De bonnes nouvelles... et plus

lundi, juin 27, 2016


J'ai reçu dans ma boîte aux lettres ce fabuleux bouquin, identifié comme un incontournable à avoir dans ma bibliothèque. Pour les amoureux de nouvelles nord-américaines, ce recueil est indispensable. Et pour ceux que le genre tente moins, il est une belle occasion  et à petit prix – de s'introduire aux grands nouvellistes contemporains et de plonger dans leur univers.

21 nouvelles d'auteurs les plus emblématiques. 21 écrivains qui dessinent un portrait fort et sensible de la littérature nord-américaine d'aujourd’hui, de la sombre tendresse de Sherman Alexie au souffle narratif de Joseph Boyden, la grâce poétique de Charles D'Ambrosio ou la violence émotionnelle de Craig Davidson en passant par le réalisme magique de Louise Erdrich ou l'exubérance de Karen Russell. 21 textes qui prouvent définitivement que la nouvelle est loin d'être un genre mineur. Et c'est pour cela qu'il faut la fêter, la célébrer. Qu'il faut encourager les lecteurs à lire des recueils et à découvrir de jeunes auteurs. Car défendre la nouvelle, c'est défendre la littérature.




De fil en aiguille, et tant qu'à vironner autour des nouvelles, j'en ai profité pour mettre la main sur plusieurs recueils, dont les auteurs apparaissent, pour la plupart, dans 20 + 1. Ma rangée de bouquins publiés dans la collection «Terres d'Amérique» s'élargit à vue d'œil.


Rares sont les écrivains à avoir évoqué avec tant de puissance et de sincérité «l'autre visage» de l'Amérique. Les héros de Scott Wolven sont souvent des solitaires ou des fugitifs, et la route - un chemin de traverse du Nevada ou une allée forestière du Vermont - est leur domaine. Ce sont des hommes sur le fil du rasoir, partagés entre espoir et résignation, confrontés à la violence d'un monde où la vie ne tient pas à grand-chose. «Des vies en flammes» que Scott Wolven évoque d'une plume sobre et précise à travers ces récits d'une beauté lumineuse et hallucinante. 





Qu'elles se déroulent en pleine guerre du Viêt-nam ou dans les milieux universitaires de Nouvelle-Angleterre, qu'elles racontent le dernier et poignant combat d'un boxeur alcoolique ou les visions hallucinatoires d'un Américain égaré à Bombay et victime d'une crise d'épilepsie, les nouvelles de Thom Jones ont un impact presque physique sur le lecteur et participent d'une expérience qui ne ressemble à aucune autre. Cet écrivain singulier, à la voix intransigeante et rebelle, nous fait découvrir un univers violent et poétique, peuplé «d'abîmés de la vie» aux prises avec la découverte de leur fragilité.





Hélène Fournier est à la barre de la traduction de ce recueil. Si je vois Traduction: Hélène Fournier, j'achète! Je n'ai jamais été déçu par les livres qu'elle a traduits, sauf pour Les lumières de Central Park, mais ce n'était pas de sa faute! C'est avec les thèmes de Tom Barbash que ça n'a pas collé. Derrière la traduction de l'inoubliable Ballade pour Leroy de Willy Vlautin, c'est elle. 

Parmi les disparus a révélé un nouveau talent. Troublantes, belles et émouvantes, ces nouvelles explorent les fractures qui émaillent nos existences. Qu'il évoque les relations familiales, conjugales ou amicales, Dan Chaon restitue avec une grande sensibilité les sentiments et les pensées, parfois obscurs et contradictoires, que l'on se cache les uns aux autres par peur ou par amour.


Dire qu'avant de créer mon blogue, les nouvelles et moi ne faisions pas bon ménage. Manque de souffle, d'amplitude et de résonance. C'est l'impression qu'elles me laissaient. Mais il a suffit de quelques recueils marquants, inoubliables, pour que mon jugement parte en fumée.


Oh! Ça ne s'arrête pas là! J'en ajoute encore deux.


De Brady Udall, j'ai abandonné son polygame solitaire à mi-parcours. N'empêche, j'ai bien l'intention de lire un jour Le destin miraculeux d'Edgar Mint. Je me ferai d'abord les dents avec ses nouvelles.

Toutes situées dans de petites villes d'Utah et d'Arizona, les nouvelles de Brady Udall composent une oeuvre puissante, de celles qui éclairent des existences généralement délaissées. Leurs personnages s'y sentent souvent seuls, frustrés ou bien trahis par la vie et ils s'avèrent incapables de résoudre leurs problèmes. Mais même lorsque le désastre menace, le sens du comique de Brady Udall jaillit et les soutient dans leurs efforts parfois extravagants pour ne pas perdre pied. Imprévisible, drôle et d'une beauté étrange que vient renforcer une formidable énergie, ce livre marque l'entrée en littérature d'une surprenante nouvelle voix.


Je connais la Louise Erdrich romancière, mais non la nouvelliste. Parmi ses titres qui me faisaient de l'œil, j'ai craqué pour celle qui avait la couverture la plus rutilante!

Louise Erdrich possède ce talent très particulier qui consiste à distiller des vies entières en quelques pages, elle sait aussi donner l'épaisseur d'une tragédie ou d'une comédie à des histoires de famille que l'on pourrait sans cela presque trouver ordinaires. Elle parvient à donner à ces femmes et à ces hommes, à ces enfants et ces adultes, une dimension universelle et singulière, en explorant sans retenue et sans relâche ces émotions et ces sentiments qui nous rendent humains.



Et ça se poursuit avec quelques romans que j’avais à l'œil depuis un bout.


Après avoir lu Les saisons de solitude et Dans le grand cercle du monde, il me manquait Le chemin des âmes. Selon plusieurs, il s'agit de son œuvre la plus aboutie. À voir. Je compte aussi lire son recueil de nouvelles, Là-haut vers le Nord. Mais pour ce qui est des nouvelles, ça va faire pour le moment. La cour est pleine.

1919. Nord de l'Ontario. Niska, une vieille Indienne, attend sur un quai de gare le retour d'Elijah, un soldat qui a survécu à la guerre. L'homme qui descend du train est son neveu Xavier qu'elle croyait mort. Pendant trois jours, à bord du canoë qui les ramène chez eux, et tandis que sa tante essaie de le maintenir en vie, Xavier revit les heures sombres de son passé: l'engagement dans l'armée avec on meilleur ami et l'enfer des champs de bataille en France…


Il faudrait bien un jour que je concocte un billet sur Antonio Lobo Antunes. Expliquer pourquoi je vénère cet auteur portugais, dont l'œuvre est réputée inaccessible. Plusieurs ont tenté de s'y coller, sans succès. D'autres sont partis en courant après avoir lu quelques pages. Et moi, vaillante petite soldate, j'y reviens toujours! Parmi sa production romanesque (22 romans et 5 livres de chroniques), il ne m'en reste que 5 à lire, dont celui que je viens d'acheter. J'attends toujours d'être dans une période creuse pour lire Antunes, une de ces période où les abandons s'accumulent. Parce que lire un de ses romans équivaut, pour moi, à un coup de cœur garanti.

Modeste employée de librairie, mère célibataire à la vie précaire, Fatima devient contre toute attente la confidente d'une vieille femme richissime qui vit recluse dans une immense maison au bord de la mer, non loin de Lisbonne. Ne commandant des livres qu'à seule fin de recevoir sa visite, Madame impose à Fatima de s'asseoir à ses côtés pendant des heures pour l'écouter raconter sa vie. Elle s'attache en particulier à se remémorer l'ascension irrésistible de son père, qui lui inspire une haine ambiguë. Ne reculant devant aucune vile manoeuvre pour faire prospérer son empire industriel et financier, celui-ci aura su s'imposer comme un personnage de premier rang, recevant têtes couronnées et puissants de ce monde pour des dîners fastueux et des parties de tennis. Pendant la guerre, il fait commerce de wolfram, en louvoyant entre les Anglais et les Allemands. Il a l'oreille du dictateur (sénile), lequel facilite ses activités dans les colonies africaines. Incapable de la moindre humanité (du moins, en apparence), il consacre toute son énergie à mépriser sa fille, son épouse, ses petits-enfants, et semble entraîné dans une fuite en avant, désirant toujours plus de richesses, toujours plus de maîtresses, conquises avec la même avidité rapace, sans que son mal de vivre en soit aucunement atténué.


J'avais repéré Bois sauvage lors de sa parution chez Belfond. Si l'histoire avait tout pour m'intéresser, l'horrible couverture a fait en sorte que le titre est descendu tout en bas des livres à acheter. Sa parution en poche, avec une couverture plus à mon goût, a eu raison de moi. 

Bois Sauvage, Mississippi, en 2005. Depuis que sa mère est morte en couches, Esch, quatorze ans, s'occupe des hommes de sa famille: son père Claude, ses deux aînés, Randall et Skeetah, et Junior, le petit dernier. Esch a du mal à trouver sa place: elle couche avec les copains de ses frères pour leur faire plaisir mais c'est de Manny qu'elle est amoureuse. Et dont elle est enceinte. À qui le dire? Skeetah n'a d'yeux que pour China, son pitbull adoré qui vient d'avoir une portée de chiots; Randall s'entraîne pour le match de basket qui pourrait lui valoir une bourse sportive et Junior traîne dans ses pattes, en quête d'un peu d'attention. Quant à leur père, il tombe régulièrement dans la bière pour oublier qu'il est seul. Alors Esch se réfugie dans son livre favori, sur la mythologie grecque, et fait des rêves où sa mère prend les traits de Médée. Et les journaux annoncent l'arrivée imminente d'une tempête. Violence et tendresse rythment l'émouvante chronique familiale et sociale que nous livrent Jesmyn Ward et sa jeune narratrice adolescente. Bois Sauvage marque ainsi l'arrivée d'une nouvelle voix de la littérature américaine, à la fois lyrique et naturaliste, délicate et puissante, saluée d'emblée par le prestigieux National Book Award 2011.


Après la lecture de Vongozero, je voulais entamer illico Le lac La suite: introuvable. J'ai eu de grosses difficultés à mettre la main sur ce deuxième tome. Il était manquant dans les trois librairies visitées. Le voilà arrivé de nouveau sur les tablettes. Hop! dans mon sac.

Au terme d'une fuite angoissante à travers la Russie ravagée par un virus mortel, Anna et ses dix compagnons de fortune hommes, femmes, enfants ont atteint le but de leur périple: un cabanon sur le lac Vongozero, à la frontière finlandaise, un refuge sûr, coupé d'un monde devenu hostile. Contraints à l'immobilité, ils devront apprendre à vivre ensemble, malgré les tensions permanentes, malgré le froid polaire, malgré le manque de nourriture, le manque de ressources, le manque d'intimité. Le premier objectif est bien de passer l'hiver, terrible. Apprendre à pêcher sous la glace du lac, oser peut-être explorer les isbas désertées sur l'autre rive… Mais ensuite? Comment s'en sort-on, lorsqu'on est encore plus démuni pour la survie que pour la fuite?


Et une curiosité pour finir: le roman d'un auteur français. (Eh oui, même si elle se lit au compte-gouttes, il y a aussi de la littérature française par ici!) Plusieurs blogueurs de bon goût (!) ont été transporté par ce roman. Je l'ai trouvé à petit prix et j'ai succombé.

Une maison qui brûle à l'horizon; un homme, Duane, qui se met en danger pour venir en aide à un petit garçon qu'il connaît à peine; une femme, Mary Beth, serveuse dans un diner perdu en plein milieu de l'Indiana, forcée de faire à nouveau face à un passé qu'elle avait tenté de fuir; et un couple, Paul et Martha, pourtant sans histoires, qui laisseront, un soir de tempête, entrer chez eux un mal bien plus dévastateur. Qu'est-ce qui unit tous ces personnages? Quel secret inavoué les lie? Quelle menace, inscrite dans le titre même du livre, se devine entre les lignes de leurs destins, susceptible d'en influer le cours? Jérémy Fel nous livre ici un grand puzzle feuilletonesque à l'atmosphère énigmatique et troublante, entre Twin Peaks, Stephen King et Joyce Carol Oates.

Maintenant… ne reste plus qu'à lire!

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22 commentaires

  1. Lâchons les chiens ! Très bien (et le polygame aussi tu sais...)
    Tu as raison, Terres d'Amérique, chouette collection!

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    1. Je suis plongée dans le recueil "20 + 1" et j'arrive à la nouvelle tirée de "Lâchons les chiens". Bien hâte. Si je tombe sous le charme, je me laisserai sans doute re-tenter par "Le polygame solitaire"! Le titre en lui-même est un bijou!

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  2. "Les loups à leur porte" sont dans ma PAL :-) (trouvé pour quelques euros dans une librairie de seconde main, je n'ai pas résisté)

    En ce qui concerne les nouvelles, je suis comme toi (en tout cas ce tu en pensais au début) : manque d'amplitude... parfois incompréhensibles, pas assez pour que je m'identifie ou que je sois séduite... mais... mon cher et tendre raffole des nouvelles! Il a déjà essayé de me convertir mais je suis tenace.
    Avec celles que tu proposes, de 1: j'ai des cadeaux à offrir à Monsieur et de 2. tu pourrais peut-être me faire changer d'avis...Je suis presqu'attirée par celles de Thom Jones, de Louise Erdrich :-)

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    1. Moi aussi, j'ai trouvé "Les loups à leur porte" dans une librairie de seconde main!
      Pour Monsieur et pour toi, pourquoi ne pas tenter le recueil "20 + 1"? Il y en a pour tous les goûts. J'en suis au 3/4 et la variété de style et de thème te permettrait de te faire la dent. Tu notes les auteurs de tes nouvelles préférées et tu fonces sur leur recueil.

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    2. C'est vrai que ça peut être pas mal ce recueil!
      Il est noté!

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  3. Comme toi, je suis toqué de (bonnes) nouvelles. Le recueil de Terres d'Amérique me tente diablement mais est-ce qu'il s'agit de nouvelles inédites ?

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    1. Pas de nouvelles inédites, sauf une, d'un auteur à paraître en 2017 chez Albin Michel.
      Tu as lu tous ces auteurs?

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    2. Pas tous, non mais après décompte rapide, au moins 10, dont certains à travers des nouvelles, justement (Alexie, Boyden, Poissantn Udall...). Du coup, je crains les "doublons".

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    3. Oui, j'avoue que ça fait beaucoup de doublons... Malgré le petit prix du recueil, je doute que ça vaille la peine. Une fois lu au complet (j'en suis au 3/4), je te dirais si ça vaut vraiment la peine.

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    4. Merci, c'est gentil... du coup, j'ai hâte de savoir ;-) !!!!

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  4. Le chemin des âmes me tente assez... Mais toujours le même constat en ce moment: pas le temps de lire!!! Comment faire?

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    1. Ouvre un Boyden et le temps suivra! Sans blague, c'est déprimant de manquer à ce point de temps pour lire. J'espère que tu auras des vacances qui te permettront de reprendre le temps perdu.

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  5. Moi non plus je n'étais pas forcément adepte des nouvelles, mais je les apprécie de plus en plus... Merci pour tes indications & conseils ! et ce recueil de nouvelles américaines a l'air vraiment sympa :)
    j'avais trouvé intéressant "Les Loups à leur Porte" même si j'avais quand même des bémols à son sujet, j'espère qu'il te plaira!

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    1. Ce recueil de nouvelles américaines est génial. Il permet de faire un bon tour d'horizon des nouvellistes américains contemporains. À la fin, une courte biographie des auteurs et de leurs publications permet d'en apprendre davantage. Beau-bon-pas cher! Un indispensable!
      Pour "Les Loups à leur Porte", j'ai bien hâte de voir.

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  6. ah quelle pêche ! tu ne m'as attendue pour aller faire exploser ton portefeuille ? bon que des bonnes pioches ! surtout que tu sais que J'ADORE LES NOUVELLES donc là j'ai noté, noté, noté !
    bon je te conseille - même si ton panier est plein, Là-haut vers le Nord de Boyden !

    est-ce que Bruce est à l'origine de ce regain pour ce genre ??

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    1. Je vais casser mon cochon à ton arrivée pour un nouveau tour des librairies d'occasion!
      "Là-haut vers le Nord" est noté depuis un bout. J'attends de le trouver.
      Bruce n'est pas à l'origine. Ça date d'avant. Mais sa découverte confirme à quel point je suis de plus en plus friande du genre.

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  7. Très alléchant ce recueil ! Je ne connaissais pas non plus les nouvelles de Louise Erdrich, je suis très curieuse de les découvrir. Et j'avais beaucoup aimé "Là-haut vers le Nord" de Boyden ; idem pour "Le destin miraculeux d'Edgar Mint" de Udall. "Terres d'Amérique" est une précieuse collection. Ravie de la publication de ce recueil !

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    1. Heureuse de voir que tu es aussi une friande de nouvelles. Nous sommes une espèce rare!
      Je garde l'oeil ouvert pour trouver "Le destin miraculeux d'Edgar Mint" en librairie d'occasion.

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  8. La collection Terres d'Amérique c'est du top !

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  9. Je ne suis pas fan de recueil de nouvelles mais tu vas finir par me convaincre à force !! Je ne sais même plus par quoi commencer tellement il y'en a qui me font de l’œil dans la liste !
    Merci pour ces découvertes !

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