Les inséparables · Stuart Nadler

dimanche, mai 07, 2017


Dans le Boston d'aujourd'hui, une mère, sa fille et sa petite-fille ado arrivent à un point tournant de leur vie. Henrietta, soixante-dix ans et des poussières, est veuve depuis peu. Son mari Harold est mort subitement, ne lui laissant que des dettes en héritage. Ayant un urgent besoin d’argent, elle met sa maison en vente et décide à contrecoeur de rééditer, quarante ans après sa première publication, un roman féministe qu’elle a renié, malgré la notoriété qu’il lui a apporté. Sa fille Oona, chirurgienne en orthopédie et traumatologie, est une superwoman débordée. Séparée de fraîche date de son mari Spencer, un ancien avocat, elle est retournée vivre chez sa mère. Lydia, quinze ans, est la fille d'Oona et de Spencer. Cette «surdouée qui mûrissait trop vite» se retrouve dans de beaux draps après qu'un vilain garçon ait piraté son téléphone et diffusé sur le net un selfie osé de la belle. Ces femmes, chacune à leur façon, tenteront de remettre leur destin sur une ligne droite.

J’ai lu ce roman porté par une indifférence grandissante. C’est la construction du roman qui m’a retenue. Je résiste rarement à un roman choral. Ici, la vie des trois femmes se croise et s’entrecroise adroitement. Le présent s’enrichit de retours en arrière judicieusement amenés. Les qualités d'écriture indéniables parviennent à camoufler le manque criant d'originalité de l'intrigue.

Là où le bât blesse le plus, c’est dans le manque de nuances et d’épaisseur des personnages (Oona, présentée comme une workalcoholic… Au final, elle n’a pas travaillé fort fort durant toute la durée du récit. Et que dire de son futur ex-mari, réduit au rôle de fumeur de pot). Tout ça manque de chair autour de l’os. Certains personnages, comme le psy, passent en coup de vent. Plutôt que de faire partie intégrante de l’intrigue, ils y sont rattachés par de minces fils, servant de prétexte, vite évacués. 

Les hommes qui gravitent autour de ces femmes font piètre figure. Ils sont des perdants qui n'ont même pas le privilège d'être magnifiques! Le futur ex-mari, le psy du couple, l'ami d'Henriette et d'Harold, le propriétaire du poundshop... Autant d'hommes désincarnés, unidimensionnels. Que tous les problèmes rencontrés par ces femmes soient causés par les hommes m’a franchement agacée… Y’a toujours ben des limites à leur faire porter le chapeau.

Quel est le rapport de ce tableau d’Edward Hopper en couverture? Je ne l'ai pas vu. J’ai cherché entre ces pages «l’humour digne de Woody Allen» annoncé en quatrième de couverture. Je le cherche encore… Je m’attendais à retrouver un côté grinçant, incisif. C’était plutôt mièvre. J’espérais ranger le roman de Stuart Nadler sur la même tablette que La position de Meg Wolitzer, Emily de Stewart O’Nann et Leçons de conduite d’Anne Tyler. De toute évidence, ce ne sera pas le cas...

Les inséparables, Stuart Nadler, trad. Hélène Fournier, Albin Michel, 416 pages, 2017.

Parlant d’Edward Hopper… Je suis très curieuse de lire Les attentifs, un recueil de nouvelles signé Marc Mauguin, paru dans la nouvelle collection «Les passe-murailles» chez Robert Laffont.

Au coeur de l'Amérique des années 1930-1960, les personnages de douze tableaux d'Edward Hopper se croisent de manière inattendue. Un faisceau de solitaires, d'ambitieux redoutables, d'amants, de mères cruelles, de fantômes, de femmes mélancoliques et de rêveurs impénitents, tisse une comédie humaine grinçante et sensible. Marc Mauguin explore les âmes et saisit des instants de vie suspendus avant qu'une décision ou un accident ne vienne en modifier le cours. Sous sa plume, aussi originale que puissante, les toiles s'animent et nous aspirent.



L’œuvre de l'artiste suédoise Nina Röder m’est venue en tête après avoir lu Les inséparables. Mother's Shoes, une série de photos qui explore les relations mère-fille, met en scène Nina, sa mère et sa grand-mère portant la même tenue dans la maison d'enfance de la photographe. L'effet est troublant...



laissez-vous tenter

20 commentaires

  1. Juste à lire les deux-trois premières lignes du résumé et je sais tout de suite que c'est le genre de roman que je n'aimerais pas. Bon je passe mon tour et c'est presque avec joie (oui, tu es généralement un tentatrice impitoyable!) ;)

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    1. J'ose avancer que ce roman n'est pas ton genre. Pas de tentation cette fois-ci!

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  2. c'est exactement mon ressenti pour Les inséparables dommage...

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  3. Ouf, je l'ai lu, pensant qu'il me plairait beaucoup, mais non, je suis donc totalement d'accord avec ton avis (y compris pour le tableau en couverture) Parfois longuet, et tu as mis l'accent sur le faible rôle des autres personnages que ces trois femmes.
    Et comme juste après j'ai lu avec ravissement Une bobine de fil bleu de Anne Tyler, je sais que ce ne sont pas les histoires de famille qui me gênent, juste le manque d'empathie avec les personnages. Je te recommande donc Anne Tyler!

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    1. J'espérais, à lire le résumé, me retrouver dans une ambiance à la Anne Tyler (auteure que j'adore). On en est loin... J'ai lu plusieurs romans de Anne Tyler, mais pas encore "Une bobine de fil bleu". Il est toutefois dans ma PAL. Ça s'en vient!

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  4. J'avais tellement aimé le précédent ! à voir !
    (j'aime beaucoup la série de photos de Nina Roder)

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    1. Son roman précédent m'intriguait, mais là... Chat échaudé craint l'eau froide!

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  5. Tu n'es pas plus enthousiaste que Valérie à ce que je vois... Je vais vous faire confiance les yeux fermés et ne pas m'attarder sur ce titre.

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    1. Pas plus enthousiaste que Keisha non plus!
      Ça commence à faire du monde!

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  6. Une question qui n'a rien à voir - ou presque : fumeur de pot ?
    C'est une expression de par chez toe ?
    Parce que je ne vois pas quel pot je pourrais fumer... le pot-au-feu, le pot d'échappement, le pot de terre qui contient la marie-jeanne...
    Une expression qui m'intrigue...

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    1. Traduction pour toi: fumeur de pot = fumeur de joint, de marie-jeanne.
      On prononce pote (qui ne signifie pas, comme chez vous, un bon ami).
      Du coup, j'étais crampée ben raide d'imaginer un fumeur de pot de terre, de pot d'échappement!

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  7. Le roman ne me tente pas plus que ça. Mais les photos dont tu parles à la fin de ton article sont très intéressante :)

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    1. Pour le roman, tu peux passer. J'avais envie de terminer mon billet sur une note plus inspirante, d'où la brève présentation de cette photographe!

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    1. Décidément, les avis positifs ne pleuvent pas... Dommage quand même!

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