Saufs · Fannie Loiselle

jeudi, mars 24, 2016


La banlieue inspire les auteurs québécois. Paradoxalement, la banlieue qu'ils représentent n'est jamais un lieu très inspirant! La vacuité, l'ennui et le désoeuvrement y sont omniprésents. On s'y sent toujours à l'étroit.

Après Banlieue de Pierre Yergeau (L'instant même) et Le silence du banlieusard de Hugo Léger (XYZ), Fannie Loiselle ajoute sa brique à l'édifice.

Marie-Ève a passé son enfance à Brossard. Après avoir faite ses études en ville, cette scénariste pour la télé jeunesse décide de retourner vivre en banlieue. Elle y achète une maison avec Mathieu, son jeune mari.

La frénésie de l'aménagement et de la décoration… très peu pour eux. Les boîtes traînent dans la maison, prennent la poussière. Marie-Ève est nostalgique de sa jeunesse perdue. Un fantôme accroché au passé. Mathieu, lui, passe son temps libre au sous-sol à «abattre des ennemis anonymes sur sa console de jeux vidéo».

Mathieu et moi sommes incapables de nous adapter à cet avenir que nous avons choisi avec négligence, comme un fruit trop mûr à l'épicerie. Nous croyions  que ce serait aussi simple que ça, que nous pourrions nous transplanter n'importe où, nous greffer à une nouvelle existence. Aucun de nous deux n'est prêt à avouer que nous nous enlisons.

Vincent, le frère de Marie-Ève, est incapable de sortir de l'adolescence. Il vit dans le hangar de son ancien appartement et trompe son ennui par mille excès. «À vingt-sept ans, [il se sent] déjà vieux, fini.»

Entre les virées au Costco et les après-midi à driver des balles de golf, le quotidien pèse. La disparition d'un demi-frère vient interrompre pour un temps la routine.


J'ai l'impression d'avoir lu ce roman dix fois, dans d'autres lieux, avec d'autres personnages. Il ne s'agit pas d'un mauvais roman. Non. Je pense juste être trop vieille – ou trop sereine? – pour être touchée par cette dérive existentielle de trentenaires insatisfaits de leur vie. Je ne suis plus capable d'apprécier ce genre de roman à sa juste valeur. Je suis complètement passée à côté.

Le style de Fannie Loiselle est sage, sans fautes. Cette sagesse manque justement de mordant. Des personnages mous, sans emprise apparente sur leur vie. Une désolation sans fond, des petites lâchetés ravalées de travers... Du désenchantement à la pelletée.

Si les rêves des trentenaires banlieusards se réalisent, ils laissent un goût bien amer…

Saufs, Fannie Loiselle, Marchand de feuilles, 288 pages, 2016.

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6 commentaires

  1. Quelle tristesse ! Je ne m'attendais pas à un billet "déception" mais je les adore ! Le réchauffé ça finit par lasser, hein ? et oui, certains sujets nous parlent moins ..
    Bon, j'espère que ta lecture actuelle est plus plaisante ;-)

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    1. Tu adores mes billets déception?! Je suis justement en train de pondre un billet sur le sujet!!!
      ET ma lecture actuelle est BEAUCOUP plus passionnante...

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  2. Je vois très bien le problème... Mets-toi à la littérature Coréenne (ou mongole, ou pakistanaise, ou sri-lankaise), dépaysement assuré!

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    1. Justement, j'ai commandé "La dénonciation" de Bandi grâce à toi. J'attends qu'il arrive!

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  3. Il ne faut pas oublier qu'avant d'être des trentenaires insatisfaits, ces gens-là ont été des... enfants moroses. ;-)

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    1. Oh! Le jeux de mots. Bien trouvé, Marion!
      C'était un recueil de nouvelles, si je ne m'abuse?

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