Des poches dans la poche · mai 2018

mardi, mai 08, 2018


Plusieurs titres attendus arrivent enfin en format poche. Des valeurs sûres, des retrouvailles et encore des tentations.

Lu et approuvé
«Ne t’endors pas, ne te repose pas, ne ferme pas les yeux, ce n’est pas terminé. Ils te cherchent. Tu entends ce bruit, on dirait le roulement des barriques vides, on dirait le tonnerre en janvier mais tu te trompes si tu crois que c’est ça. Écoute mon pays qui gronde, écoute la colère qui rampe et qui rappe jusqu’à nous. Tu entends cette musique, tu sens la braise contre ton visage balafré ? Ils viennent pour toi.» Tropique de la violence est une plongée dans l’enfer d’une jeunesse livrée à elle-même sur l’île française de Mayotte, dans l’océan Indien. Dans ce pays magnifique, sauvage et au bord du chaos, cinq destins vont se croiser et nous révéler la violence de leur quotidien.

Une pandémie foudroyante a décimé la civilisation. Une troupe d’acteurs et de musiciens nomadise entre de petites communautés de survivants pour leur jouer du Shakespeare. Ce répertoire classique en est venu à représenter l’espoir et l’humanité au milieu des étendues dépeuplées de l’Amérique du Nord. Centré sur la pandémie mais s’étendant sur plusieurs décennies avant et après, Station Eleven entrelace les destinées de plusieurs personnages dont les existences ont été liées à celle d’un acteur connu, décédé sur scène la veille du cataclysme en jouant Le Roi Lear. Un mystérieux illustré, Station Eleven, étrangement prémonitoire, apparaît comme un fil conducteur entre eux…


Lorsque Myriam, mère de deux jeunes enfants, décide malgré les réticences de son mari de reprendre son activité au sein dun cabinet davocats, le couple se met à la recherche dune nounou. Après un casting sévère, ils engagent Louise, qui conquiert très vite laffection des enfants et occupe progressivement une place centrale dans le foyer. Peu à peu le piège de la dépendance mutuelle va se refermer, jusquau drame. À travers la description précise du jeune couple et celle du personnage fascinant et mystérieux de la nounou, cest notre époque qui se révèle, avec sa conception de lamour et de léducation, des rapports de domination et dargent, des préjugés de classe ou de culture. Le style sec et tranchant de Leïla Slimani, où percent des éclats de poésie ténébreuse, instaure dès les premières pages un suspense envoûtant.


Ils m’attendent
KENTUCKY STRAIGHT – CHRIS OFFUTT – TOTEM GALLMEISTER

Le Kentucky Straight est un bourbon pur. Kentucky Straight est un peu le Kentucky vu et raconté sans le vernis de la nostalgie. Ces nouvelles attachantes, souvent délirantes, entraînent le lecteur à travers une région qui ne figure, au sens propre autant que littéraire, sur aucune carte. Elles se passent dans une petite communauté anonyme des Appalaches, trop petite pour être qualifiée de ville, un endroit où réclamer une éducation scolaire est la marque dune arrogance impie et chercher de leau avec une baguette de coudrier, une occupation normale et légitime; où chasser nest pas un sport mais un moyen de survie. Ce sont des histoires de mineurs et de sorciers, de joueurs et de cultivateurs de marijuana, des contes tragiques et étranges si enracinés dans le réel que, en les lisant, nous sentons presque la terre où ils se déroulent trembler sous nos pieds. Avec une sécheresse qui étonne, Chris Offutt trace un portrait sans concession de la vie montagnarde et donne là un livre très étonnant sur une région dAmérique décrite souvent par Cormac McCarthy. Et cest vrai que, la violence lyrique en moins, il y a du McCarthy dans cette description dun monde dénué de tout, y compris du sentiment de son attachement à la nation américaine.


UN PAQUEBOT DANS LES ARBRES – VALENTINE GOBY – BABEL

Au milieu des années 1950, Mathilde sort à peine de l’enfance quand la tuberculose envoie son père et, plus tard, sa mère au sanatorium d’Aincourt. Cafetiers de La Roche-Guyon, ils ont été le coeur battant de ce village des boucles de la Seine, à une cinquantaine de kilomètres de Paris. Doué pour le bonheur mais totalement imprévoyant, ce couple aimant est ruiné par les soins tandis que le placement des enfants fait voler la famille en éclats, l’entraînant dans la spirale de la dépossession. En ce début des Trente Glorieuses au nom parfois trompeur, la Sécurité sociale protège presque exclusivement les salariés, et la pénicilline ne fait pas de miracle pour ceux qui par insouciance, méconnaissance ou dénuement tardent à solliciter la médecine. À l’âge où les reflets changeants du fleuve, la conquête des bois et l’insatiable désir d’être aimée par son père auraient pu être ses seules obsessions, Mathilde lutte sans relâche pour réunir cette famille en détresse, et préserver la dignité de ses parents, retirés dans ce sanatorium – modèle architectural des années 1930 –, ce grand paquebot blanc niché au milieu des arbres.

 Ils me font de l’oeil
UNE FEMME DE CRAN ET AUTRES NOUVELLES – JACK LONDON – FOLIO

«La femme à laquelle je faisais allusion s’appelait Passuk. Je l’ai achetée en bonne et due forme à sa tribu, qui était de la côte et dont le totem chilkat était dressé à l’extrémité d’un bras de mer. Mon cœur n’a rien eu à voir là-dedans et je n’ai même pas examiné si elle était belle ou pas. Car ses yeux n’ont guère quitté le sol, et elle était timide et craintive, comme le sont les filles lorsqu’elles sont jetées dans les bras d’un inconnu.» Dans un Grand Nord impitoyable où la nature et les lois ancestrales régissent l’existence des habitants, Jack London dépeint les destins mêlés d’hommes et de femmes téméraires, dignes, mais aussi vulnérables. Et quand la mort entre en jeu, le courage ne se manifeste pas toujours là où on l’attend.



GENERATION – PAULA MCGRATH – 10-18

Il y a une ferme au cœur de l’Illinois – de ces grandes fermes bio où se croisent travailleurs mexicains à peine régularisés et jeunes «wwoofeurs» venus d’Écosse ou de Norvège prêter leurs bras contre le gîte et le couvert. Là, se trouve Joe Martello, ours trentenaire au roman familial épique, ancien pianiste prodige devenu agriculteur sans raison apparente. Joe est une énigme qu’Áine cherche à percer. Ils se sont rencontrés sur Internet, et, après un premier séjour seule, Áine y retourne pour six semaines avec sa petite Daisy. Mais, sur place, rien ne se passe comme prévu. Joe et la ferme sont remplis d’ombres – et pas seulement celles des chauves-souris qui pullulent au grenier: une mère prof de piano obèse qui a noyé dans les kilos le souvenir des cris nazis, son petit élève germano-japonais, caniche savant de sa mère perfectionniste, une ancienne camarade de fac qui hésite à changer de trottoir quand Joe approche... Le jour où elle met la main sur un ordinateur caché, Aíne comprend qu’elles doivent rentrer au plus vite en Irlande. Des années plus tard, sa fille, partie à Chicago sur les traces de son grand-père, fera de nouveau tourner ce kaléidoscope de trajectoires brisées… 


CAT 215 – ANTONIN VARENNE – J’AI LU

Marc, jeune mécanicien, accepte de quitter la métropole, sa compagne et ses enfants, pour un travail urgent en Guyane: une proposition dun ancien associé véreux. Dans la jungle, en route pour un camp dorpaillage illégal, une pelleteuse Caterpillar est tombée en panne. Elle est convoyée par un ancien légionnaire, et un énigmatique brésilien que Marc devra rejoindre au bout dune piste éphémère. Au pied de la machine immobile - énorme quand ils se tiennent près delle, ridicule au milieu de la forêt équatoriale -, les trois hommes vont lutter contre la nature, la mécanique et leurs propres folies.




DANS LES EAUX DU GRAND NORD – IAN MCGUIRE – 10-18

Puant, ivre, brutal et sanguinaire, Henry Drax est harponneur sur le «Volunteer», un baleinier du Yorkshire en route pour les eaux riches du cercle polaire arctique. Patrick Sumner, un ancien chirurgien de l’armée traînant une mauvaise réputation, n’a pas de meilleure option que d’embarquer sur le baleinier comme médecin. En Inde, pendant le siège de Delhi, Sumner a cru avoir touché le fond de l’âme humaine, et espère trouver du répit sur le «Volunteer»… Mais pris au piège dans le ventre du navire avec Drax, il rencontre le mal à l’état pur et est forcé dagir. Alors que les véritables objectifs de lexpédition se dévoilent, la confrontation entre les deux hommes se jouera dans lobscurité et le gel de lhiver arctique.



Le classique
LA CHUTE DE LA MAISON USHER – EDGAR ALLAN POE – TOTEM

Une demeure lugubre qui semble prendre vie. Un village de Hollande qui subit une étrange attaque. Deux matelots ivres mis en quarantaine pour cause de peste qui découvrent de bien curieux personnages. Un homme qui s’apprête à épouser sa cousine épileptique et conçoit une obsession malsaine pour ses dents... Le grand-œuvre d’un écrivain visionnaire qui allait marquer d’une empreinte indélébile la jeune littérature américaine.



Un titre te tente plus que dautres? Lequel?

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24 commentaires

  1. J'ai bien aimé le Valentine Goby. J'en garde un souvenir plaisant de lecture, un brin nostalgique. Pas très gai comme lecture Mais tout en douceur il me semble.
    Je ne savais pas que Cat215 était sorti en poche. Il me tente depuis sa sortie. La Guyane me fascine et m'intrigue depuis toujours...
    Station Eleven prend la poussière depuis un bout sur mon étagère ;-)

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    1. Goby m'attend. Il serait temps que je m'y mette! J'aime bien ton «il me semble». Une lecture pas trop marquante ou je me trompe?

      Comme toi, "Cat215" me tente fort. La Guyane te fascine? Mais encore?

      Tu n'as pas lu "Station Eleven"? Les bras m'en tombent d'étonnement. Je pensais qu'il était passé entre tes mains depuis longtemps!

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    2. Pour le Goby, j'ai le paysage en tête et le rappel d'un petit pincement au coeur. Mais là lecture ne fut pas fluide. Du mal sans doute avec son style. J'ai d'ailleurs commencé plusieurss fois Kinderzimmer, mais toujours reposé. ???. À retenter plus tard ;-)

      Quand à Station Eleven il est là pas loin, il m'attend. Toujours un autre à lire avant lui. Et un orchestre classique me tente guère en ce moment. Je me fais sans doute des idées...

      À la Guyane. Pour moi c'est l'aventure, la jungle, le danger. Et en même temps, possible d'y travailler donc encore plus fascinant. À deux doigts d'y aller quand j'étais jeune. Maintenant un peu plus la flemme. Un peu casanière sur ce coup là !

      Bon dimanche Marie.

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    3. Sapristi! J'ai abandonné "Kinderzimmer", ennuyé par le style. Ça n'augure rien de bon pour ce "paquebot".

      Moi, les orchestres classiques ne me tentent jamais et là, ça a bien passé!!!

      Je comprends mieux, maintenant, ton attirance pour la Guyane!

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  2. Station Eleven est excellent!
    Pour ma part j'ai le Chris Offutt et le Ian McGuire dans ma liste! :)

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    1. Rien à redire sur "Station Eleven"! Un post-apocalyptique lumineux, qui faisait changement de la noirceur habituel, je trouve.

      Je comptai lire le Chris Offutt ce mois de mai. J'ignore s'il me restera assez de temps. N'empêche que je compte bien le lire sous peu. Il m'intrigue trop!

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  3. Je compte craquer pour Tropique de la violence, tentée aussi par Station Eleven et le Goby, je garde un bon souvenir de Génération

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    1. Je ne peux que t'encourage pour "Tropique de la violence" et "Station Eleven", deux romans très différents qui bousculent chacun à leur façon.

      Pour le Goby, je ne l'ai pas encore lu. Mais on en dit que du bien (ou presque!).

      J'avais repéré "Génération" chez toi. Contente qu'il paraisse en poche!

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  4. Un paquebot dans les arbres, il me semble qu'il est sorti depuis un moment chez nous... superbe roman! Chanson douce, je ne flanche pas : il ne me tente pas du tout! Et puis finalement, Station eleven pourrait me faire sortir de mes habitudes de lectures... à voir! Jolie sélection, comme d'hab ;) Bizzz

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    1. Il arrive enfin ici! Je l'ai eu en cadeau en grand format. Il serait temps que je m'y mette!

      Non, "Chanson douce" n'est définitivement pas pour toi. Je ne sortirai pas l'artillerie lourde pour tenter de te convaincre!

      Pour "Station Eleven", je ne suis pas certaine que ce soit un sentier battu qui te plairait. J'ai comme un doute...

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    2. J'ai tellement de livres à la maison que ce n'est pas hyper grave si je passe mon tour sur celui-là :-)

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    3. Pas grave du tout du tout!!!

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  5. Lu et adoré: Station eleven. Très tentée par La chute de la maison Usher et Une chanson douce.

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    1. Ah! Plus j'y repense, plus je me dis que "Station Eleven" était vraiment une bonne pioche!

      J'ignore pourquoi, mais j'aurais pensé que Poe n'avait plus aucun secret pour toi!

      "Une chanson douce"... J'adore la couverture. Je suis contente de l'avoir lu, même si je trouve qu'il ne méritait pas le Goncourt. Mais ça, c'est une autre histoire.

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  6. Pour une fois il n'y en a aucun qui me tente. Par contre j'ai adoré "Un paquebot dans les arbres" ;)

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    1. Même pas tenté par un titre? Et moi qui pensais que ton cas s'arrangeait?!

      Ouf pour le Goby!

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  7. trop drôle ! j'en ai déjà lu beaucoup ! alors, Station Eleven, j'ai adoré ! et Cat215 est très bon également. Je note le Chris Offut (of course! mais je doute - l'ai-je déjà?) je note aussi le London.
    Sinon, contrairement à Jérôme, je n'ai pas accroché à ce roman de Goby dont j'ai préféré nettement les autres (Banquise et Kinderzimmer).
    Je ne suis pas attirée par les autres, ouf !
    et j'ai le McGuire dans ma pal :-)

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    1. Ben oui, tu l'as ce Chris Offut!

      Je n'ai encore rien lu de Goby. Il serait temps!

      Je frémis à l'idée de voir la photo de ton dernier craquage...

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  8. J'en ai lu quatre dans cette liste et aucun ne m'avait emballée.

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    1. Et je pense savoir lesquels, à trois titres près!
      Ce n'est donc pas une bonne sélection pour toi. Vive les prochains mois!

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  9. Comme Jérôme, j'ai beaucoup aimé Un paquebot dans les arbres, dont le style est très différent de Kinderzimmer, si cela peut te rassurer... un roman sensible, touchant et en même temps rempli d'énergie. Je viens de commencer Génération, et j'avoue que j'ai un peu de mal à me laisser emporter par l'écriture, que je trouve un peu terne.

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    1. Ça me rassure. Et, à la base, l'intrigue de "Un paquebot dans les arbres" me parle davantage. Il y a donc de l'espoir!

      C'est dommage pour "Génération". Je vais le garder sur ma liste, mais n'en ferai pas une priorité. Plus je lis et plus je décroche vite si le style est trop mou et terne...

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  10. Je viens de le finir. Il n'est pas si mal, mais a un côté fugitif, parce qu'il passe d'un personnage à l'autre sans réel approfondissement. Je n'en garderai donc pas un souvenir mémorable..

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    1. J'aime bien l'idée de passer d'un personnage à l'autre, mais le «sans réel approfondissement» me refroidit considérablement. Sans compter ce que tu écrivais plus haut. Du coup, je vais passer mon tour!

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