Cheval Indien · Richard Wagamese

vendredi, octobre 13, 2017


Mon coup de foudre pour Les étoiles s’éteignent à l’aube de Richard Wagamese n’est plus un secret. J’en parle aussi souvent que je le peux! Cheval Indien était l’un des titres de la rentrée que j’attendais avec le plus d'impatience. Lorsque m’a bonne fée m’a appris que les éditions Zoé ne distribuerait pas le roman au Québec, j’ai mandaté Electra de mettre la main dessus dès sa parution et de me l’envoyer par la poste. Entre-temps, j’ai appris que les éditions XYZ publieraient le roman sous un autre titre, dans une autre traduction et… assorti d'une couverture plus saillante. Je capotais ben raide! J’ai donc plongé dans Cheval Indien en espérant retrouver l’intensité qui m’avait tant bouleversée avec Les étoiles s’éteignent à l’aube. Ça n’a pas été le cas...

Le Cheval Indien du titre, c’est Saul, un jeune Ojibwé qui vit dans le nord de l’Ontario. Sa vie abîmée se déroule au fil du roman. Au début des années 1960, Saul mène une vie semi-nomade paisible (dans la mesure du possible...), entouré de ses parents convertis au christianisme et de sa grand-mère qui tient le phare des traditions. Très tôt, il est envoyé au pensionnat indien de St. Jerome. Il prend rapidement l’habitude de s’isoler pour échapper à l’atmosphère empoisonnée du lieu. Son engouement pour la lecture a l'avantage de le fait passer pour un élève studieux et brillant. 

À huit ans, Saul est initié au hockey. C’est LA révélation. Saul veut vite jouer dans la cour des grands. «Dans l’esprit du hockey, j’ai cru avoir trouvé une communauté, un abri et un refuge contre la laideur et la désolation du monde.» Grâce au père Leboutilier, il perfectionne son jeu. Cinq ans plus tard, il quitte le pensionnat et part vivre dans la famille Kelley, des anciens pensionnaires. Là, il se joint au Moose, une équipe de hockeyeurs indiens. Un bel avenir l’attend. En principe... Car le racisme ambiant et les démons qui l’habitent ne sont pas à la veille de le laisser tranquille.


J’éprouve toujours un certain malaise lorsque je suis déçue par des romans sur des victimes de la grande Histoire. Souvent parce que ces romans font office de devoir de mémoire et sont essentiels. N’empêche... Je vais faire abstraction de mon malaise pour mettre ma pendule à l’heure sur Cheval Indien.

Malgré un style trop conventionnel à mon goût, les premiers chapitres m’ont captivées. Ceux qui se déroulent au pensionnat sont éprouvants à lire, parfois insoutenables. Les atrocités infligées aux jeunes pensionnaires (mauvais traitements, abus sexuels, folie, suicides) sont écrits à mots couverts, mais n'en sont pas moins percutants.

Les nombreux passages sur le hockey sont quasiment venus à bout de mon intérêt. Des passes, des lancés, des mises au jeu, des buts, des mises en échec… en veux-tu, en v’la! On sent bien, toutefois, à quel point le hockey est un sport de Blancs. Même si Saul est un joueur d'exception, sa couleur de peau choque et agace. Le racisme est à l'oeuvre autant derrière le banc que sur la glace.

Si je dis «prêtre» et «autochtone», on pense tout de suite à «pédophilie». Le père Leboutilier a ouvert les portes de la patinoire à Saul. Donc... J’ai vu venir à cent milles à l’heure le prêtre pédophile. Et cette prévisibilité m’a agacée. 

Le style, ici, est beaucoup plus sec que dans Les étoiles s’éteignent à l’aube. Sans grande fantaisie ni véritable émotion, et trop littéraire par moments. Sans compter que le milieu du hockey n’est pas réputé pour son «beau phrasé». Ce n’est pas tant un problème de traduction. J’ai feuilleté les premières pages de l’édition publiée chez Zoé et c'était sensiblement du même ordre. 

À mon très humble avis, Richard Wagamese n'a pas su éviter le piège du pathos, le ton frôlant souvent le mélodrame. En même temps, avec un tel sujet, difficile de faire autrement. Cheval Indien reste un roman éprouvant sur la perte des traditions, le déracinement, le racisme, la violence, la résilience et le pardon. Le portrait touchant d’un homme marqué au fer rouge. Sans rien enlever au roman, disons que j'avais définitivement trop d'attentes...

Cheval Indien, Richard Wagamese, trad. Lori Saint-Martin et Paul Gagné, XYZ, 270 pages, 2017.

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22 commentaires

  1. Bon... :/ En fait, le hockey m'intéresse beaucoup dans ce livre. J'ai aussi lu beaucoup de choses sur les pensionnats indiens et même si ça me touche beaucoup, que ça me scandalise, que cette partie de l'histoire ne doit pas être oubliée, j'avoue que ça ne me tente pas des masses de me repencher sur ce sujet.
    Quand je suis allée à la librairie, il y en avait un exemplaire. J'ai commencé à lire quelques pages, quelques extraits et non, ça ne passe pas.
    Par contre j'ai lu quelques pages de Les étoiles s’éteignent à l’aube et comme il sort en poche, je crois bien que je vais l'acheter.
    Deux livres du même auteur mais pour les extraits que j'en ai lu, on dirait deux livres au style vraiment différent!
    (L'image en tête de ton article est trop belle! ♥ :D )

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    1. Tu mets le doigts sur ce que je pense: deux romans qu'on dirait écrits par deux auteurs différents.

      Les pensionnats indiens est un sujet qu'on doit aborder et parler à toutes les sauces. Le problème, selon moi, c'est qu'on en parle toujours à la même sauce. Il y aurait lieu d'aborder le sujet sous d'autres angles et perspectives. Dans mon prochain billet jeunesse, je parlerai du sujet (encore traité à la même sauce...).

      Même si "Les étoiles s’éteignent à l’aube" risque de t'amener un peu hors de tes sentiers habituels, tu ne pourras pas dire que l'histoire est magnifique et habilement ficelée. Et le personnage principal risque fort de te toucher (du moins, je l'espère fort!).

      La photo est tirée du film adapté du roman. Celui-là, j'aimerais bien le voir... Je crois qu'il sort en salle à la fin de l'année.

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    1. Rien à ajouté, sinon que la couverture est à tomber!

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  3. En tous les cas je note Les étoiles s'éteignent à l'aube...
    Tes photos sont toujours aussi percutantes!

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    1. J'ai lu "L'embaumeur", à toi de lire "Les étoiles s'éteignent à l'aube"! Pis ça presse!

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  4. Quel dommage ! ça m'arrive aussi d'être déçue quand j'attends trop d'un roman, et c'est assez désagréable au final !

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    1. Extrêmement désagréable, oui. Ça vient de m'arriver aussi avec le dernier roman de Ron Rash. Déception cuisante...

      Et avec le Wagamese, comme il est décédé récemment, il n'y aura pas beaucoup d'autres publications à venir. J'aurais tellement aimé avec un autre coup de coeur...

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    2. J'ai bien aimé le Ron Rash moi. Tout s'enchaîne un peu vite mais j'ai vraiment passé un bon moment.

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    3. Ça m'étonne de toi, d'ailleurs. Le ton bluette fleur bleue, je n'ai pas accroché. Tu verras bien pourquoi!

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  5. Ta réflexion sur le rapport entre le sujet historique et le traitement en fiction est super pertinente.... C'Est tout autant délicat d'en traiter en littérature que de ne pas aimer, je te comprends. Puisque les amitiés littéraires doivent aller dans les deux sens, je me suis commandée le grand format de ton coup de coeur. Il s'ajoute à ma pàl, j'essayerai de le lire pendant les fêtes !

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    1. Oui, délicat. Mais, comme on en discutait, le fait qu'il s'agisse de fictions permet une certaine largesse.
      Pour les amitiés littéraires, je te rappelle que les deux sens ne sont pas obligatoires. J'espère juste que "Les étoiles..." ne prendront pas le même chemin que "Héritières"!

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  6. ah zut... je vais bientôt lire "Les étoiles s'éteignent à l'aube", il est dans ma PAL!
    c'est toujours frustrant quand un auteur qu'on aime produit un livre qu'on juge décevant...je viens d'avoir le cas avec Dennis Lehane (pourtant l'auteur des superbes Mystic River, Shutter Island ou Gone Baby Gone...) dont le dernier roman est vraiment très décevant...

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    1. Je serais déçue que "Les étoiles s'éteignent à l'aube" te déçoit... Je croise les doigts!
      Pour Lehane, je compatis. Autant j'ai accroché à "Mystic River" et "Gone Baby Gone", autant j'ai commencé à déchanter avec "Shutter Island" et les deux suivants.
      Et je ne te parle même pas du dernier Ron Rash... À suivre!

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  7. J'ai tellement aimé "Les étoiles s'éteignent à l'aube"... J'espère que celui-ci ne me décevra pas autant que toi. Mais sache que j'ai ressenti la même chose avec le nouveau Krawiek, un grand écart en terme de qualité par rapport au premier !

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    1. J'ai très hâte de voir ce que tu penseras de ce Cheval Indien... Sur ce coup, je n'arrive pas à prédire ton avis.
      Tu viens de me donner un méchant coup: le Krawiek? Grand écart? Zut, alors. Tu sais à quel point j'avais adoré "Dandy". Je fais baisser mes attentes, alors...

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  8. "Jeu blanc" en français, non ?
    Zut, il me tentait pour le côté pensionnat indien mais j'appréhendais les passages sur le hocket (dont, je l'avoue, je me fiche éperdument !). J'ai été traumatisée par "la succession" de jean-Paul Dubois où les parties de pelote basque m'ont profondément ennuyées ! Le sujet initial, pourtant, me plaisait beaucoup là aussi mais ça a fait FLOP. Au vu de ton article, je pense que je vais passer mon chemin pour l'instant...

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    1. Oui "Jeu blanc" en français!
      Attends sa parution en poche, peut-être? Le côté pensionnat indien prend peu de place en comparaison des passages sur le hockey. Si le début était plus que prometteur, j'ai vite déchanté à partir du milieu. Vraiment dommage...

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  9. Pause maison (il pleut averse) j'en profite pour rattraper un peu mon retard ! Je n'osais pas lire ton billet mais malgré tous tes bémols j'ai vraiment toujours envie de le lire (et la couverture est à tomber) surtout pour la première partie sur le pensionnat. J'ai été très marquée par ma lecture sur les femmes autochtones disparues. Wagamese est dans ma PàL j'ai deux autres romans de lui (en anglais). Celui-ci est introuvable en occasion ou très cher (en anglais). IL a eu beaucoup de succès... Je file lire ton avis sur le Ron Rash ... Je vois que Jérôme a aimé de son côté et tu parles de "bluette" ...

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    1. Pour ce "Cheval indien", t'inquiète, tu le liras et te fera ton propre avis. Il t'attend dans la pàl couette-Electa!

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  10. Oh quel dommage que tu n'as pas aimé car l'histoire semble très troublante. Toutefois, je ne sais pas si je survivrait aux passages sur le hockey.

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    1. Je crois bien être une des seules à ne pas avoir aimé... Avec le recul, je me sens un peu moins intransigeante. N'empêche, je n'en garderai pas un souvenir impérissable, comme ça a été le cas avec "Les étoiles...".

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