Rédemption · Matt Lennox

mardi, avril 05, 2016


Judy Lacroix est retrouvée morte dans une voiture, sur le parking d'un drive-in abandonné. Le vieux Stan Maitland, policier fraîchement retraité, s'ennuie. Il ne peut se résoudre à un suicide et tente de trouver un coupable.

Lee King est de retour au bercail, après dix-sept années passées derrière les barreaux. Stan connaît bien Lee. C'est lui qui l'avait conduit en prison.

La ville natale de Lee se trouvait au bord du lac Kissinaw. […] Celle-ci comptait dix-huit mille habitants qui gagnaient leur vie dans l'industrie, l'agriculture et le tourisme en été. Au nord-ouest se dressait l'usine chimique qui avait fabriqué des munitions pendant la dernière guerre. Lee se demandait parfois ce qu'il serait devenu s'il était resté là. Revenir aujourd'hui, à ce moment précis de son existence, faisait remonter beaucoup de sentiments étranges.

En revenant dans sa ville natale, Lee sait à quoi il s'expose: les regards suspicieux, l'hostilité, la méfiance et les rancunes passées. Mais ce n'est pas un hasard s'il rentre au bercail: sa mère Irene se meurt d'un cancer. Pour Lee, la loyauté envers sa famille, c'est sacré. Sa mère, sa sœur Donna et son neveu Pete sont la seule famille qu'il lui reste.

Farouchement décidé à tourner la page et à laisser le passé derrière lui, Lee entame une nouvelle vie. Grâce au mari de sa soeur, le révérend du patelin, il loue un petit studio au-dessus d'un commerce et travaille sur des chantiers de construction. Il rencontre Helen, la serveuse du restaurant du coin, qu'il commence à fréquenter. Mais la réinsertion sociale de Lee ne se fait pas sans heurt.

Pete, le neveu de Lee, ignore presque tout de son oncle. Né pendant sa détention, il se retrouve face à un oncle mystérieux, fascinant. Ayant grandit dans une maison où la religion était son pain quotidien, Pete n'a qu'une envie: quitter le patelin et filer dans l'Ouest. Il a décroché de l'école, mis une croix sur Dieu. Il travaille à la station-service du coin pour économiser de l'argent. Tomber amoureux d'Emily, la fille du shérif, n'est peut-être pas l'idée du siècle, quoique…


Les histoires de rédemption abondent sur les tablettes, mais le premier roman de Matt Lennox, de par sa grande maîtrise narrative, se révèle d'une force implacableLennox se révèle aussi habile à décrire les coins obscurs d'une petite ville qu'à sonder les tréfonds de l'âme humaine. Habilement menée, l'intrigue tient en haleine du début à la fin. (Habile de la part de Matt Lennox de révéler les raisons de la condamnation de Lee qu'aux deux tiers du roman.) L'ambiance est anxiogène, les secrets dépoussiérés laissent pantois. 

Les personnages de Matt Lennox sont d'une épaisseur remarquable, riches et bien fouillés: du veuf retraité aux ouvriers de la construction, en passant par l'ado sensible et la mère dévote, aucun n'est laissé de côté. L'authenticité des personnages s'exprime par leurs doutes et leur vulnérabilité (ou invulnérabilité pour certains...).

Un roman d'une noirceur crépusculaire sur le libre-arbitre, la rédemption possible, ou non. Il y a, dans l'atmosphère de Rédemption, des relents du Mystic River de Dennis Lehane.

Reste les questions… Si un homme fait quelque chose de mal, mais de juste, devient-il pour autant un mauvais homme? Jusqu'à quel point sommes-nous responsable de notre destin? Et si tout était joué d'avance?

Rédemption, Matt Lennox, Livre de poche, 432 pages, 2015.

laissez-vous tenter

24 commentaires

  1. Je l'avais mis dans ma liste des romans préférés l'an dernier. Je persiste et signe. On est emporté par l'atmosphère sombre qui se dégage des personnages. J'aime vraiment beaucoup.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Il figurera à coup sûr dans mon top 10 de l'année 2016! Vivement que son deuxième roman soit traduit...

      Supprimer
  2. "Noirceur crépusculaire", "rédemption" ou pas, voilà des mots qui me font prendre mon carnet qui me sert de pense bête (toujours à portée de main sur le bureau ...) pour noter ce titre, en poche en plus !Un billet complétement tentateur, sans trop en dire, c'est juste génial !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci, Athalie. Un titre qui saura t'emporter. Surligne deux fois ce titre dans ton carnet!

      Supprimer
  3. Oh quelle joie de voir que tu as lu et comme moi adoré le roman de Matt Lennox ! Ton billet est magnifique et raconte parfaitement l'impossibilité parfois pour qqn de trouver la rédemption ; les personnages sont très touchant et on s'attache à Lee ...

    Ah trop contente que tu l'aies lu car il faut (et tu n'as pas mis la photo de l'auteur ? je te taquine !).

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est d'ailleurs chez toi que j'avais noté ce titre. Et cette quatrième de couverture... hein?! Stan qui soupçonne Lee... Complètement à côté de la plaque.
      Non, pas de photo de l'auteur. Je te le laisse celui-là!

      Supprimer
  4. Je l'avais trouvé assez réussi en effet. On s'attache très vite à Lee et on a vraiment envie de lui dire d'arrêter de déconner.
    Son nouveau roman, Knucklehead, a l'air pas mal aussi, mais peut-être un peu trop similaire à celui-ci. A voir...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Si je me suis assez attachée à Lee, Pete, la maman de Lee et Stan et sa petite-fille m'ont davantage touchée. Pour moi, ce roman est entièrement porté par sa galerie de personnages.
      C'est vrai que "Knucklehead" a l'air pas mal. Une fois traduit, je vais me laisser tenter.

      Supprimer
  5. Tu te doutes bien que je me laisse tenter!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Suzanne, plonge les yeux bien ouverts. Dans ce cas-ci, inutile de résister à la tentation.

      Supprimer
  6. Réponses
    1. Eh ben Léa, j'aurais été bien étonnée que tu ne l'aies pas aimé!

      Supprimer
  7. Y'a pas grand monde dans ce bar. La chasse aux caribous devaient être ouverte.
    Et même pas une blonde pour lui offrir une bière.
    Tabarnak, c'est triste, à en retourner sur la banquise pour tirer le lagopède...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Justement, dans le roman que je viens de terminer, la fille rentre dans un caribou en auto. Ils doivent l'avoir empaillé pour la photo!

      Supprimer
  8. vendu ! il me le faut ! bien noir comme ça, je suis très tentée !!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Noir, très noir, mais avec une toute petite lueur d'espoir bien trouvée... Tu peux difficilement passer à côté!

      Supprimer
  9. Impossible de passer à coté, il va forcément me plaire !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Forcément, c'est le bon mot. Le contraire m'étonnerait grandement.

      Supprimer
  10. Réponses
    1. J'ai vraiment hâte que son deuxième roman soit traduit... J'espère qu'il sera de la même trempe que celui-ci.

      Supprimer
  11. je l'ai, mais pas encore lu !! que je suis contente d'avoir cette pépite à disposition :)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Un excellent moment de lecture en perspective... Les personnages sauront te toucher, chacun à leur manière. Impossible de rester insensible à ces destins cabossés.

      Supprimer
  12. Cette chronique (et les commentaires que je lis) me donnent vraiment envie également. Je n'avais pas entendu parler de ce livre, mais je pense qu'il aurait tout pour me plaire.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Cette histoire ne peut que te toucher. Une grande humanité s'en dégage, et malgré la noirceur, une belle lueur d'espoir transcende le tout. Un auteur à découvrir sans tarder!

      Supprimer

· archives ·

· visites ·