Profession libraire

jeudi, février 16, 2017


J’échangeais avec Lizalo sur Instagram. En évoquant nos libraires préférés, elle a évoqué David, son «pusher de livres», disant de lui: «C’est le meilleur en ville pour dénicher des livres extraordinaires.» Évidemment, j’étais curieuse d’en apprendre plus sur ce dénicheur de pépites. Voici donc un troisième rendez-vous Profession libraire.

Passionné de littérature, mais également mélomane et amateur de vins de soif, David Cantin considère que le livre doit, de plus en plus, trouver sa place sur les réseaux sociaux. Ancien correspondant culturel à Québec pour Le Devoir, il écrit présentement pour le site Music Is My Sanctuary. Il s’improvise aussi parfois DJ dans le cadre des Soirées Textures. On peut le suivre sur Facebook et Instagram, ou lui rendre visite à la Coop Zone de l’Université Laval.


LE LIBRAIRE

Par quel(s) chemin(s) es-tu devenu libraire?
Après cinq ans comme pigiste en culture au journal Le Devoir, j’avais besoin de quelque chose d’un peu plus stable financièrement. J’aimais bien l’idée de me retrouver libraire en milieu universitaire et dans une coopérative qui possède un des plus beaux fonds à Québec. Je travaille également pour Le Quartanier Éditeur au Salon du livre de Montréal et de Québec depuis quelques années déjà.

Qu’est-ce qui te plaît le plus dans ce métier?
Conseiller des livres audacieux afin de surprendre ta clientèle. Les rencontres humaines; de côtoyer des lecteurs et des lectrices qui passent te voir à chaque semaine, en plus de te faire confiance dans tes nombreuses suggestions. Suivre les nouveautés sur une base régulière, cela te donne aussi une autre perspective du monde du livre.

Quelles sont les ingratitudes de ton métier?
Le salaire, bien que je considère avoir de bonnes conditions de travail à la Coop Zone. J’aimerais que le métier de libraire soit valorisé au Québec, au même titre qu’en France. C’est un travail assez exigeant qui demande tout de même beaucoup de culture générale. 

Te demande-t-on plus souvent un livre précis ou une suggestion?
Un peu des deux je dirais. Sur un campus universitaire, tu croises beaucoup de professeurs et d’étudiants qui arrivent avec des demandes très spécifiques. Il y a également les clients qui aiment se faire conseiller des livres et le défi est de trouver les bons titres pour créer une relation de confiance durable. Tu dois séduire et savoir piquer la curiosité de ta clientèle.

La question la plus étrange que l’on t’ait demandé?
Si j’ai déjà fait des études en médecine, car nous avons aussi des livres très spécialisés dans ce domaine et il faut toujours savoir tirer son épingle du jeu. Les gens croient que tu es un expert dans bien des secteurs parce que tu exerces le métier de libraire.

Un livre que tu aurais envie de conseiller à tous?
Le Dictionnaire Khazar de Milorad Pavic. C’est une œuvre aussi fascinante qu’inclassable, à la fois glossaire, encyclopédie, recueil de légendes, de biographies,  de combinaisons et d’interprétations, sur la naissance, ainsi que la disparition d’un mystérieux peuple venu d’Orient. J’aurais pu aussi répondre Les villes invisibles d’Italo Calvino, un texte excentrique et énigmatique.







DES CONSEILS…

Un livre décoiffant?
La Maison des Épreuves de Jason Hrivnak. Un livre cauchemardesque publié récemment aux Éditions de l’Ogre, entre le manuel de survie et une certaine tentative de rédemption. C’est l’ovni littéraire de la saison en cours.

Un livre au style exceptionnel?
14 de Jean Echenoz. Pour le rythme et la concision exemplaire. Un roman atypique sur la Première Guerre Mondiale qui se lit tel l’aboutissement d’une quête d’écriture.

Un livre pour se coucher moins niaiseux?
Les Miscellanées de Mr. Schott de Ben Schott. Une sorte d’almanach où l’on retrouve une somme considérable d’informations sur des «futilités pas toujours futiles»; de la liste des morts violentes dans l’histoire du rock aux insultes utilisées par Shakespeare dans ses pièces.

Un livre qui fait du bien?
I Love Dick de Chris Kraus. Une autofiction épistolaire qui traite avec humour et franchise du rôle des femmes dans le couple. C’est devenu un pamphlet féministe culte, dans la lignée des œuvres de Sophie Calle sur l’intime.



LE LECTEUR

Quel livre t’a donné la piqure de la lecture?
En pleine adolescence, Les Chants de Maldoror de Lautréamont. C’est une prose assez vertigineuse et provocatrice dont on ne sort pas indemne.

Combien d’heures lis-tu par semaine?
Je ne compte plus les heures, mais à chaque jour c’est nécessaire pour moi de prendre du temps pour lire.

Combien de livres lis-tu par mois?
Plus ou moins une dizaine, parfois plus.

Où lis-tu le plus souvent?
Un peu partout, à la maison comme dans les transports en commun.

Comment qualifierais-tu ta bibliothèque?
Éclectique et souvent bordélique.


Trois de tes auteurs fétiches?
 Emmanuel Carrère                              ♦ Roberto Bolano                           ♦ Jacob Wren

Termines-tu un livre qui t’ennuie?
Non, car difficile pour moi de terminer un ouvrage qui me tombe des mains.

Un livre que tu pensais aimer, mais qui t’as profondément déçue?
Avec le recul, je dirais La femme qui fuit d’Anaïs Barbeau-Lavalette. Je trouve qu’il s’agit d’un roman plutôt racoleur qui ne va pas au bout de son projet d’enquête initiale.

Ton plus récent coup de cœur?
Il y en a plusieurs, mais disons que j’ai un faible pour Le plongeur de Stéphane Larue. C’est un premier livre extrêmement maîtrisé et le meilleur roman québécois paru l’année dernière.


La rentrée littéraire d’hiver bat son plein. Quels sont les cinq livres que tu veux absolument lire?


Lincoln in the Bardo de George Saunders (Random House)
Avec son humour grinçant et sarcastique, j’ai plutôt hâte de voir ce que nous réserve Saunders dans son premier roman.

Le Basketball et ses fondamentaux de William S. Messier (Le Quartanier)
J’ai souvent bien des réserves face à la nouvelle oralité en littérature québécoise, mais William S. Messier m’impressionne avec son flow inimitable et ses multiples péripéties rurales.

Un parc pour les vivants de Sébastien La Rocque (Cheval d’août)
J’adore les premiers romans et celui-ci au Cheval d’août m’intrigue depuis que l’éditrice m’en a glissé un mot à l’automne dernier.

Taqawan d’Éric Plamondon (Le Quartanier)
Très hâte de lire ce nouveau Plamondon, surtout que je suis un inconditionnel de la trilogie 1984, que je considère déjà comme un classique de la littérature québécoise contemporaine.

Future Sex d’Emily Witt (à paraître en avril aux éditions du Seuil)
Je triche un peu, car je l’ai déjà lu en version originale anglaise, mais c’est une sorte d’enquête-fiction à la Gay Talese (Le motel du voyeur - Éditions du sous-sol) qui nous parle avec beaucoup de justesse de l’amour libre à l’ère du numérique.

COOP ZONE
2305, rue de l’Université, local 1100
Québec, Québec

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22 commentaires

  1. Super sympa cet interview !
    Puis maintenant on a un liste bien fourni de nouveaux livres à acheter.
    Merci pour cet interview !
    Bonne soirée

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    1. Merci, Laura. Avec un libraire aussi inspirant, difficile de ne pas être inspiré par ses suggestions!
      Bonne soirée à toi aussi et au plaisir!

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  2. très chouette ce point de vue d'un libraire (et d'un mec féru de littérature !), je vais regarder d'un peu plus près les livres cités !

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    1. Après entrevues avec deux jeunes libraires filles, je tenais à un trouver un garçon et je suis bien heureuse d'avoir découvert David.

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  3. j'adore lire et entendre (oui) l'adjectif "niaiseux" - sinon, encore un qui fait mon boulot .. voilà je pleure .. non c'est super ! on a vraiment tous nos univers et j'aime sauter de planète en planète. merci ma belle ! il est l'heure d'aller se coucher (Haïku confirme)

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    1. On l'ouvre quand, cette librairie?!
      C'est vrai qu'on a tous nos univers. Ça me fascine toujours de découvrir celui des autres et d'y puiser.

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  4. toujours aussi sympas ces rdv!
    et c'est quoi des vins de soif?!

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    1. Merci, douce Eva!
      Le vin de soif: vin léger, nature, qui se laisse boire!

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  5. Véritablement intéressant ! J'ai honte d'avouer que je ne connais pas la plupart des livres cités ... Et je me permet de poser la même question qu'Eva ... c'est quoi un vin de soif ?

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    1. Il n'y a aucune honte à avoir, voyons! Certains titres cités me sont aussi inconnus. Le but, c'est de faire des découvertes!
      Et pour le vin de soif, c'est un vin léger, nature, qui se laisse boire!

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  6. Sirop de bel interview. J,aime ces beaux rendez-vous Marie-Claude. Merci de nous les partager.

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    1. Ton «Sirop» me manquait!
      Tout le plaisir est pour moi! Je suis heureuse que ces rendez-vous plaisent.

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  7. C'est vraiment une excellente idée ce rendez-vous libraire et en plus, on y pioche des idées.

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    1. C'est fascinant de découvrir l'univers littéraire de ces libraires. Chacun a son monde bien à lui et c'est ce qui fait toute la richesse de ces rendez-vous!

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  8. Vraiment intéressant ces articles Marie-Claude ! J'y note toujours plein de titres et celui-ci ne fait pas exception.

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    1. Merci, Marguerite. J'aime toujours autant ces rendez-vous. Découvrir de nouveaux libraires et partager leurs réponses.

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  9. Merci pour ces articles sur les libraires.
    J'ai une question à vous poser et comme vous avez rencontré plusieurs libraires vous pourrez peut-être m'éclairer: est-ce que le métier de libraire est assez accessible au Québec?

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    1. Bonjour!
      J'ai posé directement la question à ma librairie préférée et voici sa réponse (qui va dans le sens que je pensais):
      Oui c'est accessible, dans la mesure ou ça ne prend pas nécessairement des études particulières, quoiqu'elles sont évidemment un atout, mais je connais des libraires qui ont pas fait de BAC par exemple. Ce l'est moins dans la mesure ou, de ce que j'en ai vu, l'offre d'emploi est mince, mis à part peut-être dans les chaînes (mais là il faut, selon les mots de Blaise Renaud, parler de commis, et non de libraires). Les équipes sont petites, et se renouvellent pas si souvent à ce que j'ai eu connaissance depuis les 6 dernières années.

      Est-ce similaire en France? Étant donné le plus grand nombre de librairies, y a-t-il plus d'ouvertures?

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    2. Je vous remercie d'avoir pris le temps de vous renseigner :)

      Malheureusement, votre réponse confirme ce que je pensais, il n'y a pas plus d'opportunités qu'en France.
      En France, les offres d'emploi en librairie fonctionnent beaucoup par le bouche à oreille.

      En tous cas, c'est toujours un plaisir de partager vos lectures et de lire vos interviews avec les libraires québécois.

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    3. Tout le plaisir est pour moi, Carole.
      Ici aussi, le bouche à oreille marche fort.
      Êtes-vous libraire, ou aimeriez-vous le devenir?

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    4. J'ai suivi un cursus qui incluait des cours autour des secteurs de la librairie, des bibliothèques et des musées, mais je n'ai jamais travaillé en librairie. J'ai travaillé dans la vente de livres anciens et je ne trouve aucune librairie prête à me donner ma chance car pas assez d'expérience...
      C'est toute l'ironie du monde professionnel actuel: sans expérience pas de boulot, et sans boulot pas d'expérience!

      Mais c'est vendredi soir et le weekend pointe le bout de son nez :D

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    5. Un beau cursus, en tout cas.
      Toujours cette question d'expérience... Je rêve d'un employeur qui préférerait la passion et l'ardeur au travail à l'expérience!
      Tu vis dans quelle région? Le Québec t'intéresse?

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