L'habitude des bêtes · Lise Tremblay

lundi, novembre 06, 2017


Dentiste à la retraite, Benoît s’est retiré dans son chalet dans le Nord. Pour de bon. Benoît a toujours eu l'habitude de fuir. Il a été un mari et un père généreux, mais absent. Lorsqu’un vieil Indien lui dépose un chiot entre les mains, sur le tarmac d’un petit aéroport, il ne peut pas reculer. Il adopte Dan. Entre le chien et son maître, ce sera à la vie à la mort.

«Dan avait été un accident de parcours, un vrai accident qui change la direction d’une vie. J’en étais conscient et j’en avais vaguement honte. […] Un jour, on m’avait donné un chien et j’avais changé.»

Il y avait longtemps que les habitants n’avaient pas vu de loups rôder dans le coin. La vieille Mina en a vu un. D’autres ont vu des empreintes. Stan Boileau et son gang sortent les griffes. Pas question que les loups continuent de blesser les orignaux et menacent la saison de chasse. D’autres, comme Rémi, font profil bas. Son neveu Patrice, nouveau garde-chasse du coin, entend bien calmer les ardeurs de Boileau et de son clan. Il compte faire régner l’ordre. La tension monte d'un cran et divise la population. 

Il n’y a pas que les loups qui rôdent. La mort aussi. Mina, avec un pied dans la tombe, l’attend impatiemment. Dan, atteint d’un cancer, a de plus en plus de mal à supporter les jours. Benoît devra faire un choix. Loin de la ville, le temps file à son rythme, mais népargne personne.

L’habitude des bêtes est ce que je qualifie de roman d’atmosphère. L’intrigue est secondaire, servant de prétexte pour planter le décor et les personnages. Cest avec lenteur et finesses que Lise Tremblay déroule leur destinParlons-en de ces personnages. Car ce sont eux qui m’ont retenue entre ces pages. Benoît, ce «Jack London du dimanche», est un homme bienveillant. Du moins, cest ce quil est devenu après avoir quitté la ville pour de bon. La relation qu’il a développée avec son chien en est une belle preuve. Carole, sa grande fille, souffre de dysphorie de genre. Au fil du roman, elle s’épanouit petit à petit, prend de l'assurance et se rapproche de son père. Odette, la vétérinaire du village, est à deux pas de la retraite. Mina, pétillante et lucide, est en route vers d'autres cieux. Chaque personnage de Lhabitude des bêtes se retrouve au coeur d'une transformation, intérieure ou physique. Il y avait un avant, il y aura un après...  

La vision de la mort, ici, a quelque chose dapaisant, de réconfortant. La mort faisant partie de la vie, on ne se bat pas contre l’inéluctable. Cette vision na rien de larmoyant ni de déprimant. Une sagesse et une grande maturité se dégagent de ces pages

Lesprit de village, avec ses commérages et son tissage serré, est bien rendu. Loin de toute réalité urbaine, les hommes réparent le toit et coupent du bois avant lhiver, marchent autour du lac, écoutent le temps passer. Cette vie rurale, ancrée au plus près de la terre, ma bien fait rêver. 

L’habitude des bêtes est une chronique douce et lucide du temps qui passe. L’écriture, simple et fluide, va droit à lessentiel. Lise Tremblay donne corps au silence, traque des éclats de tendresse dissimulés derrière les non-dits. Une réflexion sur la solitude, le lâcher prise, l'apprivoisement de la mort et la fatalité. Un roman vibrant de vie.

L’habitude des bêtes, Lise Tremblay, Boréal, 168 pages, 2017.

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16 commentaires

  1. Un roman d'atmosphère? J'adore les romans d'atmosphère. L'atmosphère au quotidien, au boulot, dans les romans, c'est ce qui vient souvent me chercher le plus!
    Un "Jack London du dimanche"? La couverture magnifique! Les loups. La vie rurale que j'aime tant. Tentant tout ça!
    (Je suis tellement faible...)

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    1. Toi, faible? Je ne trouve pas. Tu fais des choix consciencieux et c'est très bien ainsi.

      Je me demande si tu aimerais "L'habitude des bêtes". Mon petit doigt me dit que oui, mais je n'en mettrais pas ma main au feu. L'intrigue n'est pas transcendante, mais les personnages et l'environnement valent, à mon avis, le détour.

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  2. Au fait, j'avais adoré La pêche blanche de la même auteure à l'époque. J'ai d'ailleurs envie de le relire... :)

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    1. Et moi, j'ai très envie de le découvrir!

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  3. Merci pour ton joli billet ! te voilà de retour chez toi au Québec ... je stresse toujours quand il y a un chien dans l'histoire (la faute à la mini saucisse) ;-)

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    1. Même avec la mini saucisse, le temps viendra... La vie est ainsi faite. C'est plate de même.

      Rien de sanglant ni d'accidentel dans le roman concernant la bête (si ça peut te rassurer)!

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    2. ouf ! Benjamin Whitmer adore tuer un chien dans chaque roman. Il en a fait un jeu avec un autre auteur ... Ma mini saucisse a la pêche, le froid lui sied bien !

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    3. Dis-moi, quel est cet «autre auteur»?

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  4. Bien tentant, me fait l’effet d’un livre reposant, comme quand on attend placidement la mort. Pour l’avoir vue En face il y a 20 ans - j’ai fait 7ne EMI - et pour chercher depuis un an un petit coin loin à la campagne pour cojler des jours paisibles entre mes chiens, mes livres et mes pinceaux, mmmmhhhh, ok, je vais lemlire, c’est vendu. Tu as un don ��

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    1. Je suis jalouse! Tu as trouvé ton petit coin à la campagne, très bien entouré.

      Vu ainsi, ce roman a toute les chances de te plaire, vraiment!

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  5. ça m'intrigue ton roman "d'atmosphère", à voir si je le rencontre en librairie !

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    1. Pas de chance. Publié au Québec seulement (du moins pour l'instant!)

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  6. C'est assez séduisant, ce que tu nous présentes là... C'est une auteure québécoise ?

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    1. Oui, une auteure québécoise qui a publié plusieurs romans et recueils de nouvelles. C'était mon premier, ce ne sera pas mon dernier!

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  7. Ça me tente, je veux découvrir plus d'auteurs québécois! (De famille avec Larry?)

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    1. Aucune parenté avec Larry.

      Belle initiative, ça!

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