Mourir, mais pas trop · Agnès Gruda

lundi, avril 25, 2016


Vous passez votre chemin en voyant «nouvelles» sur une couverture de livres? Voici LE parfait recueil pour découvrir et apprécier ce genre - à tort - mal-aimé: Mourir, mais pas trop d'Agnès Gruda.

Des nouvelles, treize en tout. Et ça commence fort, extrêmement fort, avec «Chambre froide». La narratrice assiste à une conférence gastronomique dans un hôtel cinq étoiles, au cœur d'une grande capitale européenne. Surgissent des terroristes. Certains y laisseront leur peau, d'autres survivront, marqués à jamais. Lorsqu'être au mauvais endroit au mauvais moment prend tout son sens… Glaçant.

Certaines nouvelles m'ont particulièrement plu, comme «Rouge betterave». Elena, quatre-vingt-deux ans, attend l'arrivée de son neveu qu'elle n'a pas vu depuis quelques années. Elle l'attend avec impatience, fébrilité. Et elle lui prépare un borchtch, son repas préféré, vestige du passé. Les retrouvailles vont très mal se passer. La fin, tragique, ébranle.

Dans «Un billet pour Delhi», une vieille femme sur le point de mourir confie à sa fille un secret qui bouleversera sa vie à jamais.

Dans «Un matin presque comme les autres», une rupture amoureuse amène un homme à accepter, sur un coup de tête, un poste d'enseignant au Nunavik. Il y fera la rencontre de Virginie – la narratrice de «Chambre froide».

L'univers d'Agnès Gruda est d'une richesse foisonnante, les atmosphères mises en scène variées: la mort d'un premier amour («Si tu meurs, je te tue»), le déni («Savoir ou pas» et la maladie de Huntington), les désillusions («Un mari idéal», ou quand les apparences sont trompeuses), les nouveaux départs («Objets inanimés» et l'émigration). Certaines nouvelles, plus légères («Le piano», «17 h 51») font contrepoids aux nouvelles dramatiques.


Agnès Gruda maîtrise à la perfection l'art de scruter ces moments charnières de la vie, de ceux qui marquent, changent notre vision du monde. C'est à la fois triste et flamboyant. Dans une langue riche, généreuse, elle dresse des portraits d'hommes et de femmes aux prises avec la mort, la solitude, les regrets, le déni, les désillusions. L'émotion est brute, à fleur de peau. Des nouvelles émouvantes, d'une beauté éprouvante.

Tous les amoureux de nouvelles se délecteront. Et ceux qui fuient le genre feraient bien d'empoigner ce livre… Ils ne seront pas déçus.

Mourir, mais pas trop, Agnès Gruda, 264 pages, Boréal, 2016.

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2 commentaires

  1. Moi qui adore les nouvelles ! Bon celles-ci ont l'air plutôt tristounettes, mais je note je note ! quel genre magnifique ! je te laisse, mon tigre est infernal ce soir et depuis hier elle grogne et miaule tout le temps en jouant ! j'ai l'impression d'avoir adopté cinq chatons !

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    1. Non non, ces nouvelles ne sont pas tristounettes du tout. Éprouvantes, plutôt. Du grand talent à l'oeuvre.
      J'ai vu ta vidéo et je craque pour ton tigre. Il faut que jeunesse se fasse!

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