Butcher's crossing · John Williams

mardi, novembre 22, 2016


En 1873, Will Andrews a vingt-trois ans. Issu d’une bonne famille, il mène une vie paisible à Boston. Las de ses études à Harvard, inspiré par Emerson selon qui le contact avec la nature fait ressortir le meilleur de soi, une soif de liberté et une quête de son «moi immuable» s’emparent de lui. Il réunit un petit pécule, monte en scelle et se rend à Butcher's Crossing, dans le Kansas, à la recherche de J.D. McDonald. Cet homme d’affaires prospère, qui fait le commerce des peaux de bisons, le met en contact avec Miller, un chasseur chevronné. Will veut participer à une expédition de chasse. Il sort son magot et finance le projet.

Le problème, c'est que les bisons sont de plus en plus rares, ayant été pratiquement tous exterminés. Selon Miller, il en resterait un dernier troupeau caché au creux d’une vallée dans les Rocheuses du Colorado. Lui seul connaît son emplacement. L’expédition s’organise. Pendant que Miller rassemble le matériel et recrute un écorcheur de peau, Will fait la connaissance de Francine, une prostituée qui s’entiche de lui.

Lorsque tout est prêt, Will, Miller et son bras droit manchot Charley Hoge, ainsi que Fred Schneider, l'écorcheur grincheux et bourru, se mettent en route. Le voyage est parsemé d’embûches. L’odyssée se révèle périlleuse. L’entêtement de Miller à vouloir abattre tous les bisons met en péril la survie du groupe. Chacun perdra des plumes au cours de cette folle expédition. L’un d’entre eux fera plus qu'en perdre: c'est la vie qu'il perdra. Presqu'un an s’est écoulé lors de leur retour à Butcher's Crossing. La ville est en décrépitude, à l’abandon. Presqu’une ville fantôme.


- Mais qu’est-ce qui a pu se passer en un an? - Vous vous souvenez du castor? Vous chassiez bien ces bêtes-là, avant? Quand ils ont arrêté de porter des chapeaux en castor, impossible de refourguer les peaux, même pas è l’œil. Eh bien! On dirait que tous ceux qui voulaient leur manteau en bison ont fini par l’obtenir, et plus personne n’en réclame. Pourquoi ils les voulaient au départ, ça, je n’en sais rien; on ne peut jamais vraiment se débarrasser de la puanteur. - Mais en à peine un an... McDonald haussa les épaules. - Ça nous pendait au nez. Si j’avais été sur la côte est, je l’aurais vu venir. Attendez quatre ou cinq ans, peut-être que vous trouverez quoi faire avec le cuir. 


Will a «traversé la moitié du continent à la rencontre d’une contrée sauvage où il rêvait, comme dans une vision, de trouver son moi immuable. Il reconnaissait désormais, presque sans regret, l’orgueil qui était à l’origine de ses passions». Will n’a peut-être pas trouvé ce qu’il cherchait, mais nul doute que cette expédition l’a transformé à jamais.


Ce roman de John Williams m’a fait envie dès que j’ai aperçu sa couverture. Ma lecture de Butcher’s Crossing n’a pas été sans heurts. Si l’arrivée de Will à Butcher’s Crossing et le départ du groupe m’ont emballée, l’ennui s’est immiscé pendant l’expédition. Je me suis endormie, décidée à abandonner le roman. Mais au réveil, le lendemain, je me suis demandé en ouvrant les yeux où Will et sa gang en étaient rendus. Que Will et ses coéquipiers me manquent, c’était donc de bon augure. J’ai repris le roman le soir et ne l’ai plus lâché avant d’avoir tourné la dernière page. J’aurais fait une grave erreur de l’abandonner.

Plus que les personnages - assez pittoresques, merci -, ce qui m’a le plus fascinée dans Butcher’s Crossing, c’est la force implacable de la nature et combien les personnages sont à sa merci. Les mots de John Williams ont un pouvoir d'évocation grandiose: j’ai senti la poussière me brûler les yeux, le froid m’engourdir, j’ai eu la gorge sèche, j'ai humé l’odeur de l’herbe et de la viande de bison en décomposition. Bref, j'y étais! La scène où les personnages se retrouvent pris dans un blizzard est époustouflante: pris au piège sous cinq pieds de neige pendant trois jours, sans nourriture, sans eau, blottis dans des peaux de bisons, attendant que la nature finisse de se déchaîner... 

Si le rythme du roman est lent, il reproduit bien la langueur du temps qui s’égoutte et l’énergie requise pour traverser ces immenses distances. Un roman rude, violent sur un épisode crépusculaire et sanglant de l’Histoire. À la fois triste et vivifiant. Une expérience à vivre, enfoui bien au chaud sous la couette!

Butcher's Crossing, John Williams, Piranha, 304 pages, 2016.

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22 commentaires

  1. J'adore la couverture et je pense que cette lecture pourrait me plaire, je note !

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    1. Tu fais bien de le noter! Si tu aimes les aventures épiques et les grands espaces, si tu n'as pas peur du froid et de la poussière, ce roman est fait pour toi.

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  2. Plus je lis d'avis et plus je me dis qu'il me conviendrait, et ce malgré la lenteur dont tu parles.

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    1. J'ai aimé la lenteur, ce sont les quelques petites longueurs qui m'ont déplue. Mais je suis vite remontée en scelle. Après une bonne nuit de sommeil, j'avais hâte de m'y remettre. Fonce, Jérôme! Tu ne seras pas insensible à cette atmosphère ténébreuse.

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  3. ha ha ! toi aussi tu as ressenti le froid gelé tes doigts ? l'odeur de la neige, ou du sang ?! quel sacré bouquin même si l'auteur reste en retrait de ses personnages (très western) il réussit à nous les rendre attachants.
    Tu as abandonné Stoner ?? pourquoi ???

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    1. Oui, un sacré bouquin. Et je ne regrette pas une miette de l'avoir repris après ma nuit de doute! En ouvrant les yeux le matin, je m'ennuyais des personnages...
      J'ai abandonné "Stoner" parce que... je ne m'en souviens même plus! Ça fait un bout. J'ai presqu'envie de retenter le coup. Si je le trouve d'occasion, je mettrai la main dessus. Tu comptes bien le lire?

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    2. parce que Nelfe a adoré Stoner comme beaucoup - et tu as oublié ? j'aime bien le fait que tu ne te forces pas et abandonne le livre, moi j'ai encore un sentiment de culpabilité mais tu vois parfois ça paie d'insister comme pour Butcher's crossing - certains livres, je suis d'accord mettent 50 ou 80 pages avant de devenir intéressant ..
      Bref, je me perds, oui je veux le lire! Une LC ? tu serais prête à retenter le coup ?

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    3. Mais Electra, je n'ai jamais lu "Stoner" ^^
      Maintenant c'est Anna Gavalda qui l'a traduit alors je veux bien tenter (en plus j'ai adoré "Butcher's crossing") ! Si vous faites une LC, dites moi ! ;)

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    4. La bourde! Je n'ai jamais lu "Stoner"! J'ai confondu avec "Karoo" de Steve Tesich.
      Ça n'a rien à voir! Du coup, après lecture d'avis sur "Stoner", je suis plus que tentée!

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  4. Euh bien que j'ai beaucoup, beaucoup aimé ''Stoner'' je ne sais si je lirai celui-ci par contre.

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    1. Il faut faire des choix, n'est-ce pas ma chère?
      Je viens tout juste d'aller lire ton billet sur "Stoner". Tes mots sont convaincants et l'extrait choisi donne vraiment envie. Je le note!

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  5. Les bisons se font rares... mais ceux qui restent...

    Je me laisserai bien tenter par celui-là, juste à voir la couverture. Mais aussi pour me laisser prendre dans le blizzard, également.

    Stoner ?! Tiens mais je l'ai dans ma PAL depuis quelques mois. Il va falloir que je m'y mettes également...

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    1. Oh, J'aurais vraiment envie de lire ta prose endiablée sur ce roman. Je sens qu'il t'inspirerait beaucoup. Une lecture que tu te devrais d'accompagner d'un bon, très bon whisky (sûrement meilleur que celui que boivent les personnages...)

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    2. Il me reste encore du Crown Royal ! :D

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    3. Calisse... c'est l'accompagnement parfait. Ne te reste plus qu'à monter en scelle.

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    4. Je viens de mettre la main sur "Stoner". Il me faisait de l'oeil dans une bouquinerie et comme je suis faible, je n'ai pas résisté.

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  6. C'est vrai que c'est assez lent mais la lenteur contribue à l'histoire et le lecteur est au plus près du rythme de l'expédition. Tu le sais, j'ai beaucoup aimé et je retenterai l'expérience John Williams avec plaisir :)

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    1. Pertinent commentaire: c'est vrai que la lenteur suit le rythme de l'intrigue. On a l'impression d'avancer au même rythme que les personnages. Je suis contente d'avoir persévéré. Ça en valait la peine. J'ai aussi envie de retenter le coup avec John Williams, d'autant plus qu'il parait que ses autres romans sont très différents. Je suis curieuse de découvrir toute l'étendue de son talent.

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  7. J'étais indécis et donc je le reste.

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    1. Je t'avoue que je suis étonnée venant de toi! Pourquoi?

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  8. Je ne sais pas,la lenteur dont tu parles peut-être ou une lassitude vis à vis du nature writing.

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    1. Pour la lenteur, je peux comprendre. En même temps, elle épouse parfaitement le parcours des personnages. Mais il arrive que la lenteur m'exaspère royalement, comme avec "Le revenant" de Michael Punke.
      On peut se lasser du nature writing? J'imagine que oui. Je suis encore trop néophyte dans le genre pour être lassée.

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