Johnny · Catherine Eve Groleau

vendredi, septembre 22, 2017


Johnny naît un vingt-cinq décembre. Il grandit à Odanak, un petit village près de Trois-Rivières. L'envie de partir le prend assez vite. À vingt-deux ans, il laisse derrière lui sa mère, sa soeur et son frère sourd-muet. Il prend un aller simple pour Montréal. Cet Abénakis au teint mat et aux cheveux noir corbeau, voit grand. Il se fera prendre pour un Italien et ça fera ben son affaire. Un petit boulot par-ci par-là, et une rencontre déterminante qui scellera son destin: Jimmy et sa petite pègre.

Valentine naît un quatorze février sur un plancher de cuisine, en 1953. Elle se sent à l'étroit dans son petit quartier de Ville-Émard, au sud-ouest de Montréal. D’aller traîner au centre-ville, de s’assoir sur un banc en face de chez Morgan’s et de regarder passer les femmes, ça lui donne des envies de grandeur.

Un concours de Miss Hot Pants réunit Johnny et Valentine. S'ensuit un mariage rapido-presto et un emménagement à Laval. Le gros train de vie commence. Très vite, une trôlée d’enfant se pointe. Le couple commence à avoir du plomb dans l’aile. «Valentine acceptait les mensonges lousses que Johnny lui servait quand il ne rentrait pas, elle voulait empêcher la maison de craquer.» Mais la maison craque. Johnny et Valentine prennent des chemins différents, refont leur vie comme on change de paire de bottes. Les enfants grandissent et, à leur tour, prennent des chemins de travers. Ainsi va la vie.

Me v'la bien embêtée. Je suis tombée sous le charme de Johnny, mais je n’arrive pas à bien m’expliquer pourquoi. L’intrigue ne déborde pas d’originalité. N’empêche… La voix de Catherine Eve Groleau, forte, vibrante et imagée, m'a conquise. Elle excelle à dépeindre ces p'tits gens ordinaires et leur existence grise. Elle apporte un éclairage unique sur l’éclatement du couple, les enfants qui se font trimballer à gauche et à droite, les difficultés pour une femme seule (et belle) de se faire accepter du voisinage, l'Indien coupé de ses racines qui veut faire sa place, l'adolescence brinquebalante. 

Catherine Eve Groleau livre la radiographie d’une époque: le Québec des années 1960-1990 est bien cadré (Expo 67, crise d’Oka) autour des désarrois du couple et de la famille. Il reste que les décennies passent trop vite et que les personnages évoluent à pas d'escargot. Ce qui cloche un peu. N’empêche…

La construction du roman écrit à la troisième personne peut dérouter par moment. L'alternance entre les récits de Valentine et de Johnny est irrégulière. La dernière partie présente les récits des enfants devenus grands. Ce choix est étonnant, pour ne pas dire détonnant. N'empêche... Les personnages secondaires brillent d'un éclat particulier: des parents de Valentine à ses enfants, en passant par Joe, la soupirante effacée de Johnny, et Jimmy, le mafioso. Chacun est solide sur ses pattes. En tentant de composer avec ce qu'ils ont, ils s'accrochent pour ne pas perdre pied.

Je n’arrive pas à cerner ce qui m’a tant plu. C’est par moment un peu décousu. Il n'y a pas de grands coups de vent ni de mystérieux secrets dépoussiérés. N’empêche… La magie a opéré, et beaucoup à part de ça. Je me suis laissée porter par le rythme et me suis attachée aux personnages, curieuse de les accompagner sur leur chemin parsemé de nids-de-poule. Quelques semaines après avoir lu le roman, des bribes et des images me reviennent, me hantent encore. Un coup de coeur spontané qui ne s'explique pas. Et une auteure qu’il me tarde de retrouver. 

Pour le titre du roman, on repassera! Valentine et Johnny aurait été plus juste, quoique moins accrocheur. C'est que Valentine occupe autant de place que Johnny dans le roman, sinon plus. De mettre l'emphase sur le personnage masculin est à mon humble avis bien réducteur.

Johnny, Catherine Eve Groleau, Du Boréal, 208 pages, 2017.

Vous pourriez aussi aimer

17 commentaires

  1. On n'a pas toujours besoin de savoir pourquoi on aime non ? Au contraire, c'est bien ça la magie de l'amour....

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. T'as pas tort du tout. Mais la magie de l'amour... l'amour rend aussi aveugle. Résultat, je suis monoparentale avec une sauterelle de dix ans! Lol.

      Supprimer
    2. Tu n'es pas monoparentale c'est quoi ces histoires, tu es entièrement toi même et tu es entièrement parent :)
      Et puis si tu as fait l'amour à l'aveugle et que tu as eu une sauterelle au bout, je trouve ça très joli...

      Supprimer
    3. T'es bien sympa, toi! J'aime ta façon de voir!

      Supprimer
  2. Ah... Je m'attendais à vraiment toute autre chose. Je passe. L'époque ne me parle pas, le thème pas tellement finalement. "Les désarrois du couple et de la famille", c'est pas vraiment pour moi.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est vrai que la couverture et la quatrième annoncent autre chose. J'avoue que tu risquerais de t'ennuyer. C'est pas trop ton genre de roman...

      Supprimer
    2. Mais oui tellement! Je suis presque déçue. Et la couverture est tellement belle!

      Supprimer
    3. Rien n'empêche que tu tentes le coup... Tu sortirais de ta zone de confort!

      Supprimer
    4. En fait ce n'est même pas une question de zone de confort. J'ai longtemps lu de tout, vraiment de tout, passant d'un genre à l'autre, d'un style à l'autre. Mais j'ai envie de lire maintenant des choses qui me parlent vraiment tu vois. J'ai envie d'aimer réellement les livres que je lis. J'ai envie de lire sur des choses qui me font vraiment vibrer. Tellement, que j'ai envie de tomber sur des livres que j'ai envie d'acheter et de relire.
      Alors je choisis méticuleusement... et je passe sur tout ce qui ne m'allume pas instantanément.

      Supprimer
    5. Je vois très très bien. Malgré le fait que tu choisisses tes livres méticuleusement, il doit tout de même t'arriver de tomber sur des livres décevants, que tu n'auras pas envie de relire. Non?
      Je fais un peu le parcours inverse. Avant de tenir le blogue, je ne lisais que le même genre de livres. Toujours. Avec l'impression d'habiter la même ville sans avoir envie de visiter autour et ailleurs. Avec le blogue, j'ouvre mes horizons, mais l'envie de vouloir retourner dans «ma ville» est toujours tentante! J'y retourne souvent, mais je vais aussi voir ailleurs.
      Et «Borealium Tremens», tu l'as lu? Hâte de savoir!

      Supprimer
    6. Pas encore! Je reviens juste de vacances et en vacances, je ne lis jamais ;) Je passe tout mon temps dehors. Je reprends tout juste mes lectures en cours, arrêtées avant les vacances. J'y arrive bientôt ;)

      Supprimer
    7. Et pour répondre à ta question, oui ça m'arrive de me tromper, mais en général je cerne assez bien les livres que j'aime. J'emprunte beaucoup, et souvent je rachète. Ma liste de livres à racheter s'allonge de plus en plus!

      Supprimer
    8. J'aime l'idée de n'être entouré que de livres aimés à relire. Si ce n'était de ma monstrueuse pàl, ce serait le cas chez moi.

      Supprimer
  3. Je suis en peu entre les deux sur ce coup là, mais curieuse quand même ... J'aime bien éprouver ce coup de coeur spontané, mais il est rare ! Et quand on est un peu influencée, en bien, comme je le suis pour ce titre, et bien souvent, cela ne marche pas. Il faudrait que j'oublie ce titre pour retomber en surprise ...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Les coups de coeur spontanés sont très très rare de mon côté aussi. L'influence ajoute une couche de pression, c'est vrai. Aussi, il vaut mieux être vierge pour avoir de meilleures chances d'éprouver LA surprise!

      Supprimer
  4. J'aime bien ta réflexion à propos du titre ;)
    Pas super envie de me précipiter cela dit, surtout que j'ai déjà un roman québécois sous le coude qui m'a été offert il y a peu et qui me fait très envie ("La petite et le vieux" de Marie-Renée Lavoie).

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je dois tellement ce lire, ce roman de Marie-Renée Lavoie. Depuis le temps qu'il est dans ma pàl. J'en ai entendu beaucoup de bien. C'est un beau cadeau que tu as reçu là...

      Supprimer

· J'aime m'y promener ·

· visites ·