Douce · Sylvia Rozelier

jeudi, août 30, 2018


Une histoire d’amour chez Madame Couette? Ça y est, elle est tombée sur la tête ou a eu un gros coup de chaleur!

Comment Douce est-il arrivé entre mes mains? J’ai fait la connaissance de Sylvia Rozelier grâce à Instagram. Lorsqu’elle ma proposée de m’envoyer son roman, j’ai accepté les yeux fermés et les mains tendues, sans rien connaître de l’intrigue. Si j’avais su, je lui aurais avoué que je n’étais pas son public cible. J’ai malgré tout décidé de lire Douce.

Douce nest pas un mauvais roman, loin de là. Mais il a eu le don de profondément magacer... Ce billet appelle une tranche de vie.

Les histoires d’amour m’ennuient. Ça n’a pas toujours été le cas. Je viens tout juste d’avoir quarante-six ans. Depuis dix ans, ou onze, ou douze (j’ai cessé de compter), je suis célibataire. Une célibataire épanouie. Ce qui signifie que de partager ma vie avec un homme ne figure pas dans ma liste d’envies. Étant solitaire de nature, et sauvage à mes heures, je cours après le temps. D’avoir une sauterelle dans les pattes et un zoo à domicile impliquent que ça bouge beaucoup autour de moi. Aussi, lorsque le silence règne et que je me retrouve seule, je jouis! Je n’ai aucune envie de partager ce temps libre avec quiconque, encore moins avec un homme avec qui je devrais parler et faire des galipettes.

Il n’en a pas toujours été ainsi. À seize ans (oui, j’ai commencé jeune), j’ai rencontré un homme avec qui j’ai vécu pendant douze ans. Puis, il y en a eu d’autres. La passion, la douce comme la dévastatrice, j’y ai goûtée, jusqu’à plus soif et à plusieurs sauces. J’ai aimé, j’ai été aimé, tendrement, passionnément, à la folie. C’est comme si cette partie de ma vie était dorénavant derrière moi. Ça ne me manque pas. Et lorsque je m’imagine avec un homme à mes côtés, j’étouffe!

Côté littérature, je me suis délectée des grandes histoires d’amour, de Madame Bovary en passant par Les hauts de Hurlevent, Les souffrances du jeune Werther, Autant en emporte le vent, L’amant et L’écume des jours. Attention, vice caché, j’ai même eu un gros coup de cœur pour Le Zèbre d’Alexandre Jardin! Plus c’était démesuré, plus ça faisait mal et plus j’aimais ça! Là aussi, j’ai donné.

Ceci expliquant cela. Les histoires d’amour fictives, avec un petit ou un grand A, me laissent aujourd’hui de glace. C’était donc écrit dans le ciel que je n’aimerais pas le roman de Sylvia Rozelier. Cette histoire d’amour toxique, destructrice, m’a fait enrager. Je parlais au livre, invectivant la femme-narratrice de laisser cet immature narcissique, de revenir vers son ex ou de séclater dans son célibat, de s’occuper de sa fille. J’ai traité l’homme de tous les noms, rageant devant ses faux-fuyants et son démon du midi. Bref, je ne comprends pas comment ça se fait qu’elle n’ait pas lancer la serviette plus tôt. Ça doit être mon grand âge qui me rend si expéditive! Pour le reste, je me dis que ce roman est bien maîtrisé, les jeux du «je», «tu», «nous» bien menés. Le style vibre de poésie – ce qui, au départ, n’est pas ma tasse de thé, préférant le plancher des vaches. Reste que ce roman a toutes les chances de rencontrer son public. Ce que je lui souhaite (et je ne suis pas inquiète pour l'avenir de ce roman, prédestiné à être apprécié). 

Certains passages m’ont plu, passages qui n’ont rien à voir avec l’histoire d’amour proprement dite. (Il fallait s’y attendre!)

Puis Noël est arrivé, un moment que je redoute comme tous ceux qui ont trait à la famille. Chez mes parents aussi les jouets passaient par la cheminée à Noël, mais ça n’avait rien d’un conte pour enfants. Nos cadeaux, à peine déballés, s’envolaient en fumée, consumés dans les flammes de la haine paternelle. Mon père les brûlait. Tas de cendres dans l’âtre le lendemain matin au réveil. Bannis de notre univers, cassés, jetés aussitôt qu’apparus. «Elles sont trop gâtées.» Au lever du jour, il ne restait de l’éléphant en tissu que ma sœur avait reçu en cadeau que les sequins en verre dont le feu n’avait pas voulu, des cercles miroitants qui nous faisaient de tristes clins d’œil.

Quand je dis que vie et littérature s’entremêlent, c’en était un bel exemple. Une autre tranche de ma vie vient d’être dévoilée.

Douce, Sylvia Rozelier, Le Passage, 212 pages, 2018.
[Comme mon avis est trop biaisé, il n’y aura pas de petites étoiles pour cette fois!]

Vous pourriez aussi aimer

33 commentaires

  1. Merci pour cette tranche de vie qui n'a pas dû être facile de partager avec nous...

    Pour le roman, je ne le lirai pas, trop foin autour de l'auteure et trop de "coup de coeur" des blogueurs me font fuir.

    Tu l'as lu, tu as été sincère et c'est ce que j'aime retrouver ici :-)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. J'y ai pensé à deux fois avant de cliquer sur «publier». Puis, je me suis dit: «Advienne que pourra».
      Au final, les mots en mp pleuvent (en mp parce que des tranches de vie sont partagées). La sincérité est appréciée et ça, ça me réconforte!

      «Trop foin». Tu m'expliques?

      Supprimer
    2. "trop de foin" = trop de bruit :-)

      Oh je me doute que ça a du toucher pas mal de gens ! Tu es sincère et les gens se sentent en confiance pour te partager à leur tour leur tranche de vie. :-)

      Supprimer
    3. J'adopte ce «trop de foin»! J'adore!

      Maintenant, j'ai hâte d'entendre quelques-unes de tes tranches de vie en personne!

      Supprimer
    4. Je n'ai pas une vie aussi palpitante :-) Mais je serai ravie de partager des choses!

      Supprimer
    5. Je ne cherche pas le palpitant! Je marche sur le plancher des vaches, tu le sais!

      Supprimer
  2. Ce roman ne me tente pas du tout ... je me rends compte que je suis aussi moins attirée par les histoires d'amour qu'avant ... comment assumes-tu ton avis négatif, par rapport à l'auteur qui t'a offert son livre ? c'est quelque chose qui m'embête vraiment : ça m'arrive souvent, de recevoir des livres qui, au final, ne me plaisent pas, et je me sens mal de le dire ... (oui, je suis trop gentille)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. J'avoue que j'assume de mieux en mieux.

      Pour moi, la gentillesse ne rentre pas en ligne de compte. Je ne m'en prends jamais personnellement à l'auteur(e), mais bien à son livre. C'est un avis subjectif, qui n'engage que moi. Jusqu'à maintenant, ma franchise et ma sincérité ont porté fruit.

      Supprimer
    2. Ta franchise et ta liberté de ton sont ce que j'apprécie le plus dans ton blog ;-)

      Supprimer
    3. Gros merci!

      Ce n'est pas parti pour changer!

      Supprimer
  3. Pas mon style non plus, je passe mon tour !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Les histoires d'amour auraient-elles de moins en moins la cote? J'espère bien que non; ce serait trop triste.

      Supprimer
    2. Autant je peux regarder des comédies romantiques sans problème, en lire c'est une autre histoire...

      Supprimer
  4. Outch...! Elle t'a fait de l'effet cette histoire. Belle tranche de vie. J'aime ta liberté de ton ;-)
    Je te rejoins , pas un roman dont le sujet m'intéresse. Pas grave , il a déjà conquis beaucoup de monde.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Outch, vraiment?!

      Ma liberté de ton est en quelque sorte ma marque de commerce! Là, j'ai pesé fort sur le clavier. Je ne pouvais pas juste dire que je n'avais pas aimé ce roman. Il fallait que j'explique pourquoi. Et le pourquoi, dans ce cas, appelait une tranche de vie.

      Supprimer
    2. Outch ça veut dire eh bien en langage titezef... ;-)
      Peser fort, oui , mais rien d'impudique...
      Par contre aucun point commun entre nous d'eux sur ce plan là ;-)

      Supprimer
    3. Nos différences nous rapproches aussi!

      Supprimer
  5. Je ne connaissais pas du tout, j'ai été perturbée par la citation. C'est inhumain de faire ça à un enfant. Peut être le lirai-je pour comprendre les actes du père.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Malheureusement, je doute que tu trouves des réponses... J'aurais bien aimé que cet aspect (père-fille) soit un peu plus développé.

      Supprimer
  6. Il en sort quand même quelque chose, et quelle chose! Merci pour ce partage.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Il en sort toujours quelque chose (ou presque). Reste à savoir comment ça sortira. Là, ce n'était pas gagné!!!

      Supprimer
  7. j'étais surprise que tu aies lu ce roman, je comprends mieux pourquoi maintenant! merci en tout cas pour ta franchise et ce petit partage de toi! je tenterais peut-être l'aventure malgré tout mais je vais attendre que le soufflet retombe d'abord ;)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je comprends ta surprise!

      La vague va finir par passer. Tu pourrais y jeter un oeil. Je serais curieuse d'avoir ton avis.

      Supprimer
  8. J'adore ce billet ! Et puis j'ai l'impression de te connaître un petit peu mieux, même si je ne suis pas du tout surprise :-))

    RépondreSupprimer
  9. Ce billet est à la fois drôle et touchant, merci pour cette tranche de vie partagée �� C’est agréable de découvrir un peu plus qui se cache derrière la blogueuse si sympathique et avec laquelle je partage plusieurs passions littéraires ! Quant aux histoires d’amour, je ne supporte plus les couples toxiques et les passions déchirantes dans les livres ça m’agace ! Mais je peux être transportée par une vraie histoire d’amour, qu’elle concerne un couple ou non d’ailleurs ! Belle journée à toi ta sauterelle et ton zoo !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci pour ces doux mots! Comme toi, je peux apprécier une «vraie» histoire d'amour, du genre "En attendant Bojangles"! Mais je résiste souvent, trop méfiante!

      Bon septembre!

      Supprimer
  10. Merci pour ce billet très personnel. Perception du célibat que je partage parfaitement.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci à toi d'avoir pris le temps de me lire!

      Et vive le célibat épanoui!

      Supprimer
  11. Merci d'avoir partagé ta tranche de vie avec nous..On aurait bien quelques points communs..
    Je ne lirai pas ce roman, je partage l'avis de Fanny, trop de battage médiatique autour et une offensive marketing trop forte de la part de certaines blogueuses auprès desquelles l'auteur semble avoir bien placé ses billes...(je ne te fais pas un dessin !)
    Pour un peu, on devinerait qui pourrait gagner un certain nouveau "Grand" prix littéraire, argll !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je suis complètement d'accord avec toi!

      Supprimer
    2. Pas besoin de dessin!

      Tu sais pourquoi je l'ai lu. Et au final, ça m'a permis d'expliquer le comment du pourquoi je n'aimais pas les histoires d'amour!

      Supprimer

· J'aime m'y promener ·

· visites ·