Éclipses japonaises · Éric Faye

dimanche, août 28, 2016


Des les années 1970, des dizaines, voire des centaines de personnes – surtout des Japonais, mais aussi des Européens – ont été enlevées et amenées à Pyongyang. Les personnes kidnappées devaient enseigner leur langue maternelle et les coutumes de leur pays aux futurs espions nord-coréens. D'autres recevaient un enseignement pour devenir eux-mêmes des espions.

Les faits sont avérés. Éric Faye s'en est emparé pour créer un roman choral où plusieurs destins se croisent et s'entrecroisent. Parmi ces destins, il y a entre autres celui d'un caporal américain, celui d'une collégienne japonaise de treize ans, celui d'un archéologue japonais, celui d'une future infirmière japonaiseRapidement, les autorités japonaises baissent les bras. Les affaires sont classées et les familles abandonnées à leur sort. On cesse de parler des disparus.

La première partie du roman présente plusieurs cas de disparition survenue dans les années 1970. La deuxième porte plus précisément sur certains de ces cas. Dans la troisième partie, le mystère commence à se dissiper grâce à un fonctionnaire des services de renseignement japonais chargé de visionner des films de propagande nord-coréens. L'apparition, dans un de ces films, d'un Américain qui joue le rôle du méchant Américain soulève des doutes. Une enquête commence. Vingt-cinq ans plus tard, un journaliste ressort l'affaire… Les Japonais enlevés commencent à réapparaître.


Sans la générosité d'une de mes bonnes fées, je n'aurais jamais lu ce roman d'Éric Faye et mon ignorance de cet épisode méconnu de l'Histoire aurait été complète. Si les faits racontés dans Éclipses japonaises sont passionnants, leur agencement m'a semblé décousu, tarabiscoté. Le style d'Éric Faye est trop lisse et factuel à mon goût, ce qui empêche l'émotion de passer.

Éric Faye s'est bien documenté. Il a brodé, fictionnalisé autour de ces personnes kidnappées. Son roman m'a appris, m'a donné à voir, mais ne m'a jamais donné à comprendre. Il manque de chair autour de l'os... Une fois le roman terminé, tout de même intriguée, j'ai fait une petite recherche et suis tombée sur un article d'Ursula Gauthier publié dans le Nouvel Observateur. Là, j'ai pu comprendre dans le détail le pourquoi du comment!

Et plus succinctement, dans Le Figaro:

Lorsqu'en 1953 la Corée a été coupée en deux, au niveau du 38e parallèle, après une guerre meurtrière, aucun armistice n'a été signé. La Corée du Nord est restée en état de guerre virtuelle avec celle du Sud, le Japon et les États-Unis, en cultivant sa singularité sur le terreau d'une hystérie guerrière, en se fossilisant en une gigantesque secte de 23 millions d'habitants. Tous les contacts avec le monde extérieur étaient coupés, l'URSS et la Chine s'étaient érigés en «protecteurs» de ce régime dantesque. En 1976, KimJong-il, le «prince héritier» de Kim Il-sung, décidait de moderniser ses services d'espionnage: il lui fallait des professeurs de langues étrangères, pour que ses espions puissent se fondre dans le paysage qui avait tant changé, en Occident. Les Nord-Coréens enlevèrent donc à tour de bras, au hasard, des femmes, des enfants, des couples, une mère et sa fille revenant de faire leurs courses… François Hauter, «Les captives étrangères de la Corée du Nord», 21 avril 2008.

Par ailleurs, peu familière avec de la culture asiatique, je me suis emmêlée les pinceaux à plusieurs reprises avec le nom des personnages. Qui parle? C'est qui lui, déjà? C'était quoi son histoire? Je me suis aussi perdue dans le temps: on est rendu en quelle année, là? Bref, c'était ardu, alors que j'avais vraiment envie que ça ne le soit pas! 

Éclipses japonaises, Éric Faye, Seuil, 240 pages, 2016.
© Jérémie Souteyrat

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24 commentaires

  1. Zut il était dans ma liste de rentrée, celui-ci. Le thème est passionnant pourtant. Je vais attendre qu'il arrive à la bibliothèque.

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    1. Et moi, je suis curieuse d'avoir ton avis.
      Oui, le thème est passionnant, mais son exploitation m'a laissée sur ma faim. N'empêche qu'à l'avoir lu, je me coucherai moins niaiseuse!

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  2. J'avais bien aimé "Il faut tenter de vivre" paru l'an dernier chez Stock, mais celui-là me tente moins.

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    1. Je viens tout juste d'aller lire ton billet. J'en retiens, notamment: «manière journalistique, se pose en observateur». C'est pareil ici, mais peut-être en plus détaché.
      Enfin, on dirait ben que ce n'est pas un auteur pour moi!

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  3. le livre ne me tente pas, mais j'ai lu l'article dont tu donnes le lien, et cette histoire est complètement dingue!! je comprends qu'on ait envie d'en faire un roman...

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    1. C'est vrai que la matière romanesque est fascinante. Dommage que son exploitation ne m'ait pas convaincue.

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  4. Ah, c'est pile le genre de livre que j'aime. Le sujet me passionne. Et j'avais bien aimé le Nagasaki du même auteur. Je pense que je vais me laisser tenter quand même, car comme tu le sais peut-être, mon auteur préférée est japonaise (Yoko Ogawa), ce qui me familiarise un peu plus que toi peut-être avec les noms japonais et la culture asiatique.

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    1. Et moi qui pensais t'éviter une envie. Pas de chance! Avec les raisons que tu invoques, j'avoue qu'il est difficile de passer son chemin. À ta place, je serais aussi tentée.

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  5. Je vais me jeter sur l'article - je n'en apprendrai pas plus avec le livre et vu tes bémols concernant son écriture, il n'est pas pour moi donc OUI JE SUIS FIERE DE DIRE QUE JE PASSE MON TOUR !
    et sinon, tu avais eu un abandon, avant ? tu en parleras ?

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    1. Je comprends ta fierté! Pour l'abandon, c'est un roman québécois qui me faisait beaucoup envie. Mais les invraisemblances et les hasards forcés ont eu raison de ma patience!

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    2. zut zut ! mais c'est bien de ne pas "forcer" - car la moisson cette année a l'air excellente !

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    3. C'est bien ce que je me dis! J'ai l'impression que ce sera une très grosse année, avec ses coups de coeur assurés et ses multiples tentations...

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  6. Je crois que je me laisserai quand même tenter, la médiathèque que je fréquente l'a commandé et j'ai un faible pour le Japon. Surtout, je suis très très curieuse de lire comment il s'est approprié un tel sujet! Merci pour le lien, hyper intéressant, on est en pleine fiction!

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    1. Ah! Célina, je suis curieuse de voir quelle lecture tu en feras.

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  7. Dommage, j'aime beaucoup cet auteur et ce roman là me tente beaucoup...!

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    1. Déjà, si tu aimes l'auteur... Tu as plus de chance d'être emballée que moi. C'était une première incursion. Le thème reste fascinant et je ne regrette pas de l'avoir lu, malgré tout!

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  8. Il faut bien quelques déception de temps en temps. J'ai lu une fois cet auteur et j'en garde un bon souvenir. A voir...

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    1. Tu as raison, on ne peut pas avoir que des coups de coeur, ça deviendrait louche!

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  9. je commencerai par Nagasaki pour faire connaissance avec cet auteur

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    1. Bonne idée, ça. Je serai curieuse de te lire. Le sujet m'intéresse...

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  10. Je suis d'accord avec toi: le thème est passionnant mais pas totalement maîtrisé.

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  11. Un auteur que je n'ai encore pas découvert.

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    1. Plusieurs l'apprécie... Pour ma part, je n'ai pas trop envie de récidiver!

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