La fille qui brûle · Claire Messud

mercredi, juin 27, 2018


J’ai découvert l’univers de Claire Messud avec Les enfants de l’empereur. Sans être un coup de cœur, j’avais suivi avec ardeur les tribulations de ce trio de trentenaires new-yorkais. Ça, c’était lorsque je pensais que la littérature américaine se limitait aux romans dont l’action se déroule à New York! Depuis, je m’emballe pour les autres États, surtout ceux qui n’ont pas de gratte-ciel!

Alors, qu’en est-il de cette Fille qui brûle? L’intrigue se déroule dans une petite ville du Massachusetts, autour de Julia Robinson, fille unique d’un dentiste et d’une journaliste freelance, et de Cassie Burnes, fille unique d’un père disparu et d’une mère infirmière. Les deux filles tricotent leur amitié depuis la maternelle. Entre les baignades dans la piscine des voisins, le bénévolat à la SPA et les visites clandestines dans un hôpital psychiatrique abandonné, elles coulent des jours heureux et paisibles. Leur amitié fusionnelle commence à battre de l’aile lorsqu’elles entrent au lycée. Leur chemin se sépare sans qu’aucun événement spécial ne se produise. C’est la vie!

Notre éloignement navait rien dagressif ni de cruel, pas pour elle. On aurait plutôt dit que jétais une vieille paire de chaussures et quelle en avait deux paires neuves plus élégantes; elle ne mettait plus les anciennes, sans vouloir les jeter pour autant.

Lorsque Bev, la mère de Cassie, rencontre l’amour à son groupe d’études bibliques, en la personne du Dr Anders Shute, l’équilibre familial, déjà précaire, commence à vaciller. Faut dire que le Dr Anders Shute n’est pas un cadeau! Froid et contrôlant, il veut tout régenter dans la vie de sa belle-fille. Mais Bev en est follement amoureuse. (À moins qu’elle ne soit davantage amoureuse de son rôle social?) Julia en va même à soupçonner qu’il se passe quelque chose de pas net sous le toit des Burnes. Malheureuse et de plus en plus distante, Cassie se met en tête de retrouver son père, qu’elle croyait mort. Plus sa mère et son beau-père serrent la vis, plus Cassie désire voler de ses propres ailes. Classique!

De son côté, Julia se fait de nouveaux amis, dont l’ex petit ami de Cassie, et s’implique dans la préparation d’un concours d’éloquence. Lorsque Cassie disparaît, Julia fera tout son possible pour la retrouver.

·  ·  ·         ·  ·  ·         ·  ·  ·

Ce n’était pas l’idée du siècle de lire Une fille qui brûle tout de suite après Une histoire des loups d’Emily Fridlund. Ça n’a fait que renforcer mon idée que Joyce Carol Oates, Joyce Maynard et Laura Kasischke n’ont pas leur pareil pour dépeindre les affres de l’adolescence. Claire Messud fait pâle figure, en comparaison...

Premier irritant: les personnages. Ils n’ont, dans l’ensemble, pas grand intérêt. J’ai trouvé, par moment, que les réflexions de Julia étaient beaucoup trop perspicaces pour une fille de son âge. De plus, le fait que ce soit Julia qui raconte met le couvert sur les pensées de Cassie, de plus en plus refermées sur elle-même. Seul un côté de la médaille est présenté, ce qui, ici, constitue à mon avis un défaut.

Deuxième irritant: Claire Messud joue à fond la carte des lieux communs sur les différents milieux sociaux. Tu viens d’une «bonne» famille? Tu as toutes les chances de réussir. Tu viens d’une famille hors normes, bonjour les problèmes! Dentretenir de tels lieux communs, même sous le couvert de la fiction, me fait gricher des dents.

Troisième irritant: les queues de poissons. Certaines pistes s’effacent d’elles-mêmes, sans aucun aboutissement. Un exemple: Cassie fait une fixation sur son père, qu’elle croit toujours vivant. Elle fait des recherches sur lui et prend des risques. Elle fait une fugue et cogne à la porte d’un homme qu’elle croit être son père. Malaise. Est-ce son père ou non? On ne saura jamais le fin fond de l’histoire.

Si le roman de Claire Messud était un roman classé pour ados, mon point de vue serait sans doute différent. Mais ce n’est pas le cas. (En comparaison, j’ai trouvé Treize raisons de Jay Asher plus original et beaucoup mieux ficelé!) J’espérais quelque chose de plus mordant. Tout est trop sage, dans ce roman. Même le style, quoique bien maîtrisé, s’est révélé sans surprise. J’ai l’impression d’avoir lu cette histoire des centaines de fois, celle-ci napportant rien de plus. Un roman d’apprentissage gentillet, sans plus. 

La fille qui brûle, Claire Messud, trad. France Camus-Pichon, Gallimard, 256 pages, 2018.

J’ai lu ce roman dans le cadre de mon challenge 50 États en 50 romans (État du Massachusetts).

Vous pourriez aussi aimer

22 commentaires

  1. Next!
    Ton prochain billet sera plus positif ?

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Non. En fait, il sera pire. Je parlerai de Idaho! Quel mois!

      Supprimer
    2. Oups!Laetitia est justement en train de le lire!
      Mon prochain billet sera aussi une légère déception alors qu'il a enchanté beaucoup de lecteurs ! ( No Home)

      Supprimer
    3. Ce "No Home"... J'avais tellement envie de l'apprécier. Je ne suis pas arrivée à dépasser les vingt-cinq premières pages. J'ai hâte de te lire pour justifier mon abandon (contrairement à "Aquarium" que tu m'a fait regrettée d'avoir abandonné!)

      Supprimer
  2. Oh dommage ! Je me demandais ce qu'il valait, si je le lirais ou non, et bien, tu viens de me donner la réponse !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Attention! Ce n'est pas mal, comme roman. Il peut plaire à plusieurs. Mais j'avoue qu'il est une coche en-dessous de ce qu'on aime habituellement... Ça veut tout dire!

      Supprimer
  3. Un abandon, carrément, pour moi. De l'ennui ... Ton billet reflète bien mon avis sur ce livre ! J'ai dans ma pal "La femme d'en haut", mais du coup il ne risque pas d'en sortir tout de suite ;-)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ah oui, quand même! Tu n'étais pas curieuse de savoir comment ça aller finalement (oui, finalement) se terminer?

      Je n'ai jamais pris le risque pour "La femme d'en haut". Finalement, c'est sans regret. J'avais bien aimé "Les enfants de l'empereur", mais je me demande si je l'apprécierais autant aujourd'hui...

      Supprimer
  4. Dommage pour le challenge de te retrouver avec un tel livre pour le Massachusetts - bon, je pensais bizarrement que tu avais aimé ce livre ! vu la couverture et l'histoire d'ados .. Pour ma part, je dévore le livre que je lis, ça fait du bien :-) (encore un récit d'investigation mais la couverture est trop moche ..)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Il me faut tout de même plus qu'une couverture attrayante et des ados comme personnages! Non, je n'ai pas aimé!

      Pour le Massachusetts, je trouverai mieux!

      Après l'échec de "Idaho", là, je suis en bonne compagnie (un peu dans l'investigation, mois aussi). Hâte de savoir ce que tu lis...

      Supprimer
  5. Je l'avais repéré. Bon vu ton ressenti, je vais m'abstenir. Surtout que le discours seulement par un ado n'est pas trop ma tasse de thé. ;-)
    C'est ton mois de déception dis donc 😅

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je ne m'avance pas trop en disant que tu fais bien de passer ton chemin.

      Un mois de déceptions... Tu peux l'dire! C'est bon, là. Je suis remise en selle avec Capote, et il y a eu La Houlette de Kamil Hatimi!

      Supprimer
  6. Je l'avais vu sur le site de l'éditeur et le résumé m'avait intrigué. Et comme d'hab mon imagination m'a joué des tours puisqu'il ne s'agit pas du tout ce dont j'avais pensé au niveau de l'intrigue.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Comme toi, j'étais très intriguée. L'aura de mystère dégagée par la couverture m'intriguait aussi.

      Ah, notre imagination peut nous jouer de vilains tours.

      Supprimer
  7. J'ai tendance à être assez d'accord avec toi, même si je ne serais pas aussi sévère. C'est vrai que ce roman ne me laissera pas un souvenir impérissable. D'ailleurs, ne cherche pas, je n'ai pas écrit de billet ;-)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Dommage pour le billet! J'aurais été curieuse de savoir ce que tu avais à en dire.

      Tu n'es jamais aussi sévère que moi!

      Supprimer
    2. Tu rigoles ou quoi ? Tu as dû rater certains de mes billets :-D

      Supprimer
  8. Tu ne seras sans doute pas surprise d'apprendre qu'il ne m'attirait pas ce roman.
    Si en plus, c'est trop sage... bof bof!

    Une chance que ta prochaine lecture s'annonce mieux d'après ce que tu m'as dit! Ça fait beaucoup de mauvaises rencontres... c'est parfois long quand on les enchaîne.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Aucune surprise que tu ne sois pas tentée!

      Oui, ça peut être long d'enchaîner les déceptions. Heureusement, j'ai toujours une valeur sûre à portée de main!

      Supprimer
  9. Et moi qui m'étais laissé séduire par certains avis positifs... Ce qui t'a agacé ne manquera de m'irriter tout autant. Je vais donc mettre ce titre de côté, au moins pour le moment. Et si jamais il arrive un jour jusqu'à moi, je me laisserai peut-être tenter à y jeter un œil curieux.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Peut-être attendre sa parution en poche? Ce qui ne manquera pas d'arriver.
      Il pourrait te plaire, mais avec quelques réserves!

      Supprimer

· J'aime m'y promener ·

· visites ·