La vengeance des mères · Jim Fergus

jeudi, décembre 15, 2016


Les Blancs, c’est comme une invasion de sauterelles, ils vont vous infester ce pays en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. Vous savez pourquoi ils massacrent les bisons? Vous le savez bien, hein? Ils leur tirent dessus depuis les trains et ils les laissent pourrir sur place. […] Achever ce qui reste des tribus, leur prendre leur gagne-pain, le bison, puisque c’est tout pour eux, qu’il suffit à tous leurs besoins. Qu’est-ce qu’il va leur rester? Rien. Ils ne pourront plus se nourrir.

J’ai lu La vengeance des mères très peu de temps après avoir dévoré Mille femmes blanches. Forcément, je craignais la redite. Mais non! Jim Fergus a su se renouveler.

Le deuxième tome de la trilogie débute là où s’arrête Mille femmes blanches. En mars 1876, le massacre vient d'avoir lieu: le village cheyenne de Little Wolf a été démantelé et ses habitants sauvagement tués. Le grand chef a amené les quelques survivants au village de Crazy Horse, un chef Lakotas. Parmi la petite poignée de survivants se trouvent les jumelles Margaret et Susan Kelly, les deux irlandaises présentes dans le premier tome. Leurs maris ayant été tué pendant l’assaut et leurs bébés morts de froid, elles n'aspirent qu'à se venger. Pas question pour elles de rejoindre la «civilisation».

Un nouveau contingent de femmes blanches débarque au camp de Crazy Horse. Les nouvelles recrues viennent de partout. Molly McGill, une ancienne enseignante condamnée pour meurtre, une aristocrate anglaise et sa domestique, une jeune Française, une Norvégienne et une Mexicaine. Ensemble, ces femmes s'unissent à leur peuple d'adoption pour faire face à l'armée américaine qui, chaque jour, gagne du terrain. La guerre, imminente, se prépare. Les soldats menés par Crook et Custer sont en route. L’affront entre les Cheyennes et les Blancs est inévitable et l’issue... malheureusement trop prévisible.


Pourquoi changer une recette gagnante? Jim Fergus utilise les mêmes ingrédients que dans Mille femmes blanches: les carnets, une constellation de personnages forts et pittoresques, de l'action et de l'émotion. Les carnets de Meggie Kelly et de Molly McGill forment la trame du roman. Leurs voix, distinctes et bien perchées, alternent pour raconter leur périple.

La prose de Jim Fergus m’est apparue plus vibrante que dans Mille femmes blanches. Sans doute est-ce dû aux langues bien pendues de la jumelle Kelly et de la nouvelle recrue. Faut dire qu’elles n’ont pas la langue dans leur poche! Si un seul point de vue, celui de May Dodd, était présent dans le premier tome, le fait qu’il y en ait deux ici décuple la richesse du propos. L’intégration au sein d’une tribu cheyenne était au cœur de Mille femmes blanches. Ici, la dimension sociologique s’efface pour laisser place à la guerre et aux affrontements, avec tout ce qui se dissimule derrière (ressentiment, chagrin, colère, vengeance, deuil).

J'avoue ne pas avoir éprouvé le même enthousiasme envers ce deuxième tome. Si Mille femmes blanches déployait une palette de couleurs chatoyantes, celle de La vengeance des mères m'apparaît un peu plus délavée, moins vibrante. Outre quelques ficelles qui dépassent et quelques longueurs, le roman m’a tout de même tenue en haleine du début à la fin. Impossible de se lasser ni de rester de marbre devant ces destins marqués au fer rouge. Ce qui me fascine le plus, dans ces deux romans, c’est de découvrir à quel point des femmes mises au ban de la société se retrouvent, au milieu des «sauvages», libres, épanouies et fières.  

Ne reste plus qu’à patienter pour voir ce que donnera le troisième et dernier tome, celui qui viendra clore cette fascinante épopée.

La vengeance des mères, Jim Fergus, trad. Jean-Luc Piningre, Cherche-midi, 396 pages, 2016.

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20 commentaires

  1. Bon, il faut déjà que le Père Noël fasse son boulot et dépose ces livres au pied de mon sapin ! mais hâte de le découvrir :-)

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    1. "Mille femmes blanches" d'abord, hein!
      Je suis très curieuse d'avoir ton avis. Je sens quelques réserves, mais je peux me tromper (comme je me suis trompée pour "Station Eleven"!)

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  2. Il existe dans mes deux biblis, mais toujours sortis. patience!

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    1. Tu as d'abord lu "Mille femmes blanches"? Je ne me souviens pas d'avoir lu un billet chez toi... Ou l'ai-je manqué?

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    2. Oh je l'ai lu ... bien longtemps avant blog!

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    3. Il me semblait bien, aussi, que tu ne pouvais pas avoir passé à côté!

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  3. Les Blancs, c'est comme une invasion de sauterelles...
    Tout est dit ou presque avec cette première phrase.
    Je pense que je lirai également, quand on a lu Mille femmes blanches, on ne peut que continuer sur cette lancée, même si ce nouveau roman t'es apparu moins coloré, la faute à cette peau de bête si blanche, tueuse de bête :D...

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    1. Je pense que les récits de ces deux femmes ne peuvent que tu plaire. Elles ont du chien, j'te l'dis, moé.
      Et après "Mille femmes blanches", comme tu le dis, on ne peut que poursuivre...

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  4. Lecture prévue pendant les vacances de Noël!

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    1. Tiens, je ne suis pas surprise! J'ai hâte de voir si tu retrouveras la même magie qu'avec "Mille femmes blanches". Peut-être pas autant, mais je vois bien, tout de même, une petite pluie d'étoiles sur ton blogue!

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  5. Un peu moins ''saisissant'' que Mille femmes blanches mais à découvrir tout de même.

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    1. Oh oui, à découvrir absolument. Les deux tomes me semblent difficilement séparables (et, éventuellement le troisième tome itou)! Une saga à part entière.

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  6. Voilà lu et aimé évidemment !Un peu moins de magie que MILLE FEMMES BLANCHES mais c'était mon premier JIM FERGUS et les premières fois marquent toujours un peu plus non :)....Plus de scènes de guerre c'est peut être ça qui m' fait un peu moins adoré mais c'est la faute des Blancs !! si ils laissaient un peu tranquilles nos sauvages au milieu de leurs plaines hein ?? bonne lecture MYMY

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    1. Tu as tout à fait raison: les premières fois marquent! Oui, plus de magie dans Mille femmes blanches. Mais au final, le bilan est le même: les Blancs sont des salauds!!!

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  7. Petite question : toi qui vit sur le continent américain aurais tu le nom de la version américaine du livre, je l'ai conseillé à une amie britannique mais impossible de le trouvé en English version ?? il n'existe pas ?? merci pour ta réponse MARIE CLAUDE. Belles lectures MYMY

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    1. D'après mes recherches, la version anglaise n'existe pas (encore). Et j'en suis vraiment étonnée.

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    2. merci pour ta réponse !! effectivement c'est très étonnant ?? pourtant le livre est traduit de l'américain ...Bizarre !merci pour la recherche.MYMY

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    3. Je ne peux qu'en déduire que le besoin de le voir paraître en français était plus important. Les lecteurs américains sont peut-être moins pressés de lire cette suite?!

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  8. Le père Noel ne passe que mercredi soir chez moi j'ai encore l'espoir qu'il soit au pied du sapin !

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    1. Il termine sa tournée par chez toi?!
      Garde espoir!

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