Pierres enchantées · Rodrigo Rey Rosa

lundi, septembre 05, 2016

La couverture m'a fait de l'œil. La quatrième de couverture aussi. Un court préambule m'a mise en appétit.
Guatemala. Amérique centrale. Le pays le plus beau, les gens les plus laids. Guatemala. La petite république où la peine de mort n'a jamais été abolie, où le lynchage a été la seule manifestation d'organisation sociale qui ait perduré.
Guatemala: une société gangrénée, corrompue, une société du chacun pour soi, où l'on ne peut faire confiance à personne. «N'importe lequel de vos amis ou n'importe laquelle de vos connaissances était ou pouvait être un indic.»
C'est à Ciudad de Guatemala que le grand flanc mou de Joaquín est tiré d'un rêve profond et confus par Armando, son dealer. Ce dernier vient de renverser un gamin de sept ans. Par peur du lynchage, il ne s'est pas arrêté. Délit de fuite. Il consulte Franco Vallina, un avocat véreux à qui l'on ne donnerait pas le bon Dieu sans confession. Un conseil: rentrer dans son patelin, ni vu ni connu, et inventer un mensonge au besoin. Joaquín, devenu complice involontaire, doit faire profil bas et se la fermer. Il se retrouve rapidement avec un détective sur les talons, engagé par la mère adoptive du gamin (non par amour pour son fils, mais pour une question de collecte d'assurances). Le père adoptif de l'enfant, lui, serait prêt à tout pour éponger ses dettes. Un soir de beuverie, Joaquín craque et s'ouvre la trappe: il raconte tout à Elena, sa cousine journaliste dont il est amoureux. Pendant ce temps, le détective fait s'évader l'enfant de l'hôpital (et moi qui pensais qu'il était mort…) avant de l'abandonner sur un banc de parc, au milieu des bandes de gamins, les «pierres enchantées» du titre. Et s'il ne s'agissait pas d'un accident? Et si c'était un coup monté?
Que j'ai eu du mal avec ce roman… Un mal de chien. Je suis passée à deux cheveux de l'abandonner. Tout du long, j'ai été incapable de me débarrasser de cette impression de froideur extrême, de mépris sous-jacent pour ce lieu et ses personnages. Les mots de Rodrigo Rey Rosa conspiraient pour que je ne puisse m'attacher à aucun de ses personnages.
Les personnages sont tous plus haïssables, antipathiques les uns que les autres. Impossible d'éprouver la moindre empathie pour eux. À travers un style sec et nerveux, Rodrigo Rey Rosa ne témoigne d'aucune bienveillance ou humanité à leur égard. Sans parler de leur manque d'épaisseur… Esquissés à la va-vite, vidés de leur contenu, ils pointent le bout de leur nez et s'évaporent – presque – aussitôt.
Les parts d'ombre sont nombreuses. Je n'ai pas compris pourquoi l'enfant adopté était Belge (traffic d'enfants?). D'où il sort, ce petit Belge? Au final, a-t-il été victime d'un accident ou d'un coup monté? Ben, j'en sais rien. Et bien malin celui qui éclairera ma lanterne!
Cette plongée crue et à vif dans la société guatémaltèque me laisse un goût amer. Une visite touristique sur les chapeaux de roues, qui manque cruellement de sentiments et d'émotions. C'est trop tout noir pour moi. Ça manque de gris et de nuances. Dommage... 
Pierres enchantées, Rodrigo Rey Rosa, Folio, 144 pages, 2014.

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10 commentaires

  1. J'avais été surprise de te voir lire un roman guatémaltèque et je vois que le résultat est un coup de dent ! Mais tes explications m'auraient aussi rendu dingue ! Des personnages vides, un enfant belge adopté par des Guatémaltèques ? J'ai entendu souvent le contraire.. car il y a pas mal d'enfants dans les orphelinats. Et il n'est pas mort ? et pourtant tu l'as lu jusqu'au bout ? tu es bien courageuse ! bon je peux donc le dire avec fierté : je passe mon chemin !!!! youpi

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    1. Avec 144 petites pages, oui, je me suis rendue jusqu'au bout. La fin n'a rien éclaircie, d'où mon exaspération. Soit que je n'ai pas compris grand chose, soit qu'il n'y a rien à comprendre!

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  2. Heureusement que ce n'était pas un pavé !

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    1. Tu l'as dit! Je n'aurais pas tenu, c'est certain.

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  3. La couverture est attirante, le titre aussi. Tout comme la destination. Même le petit belge... Pourquoi pas, alors ? On doit bien trouver des bières belges à l'autre bout du monde, alors des petits enfants, ça ne me surprend plus :D

    S'ouvrir la trappe ! Je le note dans un coin de ma tête :)

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    1. Tout me plaisait. Mais cette idée aussi de lancer des trucs et le laisser dans le nébuleux. On dirait que j'ai de la misère avec le mystère.
      C'est un auteur très connu et très apprécié, pourtant.

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  4. Eh bien, c'est pas au Guatemala que j'irai passer mes prochaines vacances :-) )
    Je te comprends : quand c'est trop noir, aucune empathie, j'ai aussi du mal

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    1. J'aime beaucoup la noirceur et les «romans de cabossés», dans la mesure où ils sont accompagnés d'un minimum d'empathie et d'humanité. Ne pas sentir que l'auteur juge ses personnages - ce que j'ai eu l'impression ici. Et je pense que c'est la première fois que ça m'arrive. Bref, je n'ai pas du tout aimé l'expérience!

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  5. Mouais, heu non... ;-)
    C'est bien que tu sois allée jusqu'au bout, juste pour être certaine de ne plus le lire et de pouvoir l'abandonner sur un banc public... :-D

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    1. Fière de m'être rendue à la fin, mais au final, ne reste que la frustration et l'incompréhension. Au suivant!

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