Là où les lumières se perdent · David Joy

lundi, avril 10, 2017


Difficile de grandir en Caroline du Nord, dans cette partie des Appalaches, quand on est un McNeely. D’autant plus lorsque son père a le contrôle sur le lucratif marché des métamphétamines et que sa mère, qui vit seule dans une cabane décrépite, est une junkie abîmée par la vie.

À dix-huit ans, Jacob est une marionnette entre les mains de son père Charlie. Deux ans plus tôt, il a quitté le lycée – à quoi bon continuer? – et a rompu avec Maggie, ne se trouvant pas assez bien pour elle.

Jabob n’a pas d’envergure. Entre la pose de pneus et les changements d'huile au garage paternel, il fait quelques jobs de bras pour son père: dealer de la dope, blanchir de l’argent, faire disparaître des corps. Un peu de drogue pour s’engourdir et avancer. Avec le lourd bagage qu’il traîne derrière lui, Jacob n’a aucune illusion sur le genre d’avenir qui l’attend.

Certains sont destinés à de grandes choses, à des endroits lointains, et ainsi de suite. Mais d'autres sont englués dans un lieu et vivront le peu de vie qu'on leur accordera jusqu'à n'être qu'un cadavre de plus enterré sous le sol inégal.

Lorsqu’un des bras gauches de Charlie fait un faux pas et doit être éliminé, Jabob se retrouve avec un immense poids sur la conscience. Sans compter les cauchemars qui viennent perturber ses nuits. La seule éclaircie dans la vie de Jacob vient de Maggie Jennings. Maggie, l’amie d’enfance. Maggie, la première petite amie. Maggie incarne tout ce que Jacob estime ne pas mériter: la bonté, l'espoir, le succès, l’avenir. Maggie partira étudier loin. Et si Jacob partait avec elle? Mais comment pourrait-il s’écarter de la vie qui est décidée d'avance pour lui? Pourra-t-il échapper à la fatalité?


Là où les lumières se perdent est magnifiquement bien nommé. C’est rare qu’un titre me parle autant et colle aussi bien à l’intrigue. Les «romans appalachiens» mettent souvent en scène des êtres englué dans un désoeuvrement sans fond desquels ils ne peuvent s'extraire, pris au piège de la misère sociale. Des déshérités à bout de souffle. Sans croyance, ni avenir. Ici, c’est plus fin, subtil… à cause de Jacob. Malgré le poids de son héritage familial, c'est un jeune homme foncièrement bon. Sa lucidité impressionne. Il ne se fait aucune illusion sur le genre de vie qui l'attend, jusqu’au milieu du roman où une brèche s’ouvre. Grâce à Maggie, il entrevoit la possibilité d’un avenir moins ténébreux.

L’intrigue pourrait avoir des airs de déjà-vu. Pourtant, David Joy a trouvé le bon angle pour la rendre singulière. Il dépeint ses personnages avec compassion et humanité. Même l’ignoble Charlie a fini par me toucher. Il parvient à extraire la tendresse enfouie sous la violence. Le style  admirablement traduit par Fabrice Pointeau  est vibrant, nuancé et imagé comme j’aime, chargé d’une tonalité qui transpire le vécu. 

Avec ce premier roman sans défauts, j’ai l’impression que David Joy vient d'intégrer la famille des Larry Brown, Ron Rah, Donald Ray Pollock et Daniel Woodrell. Un révélation!

Nelfe a été aussi emballée que moi, alors qu'Eva, un tantinet moins. À lire, un excellent entretien en français avec David Joy sur l'incontournable Nyctalopes.

Là où les lumières se perdent, David Joy, trad. Fabrice Pointeau, Sonatine, 320 pages, 2016.

laissez-vous tenter

32 commentaires

  1. Dans ma PAL :) Le titre est très parlant, c'est d'ailleurs ce qui m'a attirée!

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    1. J'espère qu'il te plaira autant qu'il m'a plu. C'est vrai que le titre est très évocateur...
      Jacob... Quel beau et touchant personnage. J'y pense encore!

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    1. N'hésite surtout pas, s'il te passe sous le nez. Un excellent moment de lecture en perspective. Je ne voulais pas le lâcher, puis je ne voulais plus le quitter. Dur d'enchaîner après (deux abandons et une déception). Là, j'ai choisi une valeur sûre. Je suis donc remise en scelle!

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  3. Tu as finalement réussit à nous jaser de cette belle histoire. Il est beau ton billet. Personnellement j,ai encore de la difficulté à parler de Jacob mais ça va venir...

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    1. J'ai eu de la misère en titi! Difficile de rendre la puissance de ce roman, et surtout de son personnage principal. Inoubliable, ce Jacob.
      Comme ce roman risque de continuer à nous habiter encore un bout, le temps viendra assurément où tu trouvera les bons mots! Je suis curieuse de te lire.

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  4. Une révélation, rien que ça ! J'avais déjà remarqué ce roman. A suivre...

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    1. Une révélation, oui! Un premier roman maîtrisé et bien senti. Et dire qu'il y a des auteur(e)s qui, après 4-5 romans, n'arrivent même pas à la cheville de celui-ci! Je vais suivre cet auteur à la trace! (Il remercie même sur IG. C'est si gentil!)

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  5. Déjà repéré également, ton avis donne vraiment envie de le lire

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    1. Ah! N'hésite surtout pas. D'autant plus que, selon moi, sa parution en poche ne devrait plus trop tarder. Il a publié un ou deux autres romans. Tu te doutes bien que j'attends impatiemment leur traduction!

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  6. Je suis également un tantinet moins emballé que toi mais ça reste un premier roman ambitieux et maîtrisé.

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    1. Tu commence à bien connaître mon enthousiasme débordant quand j'aime! Je perds tout sens critique!

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  7. je l'ai eu longtemps dans ma liste d'envies puis trop de livres, je n'ai pas lu ton billet car je vais le commander mais je sais que tu as adoré ! donc je reviendrais après !

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    1. J'ai comme l'intuition qu'il y a des similitudes entre Jacob et East (Dodgers). Ça fait pencher la balance?! Moi, j'y viens très bientôt à "Dodgers"! Là, je me délecte avec un Sherman Alexie!

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  8. Je l'avais repéré aussi, parce que c'est Sonatine, et parce que c'est un premier roman! Il passera entre mes mains, c'est certain (je l'ai vu à la biblio).

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    1. Tant mieux! Un premier roman maîtrisé et très abouti, comme j'en lis trop peu. Une très belle découverte! Vivement la traduction de son autre roman.

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  9. effectivement un peu moins emballée que toi, j'ai quand même relevé des petites maladresses, mais c'est assurément un roman prometteur, et je suis ravie que tu l'aies adoré!
    ps : au Québec, vous dites "un bras gauche"? nous on dit "un bras droit" (dans le sens d'"adjoint"...)

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    1. Tu sais que je perds tout sens critique lorsque j'adore un roman. Mon enthousiasme prend toute la place!
      Nous disons aussi «bras droit». J'ai utilisé «bras gauche» intentionnellement pour exprimer «de moindre importance qu'un bras droit»!

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  10. Je suis quasi certaine qu'il pourrait me plaire celui là !

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    1. Quasi certaine aussi. Son personnage principal ne pourra pas te laisser indifférente, j'en suis persuadé. Et j'ai trouvé le style très accrocheur. Un régal qui bouscule!

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  11. Un petit entretien.
    http://www.nyctalopes.com/entretien-avec-david-joy-la-ou-les-lumieres-se-perdent-chez-sonatine/

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  12. J'adore les romans appalachiens et celui-ci pour sa subtilité également m'a complètement séduite tu le sais.
    Ravie qu'il t'ait fait passer un si bon moment de lecture :)

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    1. Je les adore aussi, peut-être trop, même!
      Yep! On partage le même enthousiasme sur ce roman. Vivement son prochain!

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  13. Celui-là, si je tombe dessus, il rejoint ma PAL!

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    1. OUI! S'il te déçoit, je mets ma main au feu!

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  14. J'avais loupé celui-ci. Tu me tentes...

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    1. Oh oui, laisse-toi tenter. Il en vaut tellement la peine...

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  15. J'hésite encore, Ron Rash n'étant pas ce que je préfère.

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    1. Disons que c'est plus noir que Ron Rash et beaucoup moins nature writing!

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  16. Je l'ai commencé et c'est très difficile de le lâcher!! Quel personnage ce Jacob! On a trop envie de lui dire "Mais tire-toi de là"!!! Waw, j'ai hâte de poursuivre ^^

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    1. Jacob. Personnage inoubliable... Tu en es où? Toujours aussi prise?

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