Niko · Dimitri Nasrallah

mardi, mai 31, 2016


Un nouveau roman publié aux éditions de La Peuplade, avec Daniel Grenier à la barre de la traduction? Je fonce les yeux fermés.

Niko vit avec son baba Antoine et sa mama Élise, enceinte jusqu'au cou, dans un petit appartement, à Beyrouth. Les temps sont durs. La guerre civile fait rage. Depuis que les écoles sont fermées, Niko s'ennuie et tourne en rond. La petite boutique d'équipement de photos de Baba a explosé il y a quelques semaines. Depuis, il passe ses journées avec son fils, à regarder Tom et Jerry à la télé. Lorsque mama meurt, victime d'un attentat à la voiture piégée, leur destin dégringole.

La peur au ventre et les multiples privations. Les bombardements et les tirs de mitraillettes. La situation devient trop dangereuse. Pour assurer un avenir à Niko, Antoine décide de couper ses racines et de partir. Il devient «plus sécuritaire de dormir dans la rue n'importe où dans le monde entier que d'essayer de se construire un avenir au Liban».

Aux côtés de Libanais fuyant la guerre, père et fils montent à bord d'un ferry pour Chypre. Après Chypre, il y aura la Turquie. Il y aura ensuite des îles grecques. Le quotidien s'écoule entre les visas, les permis de visiteurs et la recherche d'emploi. Yvonne, la belle-sœur d'Antoine, et son beau-frère Sami, vivent à Montréal. Ils sont prêts à accueillir et à prendre soin de Niko, en attendant... Après maintes hésitations, Antoine met son fils dans un avion. À l'aéroport d'Athènes, père et fils se séparent. Les efforts d'Antoine pour garder son fils auprès de lui sont vaincus. Chacun de leur côté, Niko et Antoine tenteront de faire leur chemin dans le monde.

Niko peine à trouver ses repères à Montréal, aux côtés de parents qu'il ne connaît pas. Le choc de la langue et l'hiver québécois lui donnent du fil à retordre. Les années passent. Déraciné et abandonné, Niko goûte à la petite délinquance. Sa vie tourne autour d'une attente jamais comblée: celle de l'arrivée d'un coup de téléphone de son baba. Mais les appels de son père se font de plus en plus rares. Jusqu'au silence complet.

Qu'est-il arrivé à Antoine? Père et fils se retrouveront-ils un jour? Quels souvenirs reviendront hanter son fils quand il sera plus vieux, et que pensera-t-il des choix faits par son père? Peut-être Niko va-t-il se rappeler son enfance à la manière d'un récit d'aventure, ou peut-être y trouvera-t-il les traces d'une tragédie.


Le premier roman traduit en français de Dimitri Nasrallah est d'une lucidité remarquable. Le ton est juste, plein de poésie et de délicatesse. L'énergie des mots y est forte, parce que sincère, jamais affectée. En plus de suivre le parcours d'Antoine et de Niko, la vie de la tante et de son mari, des Montréalais d'adoption, apporte un autre regard sur l'immigration. Comme quoi, la «vie facile» dans un nouveau pays n'est pas automatiquement gage de bonheur. La fin ouverte montre que la rédemption existe, quel que soit le fardeau que l'on porte. Il faut faire un grand ménage dans son passé pour aller de l'avant et se sentir enfin chez soi, quelque part.

Roman de l'exil et du déracinement, roman de la quête et de l'immigration, Niko apporte un autre éclairage sur le destin, souvent tragique, des migrants. Une belle découverte qui démontre, une fois de plus, à quel point La Peuplade a le nez fin pour dénicher des pépites.

Niko, Dimitri Nasrallah, La Peuplade, 408 pages, 2016.

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13 commentaires

  1. Ah, flûte, encore un livre qui me donne envie! Avec tout le retard que j'ai accumulé, j'ai presque envie que tu ne trouves que des navets!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! (Ohhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh, j'ai honte..... )

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    1. Ah ah! Tu n'as pas à avoir honte! Avant que La Peuplade arrive par chez vous, tu as le temps de reprendre ton retard!

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    2. Aaaahhhhh!!!! Je ne sais pas si c'est une bonne nouvelle ça... Parce qu'enfin, un roman 5 étoiles, je me laisse séduire illico presto!

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  2. et je rejoins Véronique !!!!!!!!! oh tu fais mal à mon porte-monnaie ! Bon il va direct dans ma whishlist ;-) (pour 2020 hihiihi..)

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    1. Achat d'été! Tu devras faire le plein de quelques romans des éditions de La Peuplade, toi!

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  3. Si tu publies tous les jours de billets avec de jolis bouquins,mon portefeuille va t'en vouloir...ou pas!!! :-)

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    1. Note, chère Fanny, que je ne publie pas tous les jours! Ça laisse quelques jours sans, histoire de renflouer le portefeuille!

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    2. Me voilà rassurée,n'empêche continue à me faire découvrir de si jolies pépited! ;-)

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    3. Oh! Mais j'y compte bien!
      Et un grand merci pour ces gentils mots!

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  4. Un sujet sensible en ce moment... Je note, j'aimerais beaucoup découvrir cette histoire!

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    1. Une très belle histoire, servie par une écriture tout en finesse. De beaux portraits d'hommes, aussi, et une relation père-fils difficile à oublier. Si tu as la chance de le trouver, n'hésite pas!

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