Des poches dans la poche · août 2017

dimanche, août 13, 2017


L'été arrive dans ses derniers milles. L'avalanche des nouveautés de la rentrée est en cours. Les parutions en poche ne sont pas en reste: de grands crus paraissent ce mois-ci, dont certains incontournables. 

dans la catégorie lu et approuvé

PETIT PAYS – GAËL FAYE – LIVRE DE POCHE

En 1992, Gabriel, dix ans, vit au Burundi avec son père français, entrepreneur, sa mère rwandaise et sa petite sœur Ana, dans un confortable quartier d'expatriés. Gabriel passe le plus clair de son temps avec ses copains, une joyeuse bande occupée à faire les quatre cents coups. Un quotidien paisible, une enfance douce qui vont se disloquer en même temps que ce «petit pays» d’Afrique brutalement malmené par l’Histoire. Gabriel  voit avec inquiétude ses parents se séparer, puis la guerre civile se profiler, suivie du drame rwandais. Le quartier est bouleversé. Par vagues successives, la violence l’envahit, l’imprègne, et tout bascule. Gabriel se croyait un enfant, il va se découvrir métis, Tutsi, Français… Avec un rare sens du romanesque, Gaël Faye évoque les tourments et les interrogations d’un enfant pris dans une Histoire qui le fait grandir plus vite que prévu. Nourri d’un drame que l’auteur connaît bien, un premier roman d’une ampleur exceptionnelle, parcouru d’ombres et de lumière, de tragique et d’humour, de personnages qui tentent de survivre à la tragédie.


dans la catégorie le grand format m'attend 


LES VIES DE PAPIER – RABIH ALAMEDDINE – 10-18


Aaliya Saleh, 72 ans, les cheveux bleus, a toujours refusé les carcans imposés par la société libanaise. À l'ombre des murs anciens de son appartement, elle s'apprête pour son rituel préféré. Chaque année, le 1er janvier, après avoir allumé deux bougies pour Walter Benjamin, cette femme irrévérencieuse et un brin obsessionnelle commence à traduire en arabe l'une des œuvres de ses romanciers préférés: Kafka, Pessoa ou Nabokov. À la fois refuge et «plaisir aveugle», la littérature est l'air qu'elle respire, celui qui la fait vibrer comme cet opus de Chopin qu'elle ne cesse d'écouter. C'est entourée de livres, de cartons remplis de papiers, de feuilles volantes de ses traductions qu'Aaliya se sent vivante. Cheminant dans les rues, Aaliya se souvient; de l'odeur de sa librairie, des conversations avec son amie Hannah, de ses lectures à la lueur de la bougie tandis que la guerre faisait rage, de la ville en feu, de l'imprévisibilité de Beyrouth. Roman éblouissant à l'érudition joueuse, célébrant la beauté et la détresse de Beyrouth, Les vies de papier est une véritable déclaration d'amour à la littérature.


LES ÉLUS – STEVE SEM-SANDBERG – 10-18

«Maintenant, Julius a les ciseaux. Pourtant la douleur est toujours là. Schwester Mutsch aussi est toujours là. Elle se penche vers lui et lui crache à la figure, puis elle étale la salive sur les lèvres et les paupières fermées du garçon. Tu n'as aucun droit de vivre. Soit on t'enferme chez les fous, soit le docteur te fait une piqûre. Et voilà que la paire de ciseaux ne se trouve plus dans sa main. Elle flotte dans la lumière bleutée, au milieu des lits et des tables de chevet. Alors il brandit haut l'instrument et l'enfonce dans sa poitrine. Enfin, le silence se fait. Même la lumière bleutée semble s'être éteinte. Puis elle revient. Et avec elle l'insoutenable douleur.» En 1941, à Vienne, l'hôpital du Spiegelgrund a été transformé par les nazis en un centre pour enfants handicapés et jeunes délinquants. Jour après jour, Adrian, Hannes et Julius, pensionnaires de la maison de redressement, tentent d'exorciser l'horreur. Dans un époustouflant ballet de voix tour à tour intérieures et extérieures, ils racontent l'enfer qu'ils vivent et la mort qui les guette au pavillon 15, ou l'on extermine les «indésirables».


dans la catégorie je vous attendais avec impatience

THE GIRLS – EMMA CLINE – 10-18

Nord de la Californie, fin des années 1960. Evie Boyd, quatorze ans, vit seule avec sa mère. Fille unique et mal dans sa peau, elle n'a que Connie, son amie d'enfance. Lorsqu'une dispute les sépare au début de l'été, Evie se tourne vers un groupe de filles dont la liberté, les tenues débraillées et l'atmosphère d'abandon qui les entoure la fascinent. Elle tombe sous la coupe de Suzanne, l'aînée de cette bande, et se laisse entraîner dans le cercle dune secte et de son leader charismatique, Russell. Caché dans les collines, leur ranch est aussi étrange que délabré, mais, aux yeux de l'adolescente, il est exotique, électrique, et elle veut à tout prix s'y faire accepter. Tandis qu'elle passe de moins en moins de temps chez sa mère et que son obsession pour Suzanne va grandissant, Evie ne s'aperçoit pas quelle s'approche inéluctablement d'une violence impensable. Dense et rythmé, le premier roman d'Emma Cline est saisissant de perspicacité psychologique. Raconté par une Evie adulte mais toujours cabossée, il est un portrait remarquable des filles comme des femmes qu'elles deviennent.


LA MALADROITE – ALEXANDRE SEURAT – BABEL



Diana, huit ans, a disparu. Ceux qui l'ont approchée dans sa courte vie viennent prendre la parole et dire ce qui s'est noué sous leurs yeux: grand-mère, tante, demi-frère, instituteurs, directrices d'école, médecins, assistantes sociales, gendarmes, procureur... - tous impuissants à empêcher la répétition du pire. Ce choeur de voix, écrit dans une langue dégagée de tout effet de style, est d'une authenticité rare. Inspiré par un fait divers récent, le meurtre d’une enfant de huit ans par ses parents, La maladroite recompose par la fiction les monologues des témoins impuissants de son martyre, membres de la famille, enseignants, médecins, services sociaux, gendarmes… Un premier roman d’une lecture bouleversante, interrogeant les responsabilités de chacun dans ces tragédies de la maltraitance.



dans la catégorie peut-être un jour

DE ÇA JE ME CONSOLE – LOLA LAFON – BABEL

Refusant de se plier aux règles d’un mode de vie préfabriqué et de se laisser gagner par la somnolence généralisée, Emylina est en quête. Une quête pour la liberté de vivre autrement, loin de ce monde qu’elle exècre, peuplé de ces «Presque Morts affolés d’être encore vivants»… Un roman débordant de vitalité, d’une insolence contagieuse, qui rend hommage aux pères inoubliables et aux résistants de toujours.






LE VIEUX SALTIMBANQUE – JIM HARRISON – LIVRE DE POCHE


Dans l'avant-propos de ce dernier livre publié début mars 2016 aux États-Unis, moins d'un mois avant sa mort, Jim Harrison explique qu'il a décidé de «poursuivre ses mémoires» sous la forme d'une fiction à la troisième personne, histoire de ne pas se laisser bercer par l'illusion de réalité propre à l'autobiographie.  Souvenirs d'enfance, mariage, amours et amitiés, pulsions sexuelles et pulsions de vie passées au crible du grand âge, célébration des plaisirs de la table, alcools et paradis artificiels, Jim Harrison revient sur les épisodes les plus saillants de sa vie. Véritable testament littéraire d'un artiste qui sent la fin approcher, Le vieux saltimbanque est à l'image de Big Jim, plus libre et provocateur que jamais, plus touchant aussi, en marge de toutes les conventions.




TOUS NOS NOMS – DINAW MENGESTU  LIVRE DE POCHE  

À l’aube de l'âge adulte, Isaac fuit l’Ouganda et arrive aux États-Unis avec un visa d’étudiant. Il laisse derrière lui son vrai nom, avec les promesses d'une révolution réprimée dans le sang par la future dictature de son pays, et son ami le plus cher. Helen, une jeune assistante sociale le prend sous son aile et tombe amoureuse de lui. Leur idylle est troublée par les zones sombres du passé d’Isaac. Du chaos de l'Afrique à la solitude du Midwest, dans une Amérique déchirée entre la guerre du Vietnam et la lutte pour les droits civiques, l'écriture intimiste et mélancolique de Dinaw Mengestu, mêlant les voix d'Helen et d'Isaac, saisit les paradoxes de l'Histoire et de la nature humaine avec une force et une intelligence peu communes.




TOUT PLUTÔT QU'ÊTRE MOI – NED VIZZINI – 10-18



Durant l'une des séances chez son psy, Craig Gilner apprend qu'il existe une maladie mentale appelée le syndrome d'Ondine: ceux qui en souffrent oublient de respirer; pour ne pas mourir asphyxiés, ils doivent se répéter sans cesse «respire, respire, respire». La dépression, Graig va en faire l'expérience, c'est ce qui arrive quand on oublie de vivre. Comme beaucoup d'adolescents, Craig est bien décidé à réussir sa vie. Il intègre l'une des plus prestigieuses prépas de New York, de celles qui font de vous un homme et assurent votre avenir. Seulement, au bout d'un an, il ne mange plus, ne dort plus, n'arrive plus à se lever, pense sans arrêt à ses devoirs, ses exams et à la jolie copine de son meilleur ami. Pour faire front à tout ça, il ne trouve d'autre solution que de fumer de l'herbe en glandant pendant des heures. Craig est pris dans une spirale d'anxiété, d'inquiétudes, de peurs qui l'acculent et le paralysent. Comment en est-il arrivé là? Comment est on poussé au point où la pression se fait tellement forte et nous, si faibles que la seule solution qui s'offre à nous, c'est d'en finir? Dans ce roman tendre et émouvant, inspiré d'un séjour qu'il a effectué en hôpital psychiatrique, Ned Vizzini aborde ses propres démons, son long combat contre cette maladie qui l'accable depuis des années. D'un sujet aussi délicat et tabou que la dépression adolescente, Vizzini crée un livre tout à la fois drôle et empreint d'espoir.



MAZIE, SAINTE PATRONNE DES FAUCHÉS ET DES ASSOIFFÉS – JAMI ATTENBERG – 10-18


Personnage haut en couleur, Mazie Phillips tient la billetterie du Venice, cinéma new-yorkais du Bowery, quartier populaire du sud de Manhattan où l'on croise diseuse de bonne aventure, mafieux, ouvriers, etc. Le jazz vit son âge d'or, les idylles et la consommation d'alcool – malgré la Prohibition – vont bon train. Mazie aime la vie, et ne se fait jamais prier pour quitter sa «cage» et faire la fête, notamment avec son amant «le capitaine». Avec l'arrivée de la Grande Dépression, les sans-abri affluent dans le quartier et la vie de Mazie bascule. Elle aide sans relâche les plus démunis et décide d'ouvrir les portes du Venice à ceux qui ont tout perdu. Surnommée «la reine du Bowery», elle devient alors une personnalité incontournable de New York. Dans ce roman polyphonique, Jami Attenberg nous fait découvrir Mazie – dont on entend la gouaille à travers les lignes de son journal intime –, mais aussi Soeur Ti, son unique amie, sa soeur Jeanie, l'agent Mack Walters, porté sur la bibine et qui aime flirter avec elle... Le lecteur découvre, fasciné, une personnalité hors du commun et tout un monde bigarré et terriblement attachant.

Certains vous tentent?

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21 commentaires

  1. Le Mazie me tente beaucoup !

    J'ai lu La Maladroite en grand format, j'en ai encore des frissons.

    Il y a aussi de belles sorties en 10/18 mis je crois que ce sera plutôt pour septembre!

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    1. Moi aussi, le Mazie me tente. J'avais passé un bon moment de lecture avec sa «Famille Middlestein». D'où l'envie de remettre ça.
      Pour "La Maladroite", je l'avais d'ailleurs noté après un passage chez toi!
      Les sorties en 10/18 pour septembre? Attention, ça fera mal! Plusieurs coups de coeur lus en grand format, et d'autres que j'attendais. À suivre...

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  2. Je n'ai lu qu'Harrison dans ta liste, et c'est évidemment du très bon ;)

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    1. J'avais des réserves lorsqu'il est paru en grand format. Avec sa parution en poche, plus de raison de lésiner!

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  3. Ouf ! je souffle ! deux seulement .. l'un en grand format (donc emprunt) - celui sur le Liban et la traductrice et Jim Harrison en format Poche. Ouf ouf ouf ...

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    1. Attention, septembre s'en vient et là, ça sera beaucoup plus douloureux!!!

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  4. Hum... Comme l'autre billet, rien ne m'attire. J'attends surtout des sorties format poche pour octobre, novembre... David Joy, Richard Wagamese, Smith Hendersen, Robert Charles Wilson, Jo Nesbo, Lincoln Child, China Mieville et des québécois (pas en poches ceux-là)

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    1. Que je te comprends. Septembre sera renversant côté poche (surtout en 10/18). De fait, impossible de passer à côté du David Joy, Richard Wagamese et Smith Hendersen!
      Pour Robert Charles Wilson, tu parles d'une réédition de "Spin" ou d'un autre?

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    2. Pour le Robert Charles Wilson, je parle de "Les Perséides et autres nouvelles" qui paraîtra en Folio le 6 octobre!

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    3. Dis-donc, tu es bien au courant, toi!

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  5. J'attends la rentrée littéraire de poche avec impatience ! Surtout The girl d'Emma Cline et Mazie sainte patronne des assoiffés. En fait tous les livres que tu as sélectionné me donnent envie.

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    1. Une selection facile à faire avec toutes ces nouveautés tentatrices!
      Pour ma part, s'il n'y en a qu'un qu'il me faut absolument, c'est bien "The Girls".

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  6. Mazie et Les vies de papiers pour moi!

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    1. Tu n'es pas la seule à vouloir les lire... J'avais commencé "Les vies de papiers" lors de sa parution, mais je n'étais pas le mood et l'ai mis de côté pour y revenir. À voir...

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  7. Je suis sauvée pour cette fois-ci : pas de tentations à l'horizon :)

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    1. Profite-en, septembre s'en vient et ça risque de faire mal!

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  8. J'ai aimé Petit pays de Gaël Faye comme beaucoup de monde et je voudrais lire The girls qui me fait de l'oeil depuis un moment.

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    1. J'ai aussi apprécié "Petit pays", mais, avec un sujet similaire, j'ai nettement préféré "J’ai longtemps eu peur de la nuit" de Yasmine Ghata. J'ai trouvé l'approche plus originale.
      "The girls"... avec sa parution en poche, je vais succomber!

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  9. Ah "Petit pays" ! Que je l'ai aimé moi aussi ce roman !
    Ça fait plusieurs fois que j'entends parler de "Mazie", il me tente bien celui-ci :)

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    1. Entièrement d'accord pour "Petit pays". Un roman lumineux sur une réalité effroyable...
      "Mazie" m'intéresse aussi. J'avais bien aimé "La famille Middlestein", son premier roman traduit. Je suis d'autant plus curieuse...

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