Le samedi, c'est jeunesse!

samedi, avril 01, 2017


Un nouveau rendez-vous Le samedi, c'est jeunesse! Ça faisait longtemps, non? Pour une fois, il y en aura pour tous les goûts et tous les âges. On y va!


Avec un bande dessinée entre les mains, Elo ne voit jamais le temps passer. Mais lorsque la nuit se pointe, Elo s’inquiète. C’est que l’obscurité lui fait terriblement peur. Si elle était comme les super-héros de ses livres, elle n’aurait plus peur de rien. Et si elle devenait super Elo? Elle aurait alors le courage d’affronter les monstres de l’obscurité. Avec l’aide de son chat Coco, elle éteint la lumière et affronte ses pires peurs. Au secours: un serpent! Non, Elo. Ce n’est qu’une chaussette. Une sorcière? Juste une mandarine. Un fantôme? Ben non, ce n’est que ta tortue Franklin. Finalement, une fois les peurs chassées, super Elo est rassurée et peut dorénavant apprécier toute la beauté de la nuit.

Voilà une histoire efficace pour dédramatiser l’angoisse de l’obscurité et apprivoiser les peurs enfantines. L’univers naïf et vitaminé de Maria Ramos accroche l’œil. Le dessin minimaliste, les aplats de couleurs et la mise en pages éclatée font mouche. La complicité qui unit la fillette à son chat est des plus attendrissantes. Une douce histoire qui mérite d'être lu à voix haute en jouant avec les intonations. 




Super Elo n’a pas peur de l’obscurité, Maria Ramos, Bang, 32 pages, 2017. À partir de 3 ans.

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Le loup mangerait bien un petit cochon grillé. Chien entend et répète le message - un peu transformé, quand même... -  à Cigogne: «Il a dit qu’il a vu le cochon dans un champ de blé!» De file en aiguille, d’animaux en animaux, le message passe d’une oreille à l’autre en subissant mille et une transformations. Finalement, lorsqu'il arrive aux oreilles du petit cochon, le message ne ressemble plus à rien. Et le petit cochon de se précipiter à la rencontre du loup!

J’ai adoré cette histoire toute simple de téléphone arabe. Le malentendu crée des scènes hilarantes et la chute est savoureuse. Pour une fois, on déduit que c’est le cochon, et non le loup, qui passera un mauvais quart d’heure. Les illustrations de Maurèen Poignonec sont de facture plutôt classiques. La mise en pages est judicieusement découpée: page de gauche, le message est transmis d’un animal à l’autre, page de droite, le petit cochon est mis en scène. Un petit album malicieux qui ouvre la porte à une discussion sur la transmission de l’information. 



Fais passer!, Ingrid Chabbert (texte) et Maurèen Poignonec (illustrations), Frimousse, 32 pages, 2016. À partir de 3 ans.

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Après la disparition de sa mère, Peter sauve un renardeau d’une mort assurée. L'amitié indéfectible qui les unit grandit d'année en année. Cinq and plus tard, le début de la guerre interrompt abruptement cette amitié. Le père de Peter s’enrôlant, le gamin doit aller vivre chez son grand-père. Pax, lui, sera abandonné sur le bord de la route. Peter regrette cet abandon et est bien décidé à retrouver son ami. Pax, lui, attend que Peter revienne le chercher. Chacun de leur côté, ils tentent de survivre. D'étonnantes rencontres les marqueront, pour le meilleur et le pire. Peter et Pax se retrouveront-ils un jour? Pour le savoir, il faut plonger dans cet adorable roman!

Un récit de quête classique... La recette n’est certes pas nouvelle, mais elle est toujours aussi efficace. Chaque chapitre alterne entre la voix de Peter et celle de Pax. Tous les personnages sont crédibles, bien développés et riches en détails. Une histoire marquante et touchante d’amitié, de survie, de détermination et de confiance en soi, servie par une écriture tout en nuances et accompagnée par les sublimes illustrations de Jon Klassen. Un régal à lire avec une boîte de mouchoirs pas trop loin...

Pax ou le petit soldat, Sara Pennypacker, illustré par Jon Klassen, Gallimard, 320 pages, 2016. À partir de 9 ans.

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Le jour où l'agent des Indiens viendrait cogner à leur porte arriverait tôt ou tard. Ce n'était qu'une question de temps. Pour Irène Couchie, une jeune Nipissing, et ses deux frères, le temps est venu. Le ton de l'agent des Indiens est ferme: «Les enfants doivent aller au pensionnat. Ils sont pupilles du gouvernement, maintenant. […] Ils nous appartiennent. Donnez-moi les trois enfants si vous ne voulez pas avoir une amende ou aller en prison.» Les trois enfants quittent leur réserve pour être envoyés au pensionnat autochtone. Dans ce lieu immondeIrène devient un numéro: 759. Les religieuses lui coupent les cheveux. On lui interdit de parler sa langue maternelle (la «langue du diable»). On la dépouille de tout ce qu'elle est et sait. L’année scolaire terminée, Irène et ses frères retournent chez leurs parents. Ils leur racontent les conditions de vie dans lesquelles ils ont vécues. C'est décidé, quoiqu'il advienne, jamais les enfants ne retourneront au pensionnat.

Inspiré de la vie de sa grand-mère, Jenny Kay Dupuis a trouvé les mots justes pour mettre en lumière cet épisode sombre et trop méconnu de l’histoire du Canada. Du début des années 1800 jusqu’au milieu des années 1980, près de 150 000 enfants des Premières Nations, métis et inuits ont été arrachés à leurs familles et envoyés dans un des 139 pensionnats autochtones dispersés dans l’ensemble du Canada. Ces écoles ont été créées par le gouvernement fédéral pour assimiler les autochtones, effacer leur culture, leur langue et leurs croyances. Renvoyés chez eux lorsqu’ils atteignaient l’âge de seize ans, ces adolescents ignoraient à peu près tout de leur communauté. Le résultat a été catastrophique. Perte de repères, perte d'identité, méconnaissance de leurs traditions et de leur langue maternelle. En 2015, la Commission de vérité et de réconciliation a publié son rapport. L’étendue des conséquences et des souffrances que ces écoles ont causées a été reconnue. Mais les excuses ne pèsent pas bien lourd dans la balance…

Je ne suis pas un numéro rend compte, de manière juste et sensible, de la détresse d'Irène et de la perte de repères. Le contraste entre sa vie dans la réserve et au pensionnat est bien développé. Jenny Kay Dupuis passe judicieusement sous silence les pires traitements subis par ces enfants (violence physique, abus sexuel, etc). Les corvées, l'étude, les douche à l’eau glacée, la bouillie amère et grumeleuse, le pain rassis, les coup de cuillère de bois suffisent pour faire comprendre aux plus jeunes quel sort terrible ont vécu des milliers d'enfants autochtones. Les illustrations de Gillian Newland troublent par leur réalisme. Les couleurs possèdent une forte charge émotive: couleurs chaudes (jaune, orangé) pour la vie de famille dans la réserve, froides (gris, noir, bleu) pour la vie au pensionnat. Je ne suis pas un numéro est un album essentiel pour mettre fin à l'ignorance sur ce génocide culturel. Il devrait être lu par le plus grand nombre. Pour savoir et ne jamais oublier...




Je ne suis pas un numéro, Jenny Kay Dupuis et Kathy Kacer (texte) et Gillian Newland (illustrations), pages, Scholastic, 2017.  À partir de 10 ans.

laissez-vous tenter

18 commentaires

  1. Ah, ah, l'album d'Ingrid est redoutable d’efficacité, comme d'habitude! Je vote pour!!!

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    1. C'est ma première incursion dans son univers, mais j'ai définitivement envie d'en découvrir davantage. Un titre à me conseiller?

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  2. merci pour tes conseils (pour mon neveu, 3 ans) et pour le dernier livre, il est magnifique et le sujet est si grave !

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    1. Il grandit, ce neveu!
      Le dernier est une grosse claque. Enfin, un album qui traite de ce douloureux sujet, adapté pour les jeunes.

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  3. C'est marrant, en Belgique, on avait un Mario Ramos qui était illustrateur/écrivain pour les enfants :-) il a souvent dessiné des loups.
    Je note donc celui-là, Pax (comme une évidence!) et le dernier qui a tout pour me plaire!

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    1. Ettt oui Mario Ramos! Grande fan de ses loups, n'est-ce pas!

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    2. ( En vérifiant qu'il était bien. Belge, j'ai découvert qu'il était décédé.... :-( )
      Et tu en manges des loups grâce à ton petit bout! ;-)

      Marie-Claude, désolée pour la petite papote !

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    3. Je connais bien Mario Ramos. Je me suis d'ailleurs demandée si ce n'était pas sa fille. Je n'ai pas trouvé la réponse. "Pax" va te plaire. Difficile de faire autrement!

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    4. Par contre j'ignorais qu'il était belge (mais je savais qu'il était décédé, c'est récent d'ailleurs)! Les loups, je les adore mtn! Je scrute les albums exprès pour moi ^^

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    5. Tu es gâtée, alors. Les albums avec des loups foisonnent. Il y a de vrais pépites, à toutes les sauces.

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  4. Pax me fait de l’œil depuis un petit moment !

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    1. Je suis d'ailleurs étonnée qu'il ne soit pas déjà passé entre tes mains!

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  5. Fais passer est le genre d'album pour enfants qui me fait mourir de rire! Et Pax me tente bcp aussi! Une belle brochette de livres pour petits avec de très belles images :)

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    1. "Fais passer" est jouissif. Grand rire garanti. Simple et efficace!
      "Pax" est sublime à tous les niveaux!

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  6. Je note Je ne suis pas un numéro c'est exactement le genre de sujet qui me plaît !

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    1. Tu ne le regretteras pas. Un album marquant qui, j'espère, fera date et se retrouvera dans toutes les bibliothèques scolaires.

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