le travail de recherche et de documentation  qu'il a dû faire est monumental. Des retours en arrière et quelques bonds dans le futur éclairent la vie des personnages sous un autre jour. Garth Risk Hallberg a le don de faire monter la tension et de créer un climat de trouble.

City on Fire tient à la fois du roman policier, de la saga familiale, de la fresque urbaine et du roman d'apprentissage. La structure éclatée du roman pique la curiosité: sept parties, séparées par des interludes (extraits de journal, pages d’un fanzine, lettre, etc.). 




Si j'ai tourné frénétiquement les cinq cents premières pages, c'est devenu plus laborieux par la suite. J'attendais impatiemment le fameux blackout du 13 juillet 1977 annoncé en quatrième de couverture, ce moment fatidique où une interruption de courant a plongé New York dans le noir. Il est arrivé très (trop) tard… Avec 300 pages en moins, j'aurai crié au chef-d'œuvre. (Et dire que le brouillon du roman comptait 1400 pages…). Malgré ses quelques longueurs, City on Fire demeure un roman explosif, tentaculaire, d'une maîtrise impressionnante. Un époustouflant tour de force.

City on Fire, Garth Risk Hallberg, Plon, 992 pages, 2015.
 

J'ai lu ce roman dans le cadre du challenge 50 États 50 romans, État de New York.

Une petite note en bas de page a attiré mon attention. Garth Risk Hallberg fait référence aux frères Collyer. Du coup, j'ai envie de  me plonger dans le roman de E. L. Doctorow, Homer & Langley.


Reclus dans leur maison de la Cinquième Avenue depuis la disparition de leurs parents en 1918, deux frères traversent le siècle en assumant une ardente vocation d'ermites. À leur grand dam, leur solitude est pourtant troublée par deux guerres mondiales ainsi que par les irruptions des multiples acteurs de la comédie humaine dont New York est le théâtre - avec ses immigrants, ses prostituées, ses gangsters et autres musiciens de jazz. Pianiste aveugle passionné de musique classique, grand amateur de femmes, Homer est à peine plus raisonnable que son frère, Langley, esprit rebelle et farfelu, friand d'objets en tout genre qu'il amasse au gré de ses lubies... Inspiré d'une histoire vraie - celle des frères Collyer, collectionneurs compulsifs retrouvés morts en 1947, ensevelis sous des piles de journaux et de livres -, ce roman drolatique, pétri d'humanité et porté par deux personnages dont la loufoquerie le dispute à l'humour, narre, à sa façon jubilatoire, l'épopée du matérialisme et de la solitude made in USA.

laissez-vous tenter

41 commentaires

  1. Je veux vraiment le lire, j'hésitais beaucoup car je me demandais si c'était un très bon roman ou juste un roman médiatisé. Suite à ton avis, je suis sûre qu'il va rejoindre ma PAL : merci ^^

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    1. Léa, tu peux te lancer sans hésiter. Il vaut son pesant d'or. Il devrait t'occuper quelques jours!

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  2. Ça l'air vraiment bon! Je l'ai feuilleté à la librairie et je vais le lire, mais pas maintenant. Ton billet est superbe et ça donne encore plus envie.
    J'en profite au passage pour noter Homer et Langley. :)

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    1. Merci, Gab. Avant de plonger, il te faudra être en grande forme. (Mais ça me semble bien parti!) Parce que les quelques longueurs risquent de te faire décrocher.

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  3. Courageuse! Je vais attendre patiemment la bibli. Homer et Langley y est, d'ailleurs.

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    1. Ça ne devrait pas trop tarder, selon moi! Une bonne brique pour l'été!

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  4. Tu es la première blogueuse connue de moi à t'y être collée ! Bravo !
    Je ne sais pas encore si je le lirai. Et si je le fais, ce sera plutôt pendant les vacances d'été, où j'aurai du temps devant moi (et puis trimballer un pavé de 1000 pages dans le métro, ce n'est pas commode !).
    Dommage quand même, les 300 pages en trop...

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    1. Une lecture très très propice pour les vacances...
      J'ai bien hâte de voir qu'y va s'y coller!

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  5. j'avais un peu la même inquiétude que Léa et je suis ravie de lire un premier billet sur ce livre qui me fait quand même bien envie... Effectivement dommage pour les 300 pages en trop (quasi 1/3 du roman quand même...) mais ma curiosité est piquée! Je vais essayer de le lire en numérique car un gros livre comme ça à trimbaler dans mon sac à main, ça risque de ne pas passer!

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    1. C'est bien la première fois que je regrettais de ne pas avoir de liseuse! J'ai failli hériter d'une tendinite du poignet. N'empêche, malgré les quelques longueurs (avis personnel, hein!), j'ai été grandement impressionnée!

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  6. Je viens de lire une critique (américaine) qui conclut comme toi : il aurait fallu que l'éditeur fasse une coupe de plusieurs centaines de pages mais bon j'ai craqué en librairie il y a trois semaines, et je l'ai dans ma PàL et j'ai donc lu ton billet en diagonale (par contre je note ta référence sur l'autre livre). Je vais le lire pendant mes vacances, car impossible de trimballer ce pavé dans les transports en commun ;-)

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    1. J'ai bien hâte que tu t'y colles, toi! Si tu penses le lire cet été, je te prêterai le mien!!!

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  7. Inévitable les longueurs avec de tels pavés. Je ne suis pas certain que j'irais jusqu'au bout si je me lançais.

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    1. Pas d'accord sur ce coup! Dans "Londsome dove" (1200 pages), il n'y avait pas un seul mot en trop!!!

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    2. Yep!
      Et moi j'aurais bien pris quelques centaines de pages encore...
      Au fait, merci pour les photos du bouquin, ça donne une idée encore plus attirante.

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    3. Tiens, une courageuse! Très hâte de lire ton billet, Keisha!

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  8. Avant de dire bravo devant cet OVNI littéraire - je ne l'ai pas lu -, je dis bravo pour la performance lecturienne! (Le lundi, c'est néologie.) Ces dernières années, le seul pavé mené à son terme avant que tous mes neurones ne rentrent en déliquescence fut Les bienveillantes. Actuellement, je fais un break dans une femme fuyant l'annonce, car le passage dans le désert me semble bien aride en tant que lectrice.

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    1. Merci! On peut dire que c'était une performance «lecturienne», d'autant plus que je venais de terminer "Londsome dove" (1200 pages). Là, je me concentre sur des petits formats légers.
      Et moi qui pensais que tu lisais souvent des pavés!
      "Une femme fuyant l'annonce", c'est bien?

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    2. Je te dirai quand j'aurai terminé.(D'ailleurs, je vais m'y remettre.) Je viens de finir un roman qui m'a incroyablement déçue: Oh la vache! par David Duchovny. L'écriture ne tient pas du tout les promesses de l'histoire. Navrant... Ou bien c'est un problème de traduction - mais honnêtement, j'ai des doutes.

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    3. Merci du filon! J'avais repéré "Oh la vache!" et j'attendais de lire quelques chroniques de blogueuses. Ça s'arrête là! Plus du tout envie.
      Je viens aussi de tourner les pages d'un roman très décevant, dont j'espérais beaucoup: "L'ours" de Claire Cameron. À suivre...

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  9. Le seul problème avec ce genre de brique, c'est que ça prend du temps à lire et pendant ce temps, on doit en laisser d'autres de côté.
    Et puis New-York, même si ce n'est qu'à sept heures de route de chez moi, ne m'a jamais attirée. En revanche, la vie des personnages a l'air intéressante.

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  10. Ça a l'air très intéressant, wow ! Je ne savais pas du tout de quoi il parlait même si je l'avais vu partout. Autant les médias peuvent me donner envie de lire un livre, autant ils me font fuir lorsqu'il sont trop insistants. Toi, tu m'as donné envie :)

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    1. Tant mieux si je t'ai donné envie de le lire. Les médias en font grand tabac, mais je me demande quels critiques l'ont lu d'un bout à l'autre. J'en ai lu 4-5 et dans 2, j'y ai trouvé des incohérences... En même temps, difficile de leur en vouloir. Ils ont tant à lire. N'empêche...

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  11. J'ai lu la chronique en diagonale également, puisqu'il est dans ma PAL depuis quelques jours. J'attends d'avoir un minimum de temps à lui consacrer... vu son épaisseur !
    Je suis en tout cas rassurée par ta chronique, malgré ses quelques longueurs.
    Je reviendrai par ici quand je l'aurais terminé.

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    1. Oui, il bouffe du temps, ce roman. Ce n'est pas écrit très gros... C'est rare que je mets trois semaines à lire un roman. J'ai très hâte de lire ton avis. Contente que tu t'y colles.

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  12. J'ai très très envie de lire ce roman, il ne me reste plus qu'à trouver le courage pour me lancer ! Belle chronique en tout cas !

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    1. Merci! C'est vrai qu'au départ, ça fait peur. Mais une fois commencé, impossible de s'arrêter. Jusqu'au 3/4, le roman se dévore...

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  13. J'aime beaucoup jusqu'à maintenant. J'en suis à la page 435 et mon intérêt n'a pas diminué alors... ;-)
    J'ai lu ton billet ''en vitesse accélérée'' mais je te reviens dès que j'ai terminé ma lecture.

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    1. Tu approches de la moitié! Bravo! C'est plus tard que ça s'est corsé pour moi. J'ai hâte de te lire.

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  14. Déjà tu commences par attirer l'attention avec ton N.Y. 77, de David Bowie, de Patti Smith et de Lou Reed...

    Mais ensuite que tu te permettes insidieusement d'attirer mon attention sur un roman dans le roman avec des prostituées et des musiciens de jazz... Je ne suis pas d'accord du tout ! Une envie par chronique, c'est la règle de tout bon blog, sinon je vais me sentir perdu !

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  15. J'avoue que je suis très mitigée, ce roman me fait peur! haha Mais je dois dire que ton billet est très tentant... J'aime aussi l'idée du format avec l'insertion d'articles par exemple. Il rejoindra peut-être ma PAL alors ;)

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    1. Tu peux aussi attendre la parution en poche. J'ose à peine imaginer l'épaisseur! J'avoue que les interludes apportent un gros plus à l'intrigue.

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  16. J'avoue que l'ampleur de la brique me freine un peu, mais après avoir lu ton billet, mes réticentes s'estompent... Peut-être me laisserai-je tenter ;-)

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  17. La rubrique "Coup de génie" est merveilleuse! :-)
    Je découvre à l'instant ce billet et qu'est-ce qu'il me tente cet énorme bouquin! L'histoire, le graphisme, tout!

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    1. Merci! Une belle expérience de lecture. Pour un premier roman, c'est un vrai coup de génie!
      Certes, quelques longueurs gâchent un peu la sauce, mais si peu...

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  18. Je suis faible! Je suis passée devant ma librairie et il était exposé! Et ..ce qui arriva, arriva, je suis entrée et je l'ai pris. Et ma libraire m'en a fait que des éloges! Pour elle, c'est le livre de sa vie! :-)
    (Je lui ai demandé si elle pouvait m'avoir "Le tragique destin de Pépito" et elle m'a conseillé d'aller voir son amie libraire qui travaille... à Tulitu :-) )

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    1. Maintenant, attention à la tendinite! Et bonne lecture! J'ai très hâte de savoir ce que tu en penses.
      "Pépito"... Le monde est petit et tout les chemins mènent à Rome! J'espère qu'ils pourront te l'obtenir. Chanceuse, toi qui a la chance de fouler le sol de cette librairie qui me fait tant envie.

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    2. Cette lecture est réservée pour l'été :-)

      J'ai déjà envoyé un mail pour savoir s'il était disponible.:-)
      Je suis sûre que tu as de merveilleuses librairies de ton côté!

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    3. C'est en effet un bon pavé pour l'été. Je me réserve souvent les briques pour les vacances (d'été ou de Noël).
      Oui, les merveilleuses librairies ne manquent pas près de chez moi. Mais celle-ci, j'ignore pourquoi, m'a tapé dans l'oeil! La faute au papier peint écorces de bouleaux?!
      Si jamais tu n'arrives pas à mettre la main sur "Pépito", dis-le moi. Je te ferai un envoi.

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