La Scouine · Gabriel Marcoux-Chabot

jeudi, janvier 18, 2018


J’ai lu La Scouine dAlbert Laberge à l’université. Si, à lépoque, je n’étais pas en état d’apprécier toute l’importance de ce premier roman réaliste québécois, cest très différent aujourdhui. La ruralité me passionne! 

Pour la petite histoire, c’est en 1918 qu’Albert Laberge publiait La Scouine à compte d’auteur. C’était il y a cent ans. Aujourd’hui, Gabriel Marcoux-Chabot revisite le roman d’Albert Laberge en le mettant à sa main. Il s’est donné tout un défi: diviser le roman en sept parties composées de sept chapitres de sept paragraphes de sept lignes (à l’exception du 48e chapitre).

Milieu du 19e siècle, région de Beauharnois. Urgèle et Mâçon Deschamps travaillent la terre avec leur marmaille: trois garçons et deux filles, les jumelles Caroline et Paulima, dite La Scouine (parce qu’elle pue la pisse). La Scouine est l’incarnation de la p’tite criss. Dès son plus jeune âge, Paulima prend des mauvais plis. Elle rapporte, vole un quêteux et noie un chien dans un puits. La Scouine trace la vie âpre et aride de cette famille mal amanchée sur laquelle une tonne de malheurs se déverse.

Le roman d’Albert Laberge arrivait à contre-courant de la littérature du terroir, littérature qui faisait l’apologie de la vie rurale et glorifiait le mode de vie des paysans. Ici, le travail de la terre est dépeint comme une malédiction, les cultivateurs sont des incultes à lesprit étroit, mesquins et faibles. Leur vie n’est qu’un tas d’embûches, aucun soleil ne brille au-dessus d’eux. Cette chronique familiale, qui séchelonne sur une cinquantaine dannées, na rien didyllique.

La réécriture de Gabriel Marcoux-Chabot sest révélé trop fidèle à mon gout au texte de Laberge. Par exemple:
Texte original: De son grand couteau pointu à manche de bois noir, Urgèle Deschamps, assis au haut bout de la table, traça rapidement une croix sur la miche que sa femme Mâço venait de sortir de la huche.
Texte revisité: De son grand couteau à manche de bois noir, Urgèle Deschamps trace une croix sur la miche que sa femme Mâço vient de sortir de la huche.

Jai vu le résultat comme un exercice stylistique. Il y a bien une différence au niveau dun des personnages (un personnage hétéro se révèle, dans la version revisitée, homo). Il y a bien quelques coupures ici et de petits ajouts là. À part ça, rien pour sextasier.

Les dialogues décoiffent. Il m’a fallu une petite adaptation pour me faire à la parlure québécoise.
- Que c’est qu’i a à gueuler d’même à matin, lui? grogne Tifa en repoussant son assiette devant lui.
- I sarche son chien, répond laconiquement le père qui, à la fenêtre, les bras croisés, observe les allées et venues de Charlot.
- Son chien…, lance Caroline. I peut ben l’sarcher longtemps, tant qu’à moé, son maudit chien fatiquant…

Finalement, ce n’était pas lidée du siècle de relire, dans un même temps, la version dAlbert Laberge. La comparaison entre les deux textes en a malheureusement beaucoup souffert...

Gabriel Marcoux-Chabot, La Scouine (d’après Albert Laberge), La Peuplade, 136 pages, 2018.
 

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8 commentaires

  1. C'est étrange ce choix de "réécrire" un roman ? quel est l'objectif ? Le but ? le rendre plus lisible à la jeune génération ? J'ai lu les extraits et je comprends les deux versions. C'est vrai que comparer les deux au fur et à mesure n'était peut-être pas une bonne idée, mais je ne comprends pas l'objectif de cette réécriture. En tout cas, cela m'a permis de découvrir un classique de la littérature québécoise :-)

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    1. J'ignore quel est le but derrière cette réécriture. Vraiment, je ne comprends pas.

      J'ai relu la version originale après, et non en même temps. Mais je n'aurais vraiment pas dû. D'avoir en tête l'original a eu comme effet de rendre considérablement pâle cette nouvelle lecture.

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  2. J'ai essayé de faire l'accent québécois pour lire les extraits mais ça ne va pas :-)
    Tout comme Electra, je me demande de quel est l'intérêt de récrire un roman...

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    1. C'est costaud cet accent, hein?! Même moi j'ai eu de la difficulté, alors j'imagine toi!

      Comme Electra et toi, je reste mitigée sur le processus, me questionnant sur l'intérêt de la chose.

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  3. Hum... Bizarre oui de réécrire un roman....
    Pas très fan des histoires se passant au début du siècle en général... ouf pour ma pal ;)

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    1. Un de moins à inscrire à ta liste! Ouf, oui!

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  4. OH non, ce ne sera pas pour moi. Trop "exercice de style"... et j'ai failli mourir en lisant La Scouine parce que je suis un peu bizarrement synesthésique, et que j'ai eu mal au coeur tout le long du roman.

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    1. Désolée, je ne peux m'empêcher d'être morte de rire! La faute à ton mal de coeur!

      De fait, ce roman revisité n'est définitivement pas pour toi!

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