Indian Creek · Pete Fromm

lundi, février 01, 2016


Y'a pas à dire, c'est toujours jouissif de prendre un livre en étant assuré de passer un excellent moment. Quand j'ai tiré Indian Creek de mes tablettes, je savais que le bon temps était arrivé. Il faisait frette dehors, une petite neige floconneuse tombait… J'étais due pour une histoire de retraite dans le bois en compagnie d'un chien. C'est immanquable, ce genre d'histoires, je les dévore et les vis par procuration.

Peter Fromm n'a pas besoin de présentation. Indian Creek non plus. Mais pour ceux qui n'aurait qu'une vague idée –  ou pas d'idée pantoute – du bonhomme et de son livre, ça raconte l'histoire de Peter, dix-neuf ans, qui, par un concours de circonstance, part vivre de la mi-octobre à la mi-juin dans une grosse tente dans les bois des montagnes Rocheuses, avec, pour seule compagnie, son chien Boone.

Peter a deux semaines pour se préparer. Tout ce qu'il sait, il l'a lu dans des histoires d'aventuriers, de trappeurs, et les romans à la Walden. C'est d'ailleurs avec une «sorte d'hébétude» qu'il a lu The Big Sky de A. B. Guthrie.

Le jeune étudiant part de loin. Il a des croûtes à manger pour arriver à se débrouiller comme ses héros. Entre son fantasme et la réalité, il y a tout un fossé.

Le garde commença à parler de bois à brûler. Je hochais la tête sans arrêt, comme si j'avais abattu des forêts entières avant de le rencontrer. «Il te faudra sans doute sept cordes de bois, m'expliqua-t-il. Fais attention à ça. Tu dois t'en constituer toute une réserve avant que la neige n'immobilise ton camion». 
Je ne voulais pas poser cette question, mais comme cela semblait important, je me lançai: «Heu… C'est quoi, une corde de bois?»

L'apprentissage est rude: couper du bois à la chainsaw sans se scier un doigt, faire du pain, chasser – idéalement autre chose que des écureuils  , éloigner les prédateurs, ne pas mourir geler, ne pas virer fou. Les premiers temps sont durs. Il en bave, a quelques frayeurs, un peu de désenchantement, quelques coups de cafard. Sa rencontre avec des chasseurs vient mettre un baume sur son ennui. Le jour qu'il parvient à tuer un élan marque un tournant. Ça y est, il est un vrai de vrai aventurier!



Pendant quelques instants, je restai planté là. Le corps de l'animal était beaucoup plus grand que je l'avais imaginé, que j'aurais pu l'imaginer. Je finis par m'accroupir, ne sachant que faire. Je me relevai, prêt à fuir, et je lançai vers l'élan une boule de neige qui l'atteignit aux côtes dans un bruit sourd. Pas de réaction. J'avançai un peu en direction de sa tête. Je lui lançai une deuxième boule de neige, plus violemment cette fois. Je n'avais jamais vu quelque chose d'aussi énorme mort. Je me demandai s'il l'était vraiment. J'arrachai une branche de saule et m'approchai encore, à pas lents. Dans l'un de mes vieux livres, j'avais lu que si un animal ne cillait pas lorsqu'on lui touchait l'œil, cela voulait dire qu'il était bien mort. Je tentai de m'en assurer en tendant le bras et le bâton aussi loin que possible. Le bout de bois toucha le grand œil rond, ouvert et noir, qui ne cilla pas. Soulagé, je fis un pas de plus et plantai une nouvelle fois mon bâton dans l'œil de l'animal. J'avançai dans la neige jusqu'à lui et posai la main sur son énorme flanc. Il n'eut aucune réaction et je sus alors que je l'avais tué. Je m'assis sur l'élan. Avec les mois qui passent, Peter apprivoise la solitude, devient attentif à son environnement, en apprécie de plus en plus la grandeur et la richesse. Pendant tout ce temps passé à regretter ce que je manquais dans l'autre monde, jamais je ne m'étais rendu compte de ce que je manquerais en quittant Indian Creek. [...] Il me restait toute une vie à vivre dans la civilisation, mais à peine quelques mois à vivre ici. Son retour à la civilisation lui fait réaliser à quel point son aventure a été formatrice et l'a transformé à tout jamais.


J'ai été franchement étonnée de découvrir à quel point l'humour était omniprésent entre ces pages. J'en ai ri une shot. Il faut de l'ingéniosité pour penser à réchauffer des crêpes sous ses aisselles ou pisser autour d'une carcasse d'élan pour ne pas se la faire piquer par des coyotes!

Pour la passionnée de récits de vie dans les bois que je suis, j'ai été servie. Indian Creek m'a captivée. L'écriture de Peter Fromm est limpide, teintée d'autodérision. J'avais une certaine appréhension en m'attaquant à ce monument du nature writing. Et si je n'aimais pas? Et si j'étais déçue? Rien de ça n'est arrivé. Maintenant que la glace est brisée, je vais poursuivre, rassurée, ma découverte de l'œuvre de Peter Fromm, Lucy in the sky et le prochain Nom des étoiles en tête.

Que ce récit vous intéresse ou non, que vous l'ayez lu ou non, il faut lire la chronique du Bison. Sa façon d'en parler m'a envoûtée, sans parler de sa fixation sur les serveuses aux poitrines généreuses qui m'a fait me torde de rire!

Indian Creek, Peter Fromm, Gallmeister, coll. «totem», 240 pages, 2010.




Dans le même élan, j'ai ouvert Julius Winsome de Gerard Donovan. Mal m'en a pris. Ça fait deux fois que je tente de le lire. Ça fait deux fois que je ne le termine pas. 

C'est l'histoire d'un gars qui vit dans un chalet rempli de milliers livres, au coeur des forêts du Maine, avec son chien. Jusque là, c'était plus que tentant. 

Dès le début, son chien se fait tuer par un chasseur. Il pète les plombs, fou de rage, et se met à  tirer sur tout ce qui bouge. Après son deuxième meurtre, la coupe était pleine. Autant je peux sauter à pieds joints dans la folie de certains personnages, autant celle-ci m'a semblée sans queue ni tête. Je n'ai pas compris d'où venait cette folie et c'est ce qui m'a empêchée d'aller de l'avant. Je n'arrive pas à comprendre comment un homme en apparence sain d'esprit puisse virer son capot de bord aussi drastiquement lorsque son chien se fait tuer. J'ADORE les chiens et j'en ai eu plusieurs. Je peux comprendre l'amour inconditionnel qu'on leur voue. Mais y'a des maudites limites! Selon Geneviève, «Il y a quelque chose, une petite étincelle de folie qui dort dans sa tête depuis longtemps... La mort du chien la réveille.» Cette interprétation m'a réconciliée, mais pas au point d'avoir envie de reprendre ma lecture. De toute façon, j'ai vendu le roman! À lire ici et là les posts sur ce roman, je suis de toute évidence une des seules à être passée à côté de la track. Ça arrive!

Julius Winsome, Gerard Donovan, Points Seuil, 256 pages, 2010.

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21 commentaires

  1. Je l'ai lu avant d'avoir mon blog. C'est vraiment un bon livre. J'aimerais bien lire les autres qu'il a fait.

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    1. Prise dans un blizzard de travail, ce récit tombait vraiment à point!
      Mois aussi, je vais me plonger dans ses autres récits et romans.

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  2. Une belle découverte pour moi aussi, et ses autres romans me font envie ! Dommage pour le Donovan, le résumé me plaisait...au passage, tes expressions canadiennes, un régal ��

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    1. Que mes expressions canadiennes te régalent, ça me fait plaisir ça!

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  3. Ta chronique est excellente comme toujours, merci ;)
    Je suis heureuse que tu aies aimé Indian Creek :)
    J'ai ajouté Julius Winsome à ma WL pour me faire mon avis même si le tien est mitigé, on sait jamais ^^

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    1. Merci, Léa. Venant de toi, ces mots me touchent!
      Du coup, je suis très curieuse de lire ton avis sur "Julius Winsome".

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    2. Je l'ai fini hier ! :)
      Je dois avouer que j'ai aimé ce roman (même si je garde ma préférence pour Indian Creek :D). L'écriture est vraiment très belle et je peux comprendre que la perte (le meurtre) d'un animal (qui est en fait son seul ami, compagnon dans l'histoire: le seul être qu'il aime et qui lui soit resté "fidèle" en même temps) puisse mener à la folie d'une certaine manière...

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    3. J'ai hâte de lire ton billet, de voir comment tu présenteras le tout!

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  4. Une belle chronqiue et une autre beaucoup moins bonnes. Mais tu sais quoi ?!? Je suis bien tentée par les deux romans quand même ^_^

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    1. Bonne idée! Y'a rien de mieux que de se faire son propre avis!

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  5. Le premier m'a beaucoup plu, c'est bien qu'il soit sorti en totem ^_^
    Pour le second... pas trop mon truc apparemment non plus...

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    1. Pour le second... ça partait vraiment bien! Mais à deux reprises, je ne suis pas parvenue à y croire!

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  6. Hostie de câlisse, c'est un honneur de me retrouver, et hop sous ta couette :)
    Un sacré bouquin que ce Indian Creek. Et je te rejoins sur un autre point : les poitrines généreuses des serveuses ont de quoi envoûtées...

    Tiens donc, j'ai aussi sur mes tablettes ce Julius Winsome. Et maintenant, j'ai furieusement envie de le lire de suite...

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    1. De rien! Ta chronique vaut le détour, fallait que je le mentionne! En passant, les poitrines généreuses des serveuses ne m'envoûtent assurément pas de la même manière quoi toi!
      Sors une bouteille de Vodka et plonge dans "Julius Winsome". Tu m'en r'donneras des nouvelles!

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    1. À lire d'urgence! Une excellente lecture hivernale!

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  8. Je garde un excellent souvenir d'Indian Creek, lu en grand format il y a bien longtemps maintenant.

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  9. Coup de coeur pour ces deux romans. Ravie qu'Indian Creek t'aie plu. Pour Julius Winsome je suis navrée mais bon; on ne peut pas tout aimer sirop.

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    1. Coup de coeur pour les deux?!
      Et t'as raison, «on ne peut pas tout aimer!»

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  10. Je m'amuse beaucoup à lire ton billet et les commentaires avec les expressions québécoises qui fleurissent! "J'en ai ri une shot" ??? Bon, il fait frette ..
    Sinon, j'ai lu Indian Creek il y a longtemps aussi, et pareil un excellent souvenir - il me tardait de lire ton avis.

    Pour le second, je pensais que tu l'avais lu et aimé, du coup je l'ai acheté, et là je vois qu'en fait, je m'étais trompée, et que tu cales (et tu l'as même vendu...)de quoi me faire réfléchir mais je crois me souvenir que Jérôme avait aimé, non ?

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    1. Mon premier Peter Fromm est une sacrée découverte. J'ai adoré me plonger dans cette atmosphère! L'humour m'a étonnée et très agréablement plu.
      Julius Winsome: deux tentatives de lecture - deux échecs. Rien à faire. Je ne me souviens plus si Jérôme a aimé, mais il me semble que oui. Je serait très curieuse de savoir ce que tu en as pensé...

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